À quelques jours de sa prestation à l’Institut Français de Maurice (IFM), celui qui est qualifié de “surdoué du reggae” par le magazine Reggae Vibes livre à Scope ses états d’âme, plaidant pour une prise de conscience environnementale. De Goa, la nouvelle référence du reggae nous parle de sa musique et de sa vision.

Sa voix posée et chaleureuse semble influencée par l’atmosphère si particulière de Goa (Inde), où il se trouve ce lundi à l’heure de l’entretien téléphonique avec Scope. Naâman dévoilera le 8 mars à l’IFM son univers musical éclectique enraciné dans un reggae novateur. “Ce sera ma première à Maurice”, confie le reggaeman français. “Ça fait longtemps que je reçois plusieurs messages des Mauriciens. Ce sera l’occasion de répondre à leur appel.”

À 29 ans, Martin Mussard, de son vrai nom, se présente comme un véritable phénomène de Normandie, région du nord de la France connue surtout pour le débarquement du 6 juin 1944. Trois albums ont permis à Naâman de s’imposer comme une valeur sûre du reggae français. Lui qui, pourtant, chante surtout en anglais, “pour l’internationalisation”, explique-t-il dans une interview au Monde. Le reggae de Naâman ne se limite pas qu’aux beats et riffs originels de la Jamaïque. Loin de là. Il se colore des multiples univers côtoyés au gré de ses voyages. À Maurice, il sera à l’écoute : “J’aimerais voir un peu comment les gens de chez vous touchent au reggae, car c’est un style très populaire dans les îles.”

Musique métissée.

Pour son deuxième album, Rays of Resistance, Naâman a passé beaucoup de temps en Jamaïque, “au bord de la mer, dans une petite maison, sans voir personne et avec l’intention de se couper du monde”, décrit RFI dans un reportage qui lui est consacré. Sa musique incorpore, entre autres, la soul, le hip-hop et s’imprègne de diverses cultures rencontrées. Cette aisance dans la mixité permet des featurings auprès d’autres figures du reggae (Dub Inc, Balik de Danakil, Flox). Mais aussi auprès de ceux qui arpentent des univers musicaux différents, comme les prodiges du rap Bigflo et Oli, prouvant sa capacité à évoluer en freestyle. “Je n’aime pas faire tout le temps la même chose. On ne fait pas de la musique pour faire de la musique; on essaie de faire de la musique comme on le sent et comme on l’entend.”

Cette musique métissée (signée par le beatmaker Fatbabs, qui sortira son album “dans pas longtemps”) et des textes engagés permettent à Naâman de fouler de prestigieuses scènes, dont celles du Reggae Sun Ska. Aussi peut-il fédérer autour de questions urgentes, comme celles de l’environnement. “La question de préservation de l’environnement est omniprésente dans ma musique.” Son dernier album, Beyond, en témoigne largement, qu’il s’agisse des titres qui y figurent ou du design de la pochette, faite de matériaux recyclés et “sans plastique”. “Certes, je ramasse du plastique, mais ma musique représente mon moyen à moi d’agir pour préserver notre environnement.”

Engagement et spiritualité.

Aux écologistes qui s’élèvent contre l’accaparement des plages et qui se font persécuter, Naâman les encourage à “ne pas lâcher le combat”. Il poursuit : “C’est vous qui avez raison. Les gens ne réalisent pas encore que la sagesse dans le cocon qui va éclore est deux fois plus grande que le cocon lui-même. Ce sont vous les héros. Il ne faut surtout rien lâcher, c’est ça le combat.”

Celui qui a parcouru le globe se fait humble devant les effets du changement climatique. “La terre ira où elle veut aller. Même si l’homme croit être tout-puissant, nous ne sommes rien face à elle. Nous nous trouvons dans une période de transition énorme. Chez nous en France, les insectes disparaissent. Toute cette pollution est due à une pollution intérieure. Le jour où nous prendrons soin de la terre, nous prendrons soin de nous-mêmes.”

Pour porter plus librement ses messages, Naâman a lancé son propre label : Big Scoop Records. “À l’adolescence, j’avais cette volonté de faire de la musique d’une manière émancipée et d’être indépendant. Avoir mon propre label est une continuité logique à cette volonté d’être indépendant. Je travaille avec des amis qui sont disposés à mettre tout leur cœur dans ce que nous produisons. En ce qu’il s’agit des affaires, elles vont bien. Mais en faisant du reggae, on tire un trait sur les grosses machines de production.”

Une profonde spiritualité transpire de ses explications. Ouvert au monde et aux hommes, Naâman puise de ses voyages des leçons de vie qu’il porte dans ses écrits. “How could you love me / If you don’t love yourself / Love is not to be put on a shelf”, chante-t-il dans Own Yourself, considéré comme l’un de ses meilleurs morceaux. “Le monde contient une richesse incroyable dans chaque petite chose. Mais certains systèmes de fonctionnement ne voient pas ce qu’il y a de profond. Voyager me permet de me connecter avec cette profondeur”, concède-t-il, comme pour faire écho aux paroles de Beyond : “Experience’s worth more than gold”.

Pour Naâman, “le vrai savoir vient de l’expérience”, qu’il partagera le 8 mars, à compter de 20h. Les billets sont en vente uniquement sur Otayo.com (Rs 50, Rs 100 et Rs 250).

 

Du tac au tac

Une chanson qui vous caractérise ?

Talkin’ Blues de Bob Marley. Elle ne me caractérise pas vraiment, mais elle me plaît beaucoup.

Qui auriez-vous aimé avoir vu en concert ?

Bob Marley.

Avec qui souhaitez-vous faire un featuring ?

Protoje (Who Knows, Rasta Love).

En quelques chiffres

– Plus de 76,000,000 de vues sur sa chaîne YouTube.

Deep Rockers Back A Yard (son premier album) vendu à plus de 40,000 exemplaires.

Rays of Resistance (deuxième album) vendu à plus de 45,000 exemplaires.

– Cumule plus de 200 dates en tournées en France comme à l’étranger.