DR DIPLAL MAROAM

« Des actions urgentes et d’une ampleur sans précédent sont nécessaires pour arrêter la tendance actuelle et inverser la situation ». Telle est une des recommandations d’un rapport sur l’environnement mondial (Global Environment Outlook, GEO) publié le 13 mars 2019 sur lequel ont travaillé 250 scientifiques, qui ont consulté des centaines de sources de données pour évaluer l’impact de l’environnement sur de nombreuses maladies et ont compilé une série d’urgences sanitaires liées aux pollutions de toutes sortes. Bref, les auteurs du rapport estiment que des conditions environnementales « déplorables » sont responsables « d’environ 25% des morts prématurés et des maladies chroniques dans le monde ». D’ailleurs, le 19 mars dernier, un jury américain a établi la responsabilité du désherbant Roundup (Glyphosate) de Monsanto dans le développement du cancer chez un agriculteur, Edwin Hardeman.

Il convient de constater que le temps de la bourrasque écologique étant déjà à nos portes, aujourd’hui il n’est désormais plus possible, même pour les éternels thuriféraires de l’actuel système du capital dont la survie repose essentiellement sur la croissance à tout prix, de nier l’influence de ce système de développement sur le milieu environnemental et notre santé. Ainsi, sans une réorganisation de l’économie mondiale vers une production plus durable, prenant en compte d’abord et surtout l’aspect du développement humain, tous les fruits de la croissance pourraient être anéantis par les dommages de la pollution sur la vie et la Terre dans leur ensemble. En effet, une planète en bonne santé soutient non seulement le développement économique mais également l’existence de base des plus démunies qui dépendent, pour leur survie, d’un air pur, d’une eau propre et d’une alimentation saine. Or, il est estimé qu’un des facteurs qui pourrait susciter le plus grand nombre de décès prématurés d’ici le milieu de ce siècle est justement la contamination alimentaire non seulement par des agrochimiques mais également par une utilisation irresponsable et abusive des hormones et antibiotiques pour booster la qualité commerciale des produits, pratique malveillante qui risque d’entraîner l’émergence des bactéries pathogènes super résistantes.

Au « One Planet Summit », tenu au Kenya le 14 mars dernier, le président Macron a plaidé pour que « l’environnement soit placé au cœur de l’économie ». Projet fort louable certes du point de vue théorique mais les questions que l’on se pose : une économie « casino », comme l’avait qualifiée Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières, est-elle réellement compatible avec les principes de base de la préservation de notre biosphère ? Qu’est-ce qui a réellement changé depuis le sommet historique de Rio de 1992 à ce jour ? Qu’ont apporté tous les éventuels protocoles et conférences sur le climat et l’environnement à l’instar de Kyoto 1997, Copenhague 2009, Cancun 2010, Johannesburg 2011, Rio 2012, Paris 2015 ou encore Katowice 2018 ? Bien au contraire, les émissions mondiales des gaz à effet de serre atteignent aujourd’hui des records; ces 4 dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées; la mer continue à s’acidifier et le niveau monte alors que les récifs coralliens se meurent.

C’est pourquoi beaucoup s’accordent à reconnaître que si elle parvient à bien définir ses priorités, l’activiste écologique suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, classée, à propos, par le magazine américain « The Times » parmi les 25 adolescents les plus influents de la planète, pourrait avoir une carte maîtresse à jouer. D’ailleurs, son initiative de rassembler les peuples du monde entier pour une manifestation globale – Fridays For Future – le 15 mars dernier a été un franc succès. Des millions de jeunes dans 132 pays avaient organisé, dans plus de 2 000 villes, y compris Port-Louis, une marche pacifique pour dénoncer l’inaction des dirigeants de la planète face à l’urgence climatique. Cependant, pour que le combat de la jeune suédoise porte ses fruits, elle doit impérativement sortir des sentiers battus et le mener à la racine en s’attaquant au système politique et économique actuel qui engendre pollution et inégalités et qui ne peut, par conséquent, assurer le bien-être des peuples à travers le monde. Sinon, elle risque de connaître le même sort que tous les autres activistes qui l’ont précédée. Car ce qui n’était hier qu’une exigence écologique s’est convertie aujourd’hui en un impératif de survie. Non seulement pour l’homme mais également pour toutes les autres espèces de la planète. Le temps presse. Demain, il sera trop tard.