Devant l’urgence de la situation avec l’épidémie de fièvre aphteuse qui sévit actuellement à Rodrigues, les autorités multiplient les initiatives pour venir en aide à la communauté des éleveurs et pour contrer la progression du virus. Le conseil exécutif de l’Assemblée régionale de Rodrigues, présidée par le chef commissaire Serge Clair, s’est réuni d’urgence hier matin pour passer en revue la situation et décider d’une enveloppe de Rs 35 millions pour accorder une compensation aux éleveurs affectés et d’un plan d’action pour l’éradication de cette épidémie dans l’île. Ce matin, 313 cas de contagion de fièvre aphteuse avaient déjà été rapportés aux services vétérinaires. Dix boeufs, 13 porcs, 11 cabris et deux moutons ont déjà succombé de cette maladie.
« Cette épidémie de fièvre aphteuse est un véritable désastre pour Rodrigues », a déclaré le chef commissaire de l’Assemblée régionale de Rodrigues après la réunion du conseil exécutif. « Le bureau du chef commissaire/commission de l’Agriculture est en train de prendre toutes les dispositions nécessaires afin d’éradiquer le virus. Nous demandons vivement au public, en particulier à la communauté des éleveurs, d’écouter et de suivre les conseils et les mesures de précautions que le vétérinaire donne à ce propos. Les autorités locales comptent sur leur collaboration », devait-il ajouter.
Dans l’immédiat, une des premières mesures annoncées a été le barème de compensation à être versée aux éleveurs, dont les bêtes devront être abattues pour cause de contagion à la fièvre aphteuse, soit :
– Rs 7 000 pour un boeuf de moins d’un an
– Rs 15 000 pour un boeuf entre un et deux ans
– Rs 20 000 pour une vache de plus de deux ans
– Rs 35 000 pour un boeuf de plus de deux ans
– Rs 2 000 pour un jeune mouton ou cabri
– Rs 4 500 pour une brebis adulte
– Rs 6 000 pour un mouton ou cabri adulte
– Rs 1 500 pour un jeune porc
– Rs 3 300 pour un porc pesant entre 35 et 60 kilos
– Rs 5 000 pour un porc de plus de 60 kilos
– Rs 7 500 pour une “pregnant sow”.
Néanmoins, cette formule ne serait pas au goût de tous, dont cet éleveur de l’Oust, qui soutient : « Mon troupeau comprend 17 têtes de bétail, soit d’une valeur de Rs 450 000. Samem mo labak sa. Je n’ai pas de compte en banque. On me propose un maximum de Rs 35 000 par tête de bétail. Cela remet en question mes projets. Je prévoyais de financer la première communion de mon enfant ainsi que l’extension de la maison. Mo latet fatige. Pa kone ki pou fer ! »
Un autre volet de la campagne porte sur un programme de vaccination du cheptel à Rodrigues. Quelque 60 000 vaccins seront commandés sous l’Emergency Procurement avec une campagne à travers l’île. À ce stade, les services vétérinaires de Rodrigues, dirigés par le Dr Jean-Marc Samoisy, bénéficient de la collaboration de deux Veterinary Officers de Maurice, les Drs Jowad Timol et Ram Ramjee, de même que d’un épidémiologiste de la Commission de l’océan Indien.?Les deux régions les plus affectées par l’épidémie de fièvre aphteuse sont le Nord – soit les villages de Roseaux, Crève-coeur, Terre-Rouge et Vangar – et l’Ouest de Rodrigues, notamment Plaine-Corail et Pistache. Les autorités soupçonnent que le virus de la fièvre aphteuse a été introduit dans de la viande ramenée à Rodrigues sans aucun contrôle rigoureux en mai ou juin dernier. De ce fait, les autorités comptent renforcer les contrôles, désormais plus sévères, sur les entrées de viande à l’aéroport et au port.
À partir de cette semaine, le mouvement des troupeaux est restreint, la police étant appelée en renfort pour ce contrôle. « Nous conseillons aux éleveurs de garder leurs animaux attachés ou dans un parc, car cette maladie se propage très vite par un virus. Les éleveurs doivent désinfecter leurs mains, leurs pieds et leurs vêtements à l’eau de javel après avoir été en contact avec leurs animaux. Il faut empêcher d’autres animaux – comme les chiens, les chats ou les rats – à venir près du parc, car ils peuvent transmettre le virus », recommande le Dr Samoisy aux éleveurs rodriguais. Il conseille aux éleveurs et aux acheteurs de ne pas acquérir d’animaux en ce moment.
Dans la conjoncture, le mot d’ordre des autorités est que toute bête présentant des symptômes de fièvre aphteuse soit abattue et que les membres de la communauté des éleveurs suivent à la lettre les consignes des services vétérinaires pour éradiquer le virus en attendant l’élaboration d’un plan d’aide à la relance de l’élevage.