Jenna Rima, 22 ans, habitante de La Tour Koenig, est l’une des premières Mauriciennes à avoir suivi une formation en escrime pour devenir maître d’armes. Une discipline peu connue ici — elle sera introduite à Maurice prochainement — et encore moins pratiquée par les femmes dans le monde. Sa formation a duré dix mois, du 3 décembre 2012 au 1er octobre 2013, au Sénégal, en compagnie de dix autres jeunes de différentes nationalités. Une fabuleuse expérience qui comportait toutefois certaines difficultés.
La jeune femme est très enthousiaste à l’idée de pouvoir enseigner l’escrime à Maurice. Elle jongle un peu en ce moment entre l’escrime et le volley-ball, car elle fait aussi partie des Tranquebar Black Rangers. Elle nous explique qu’elle a beaucoup gagné en maturité loin de sa famille et de ses habitudes pendant son apprentissage. C’est ce qui était le plus dur, selon elle.
« Au début, faire face à la mentalité qui régnait au sein de l’équipe n’était pas une chose facile. Nous étions à deux filles et neuf garçons, ce qui rendait les choses encore plus dures car les garçons comptaient toujours sur nous pour faire le ménage ou la vaisselle, par exemple. Heureusement que nous avons pu nous faire comprendre et trouver un arrangement par la suite. »
Toutefois, son passage au Sénégal reste un de ses meilleurs moments. « De forts liens d’amitié se sont créés et notre équipe était vraiment solidaire », dit-elle. Son but à présent est de lancer l’escrime à Maurice. « Avec l’attestation de maître d’armes que j’ai reçue, je souhaite enseigner aux jeunes de 7 à 15 ans avec le soutien de la fédération. Les champions commencent à l’âge de 6 ou 7 ans », souligne-t-elle. Son père, Serge Rima, est très fier d’elle. « Jenna a toujours été une très bonne sportive et elle a tout le soutien de la famille », avance-t-il.
Maîtriser les armes n’est certainement pas du gâteau. Déjà, la position de base de l’escrime est très difficile à maintenir. « Nous avions d’affreuses douleurs aux genoux. Cela a fait que je n’ai pas pu faire trop de combats et d’entraînements physiques. Par ailleurs, j’ai suivi ma formation jusqu’au bout pour pouvoir enseigner », dit-elle.
Les armes qu’elle devait apprendre à maîtriser sont l’épée, le sabre et le fleuret. « Avec l’épée, il est permis de toucher toutes les parties du corps de l’adversaire uniquement par la pointe, le fleuret permet de toucher seulement le bas de l’adversaire avec la pointe de l’arme et, pour finir, le sabre permet de toucher la tête, le bras et le haut du corps avec le tranchant », explique-t-elle. La jeune femme a même participé à deux compétitions : l’une à l’épée et l’autre au sabre où elle est arrivée jusqu’en demi-finales.
Jenna Rima fait également mention de la force et du courage acquis quand elle s’est retrouvée face à elle seule. Au Sénégal, le problème d’eau est très connu. « J’ai été forcée d’apprendre à me débrouiller les deux derniers mois avant mon retour car il n’y avait plus d’eau. Nous étions contraintes d’utiliser de l’eau minérale pour la vaisselle ou pour faire sa toilette, et dans les cas les plus extrêmes, attendre que tombe la pluie pour pouvoir se doucher. »
Pour rappel, Jenna Rima a aussi été championne de Maurice à l’heptathlon, mais sa passion se dirige aujourd’hui uniquement vers le volley et l’escrime. « Mon but, en tant que maître d’armes, est de populariser la discipline et de participer à des compétitions d’escrime, mais aussi de continuer le volley et être dans la sélection nationale pour les Jeux des îles », souligne-t-elle, très confiante en l’avenir.