La Banque de Maurice et le Central CID, et très probablement la Financial Services Commission, seront sollicités d’ici la fin de la semaine en vue d’ouvrir des enquêtes sur des cas de Corporate Ponzi Scheme avec plusieurs millions de roupies escroquées sur l’axe Maurice/Dubaï/Afrique du Sud. Un premier cas portant sur des dépôts de Rs 5 millions en vue d’obtenir des facilités financières fictives de Rs 225 millions d’une banque étrangère a été dénoncé par voie de mise en demeure logée contre les représentants de celle-ci, soit un avoué et son partenaire, un Mauricien ayant une longue expérience en matière de montage financier en Afrique du Sud. Dans les milieux autorisés, l’on avance que ce premier cas pourrait avoir des effets boule de neige car les victimes de ces arnaques sont nombreuses en dépit de la quinzaine d’avertissements émis par la Banque Centrale depuis le début de l’année mettant en garde contre des escrocs potentiels sévissant dans le circuit.
Dans ce premier cas, qui devrait déclencher la nouvelle étape de Corporate Ponzi Scheme avec d’importants transferts de fonds, notamment en Afrique du Sud et à Dubaï, la société victime, Effigy Construction Ltd, domiciliée à Avenue des Goyaviers, Quatre-Bornes, a retenu les services de Me Preetam Chuttoo, avoué, et de Me Roshi Bhadain, avocat. Dans la mise en demeure servie en début de semaine contre les représentants locaux de la banque étrangère, Bancorp International Ltd, en l’occurrence l’avoué et son partenaire, la société de construction réclame dans un délai de 48 heures le dépôt de Rs 5 millions (150 000 dollars américains) dans le cadre d’un Contract of Financing Line de Rs 225 millions (7,5 millions de dollars) signé le 4 avril 2013.
Passé le délai de 48 heures imposé pour le remboursement des Rs 5 millions et Rs 2,5 millions représentant les intérêts accumulés, les frais et autres réclamations en dommages, il faudra s’attendre à voir les officiels d’Effigy Construction Ltd débarquer au QG du Central CID pour une déposition en bonne et due forme avec la Banque de Maurice, alertée de ce nouveau volet du Ponzi Scheme avec des ramifications sur le plan international.
Mais cette société de construction ne serait pas l’unique victime du réseau de l’avoué pour des facilités de crédits bancaires dans des conditions qualifiées d’exceptionnelles. D’autres compagnies, avec des dépôts aussi conséquents, auront été arnaquées par les représentants de la Bancorp International Ltd. À ce stade, elles auraient fait preuve de réticence pour venir de l’avant et porter plainte contre ces présumés escrocs avec des correspondances bancaires à l’étranger.
Le Modus Operandi opéré par l’avoué et son partenaire d’affaires est présenté comme étant très simple. Dans leur démarchage auprès d’importantes sociétés dans le privé, ils présentent la Bancorp International Ltd comme une banque étrangère susceptible de mettre à la disposition des entrepreneurs et des hommes d’affaires des fonds requis pour la mise à exécution de leurs projets. La condition sine qua non pour accéder à ces moyens financiers : les bénéficiaires doivent effectuer des dépôts trois mois en prélude au déboursement des emprunts.
Dans une tentative d’accréditer et d’éliminer tout doute dans l’esprit des clients potentiels, une lettre d’attestation avec du papier à en-tête de la Bancorp International Ltd leur est remise. De ce fait, en date du 17 mars 2013, Effigy Construction Ltd avait accusé réception d’une lettre de cette institution financière à l’effet que l’avoué et son partenaire d’affaires sont les « true and lawful agents of Bancorp International ».
La lettre d’accréditation émise par la Bancorp International Ltd mentionne également que l’avoué et l’homme d’affaires « have been granted full power and authority to receive application loans, loan funds on its behalf, to disburse the said loan funds, to represent and negotiate, grant approvals, sign loan agreements and assign them as he seems fit ». Cet échange comportrait la signature d’un dénommé Philippe Gubbay au nom de Bancorp International Ltd.
Le dossier de dénonciations, qui sera soumis aux autorités compétentes au plus tard vers la fin de la semaine, comporte une série de lettres et de courriels échangés entre Effigy Construction Ltd et les deux représentants mauriciens. Conformément aux conditions, la compagnie de construction a effectué un dépôt de 150 000 dollars américains depuis le 24 octobre.
Avec ce dépôt initial crédité sur le compte de Bancorp International Ltd, la compagnie mauricienne misait sur un prêt de Rs 225 millions (7,5 millions de dollars américains) en vue de financer un projet de construction de complexes résidentiels, administratifs et commerciaux. Le montant de ce prêt devait être remboursé sur une période de six ans avec des taux d’intérêts annuels de 8 %, soit une somme de Rs 350 millions (11,1 millions de dollars).
À ce jour, aucun déboursement de prêt n’a été effectué par Bancorp International Ltd en faveur d’Effigy Construction Ltd. Face à l’impatience de la compagnie de construction, l’avoué se contentait de répondre invariablement « your requests have been communicated to the bank » ou « we have been updating your file and we are still engaged in this process » ou encore « we are waiting for the green light from Bancorp International Ltd », entre autres.
Avec la séquence des événements depuis le 24 octobre de l’année dernière avec le dépôt de 150 000 dollars américains jusqu’au 7 août dernier, une réunion dans l’étude de l’avoué, Effigy Construction Ltd allègue qu’elle a été victime d’une arnaque financière et réclame le remboursement de son dépôt.
En marge de cette dénonciation en règle, des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que l’avoué et son partenaire ne sont nullement étrangers à des cas d’escroquerie avec des transferts de fonds soit en Afrique du Sud soit à Dubaï, pays visités régulièrement par l’homme d’affaires, qui a connu une longue carrière professionnelle en Afrique du Sud.
Les services du partenaire de l’avoué auraient même été sollicités par les autorités mauriciennes pour animer des séminaires sur les finances et les investissements. L’avoué aurait déjà fait l’objet d’enquêtes préliminaires de la Financial Intelligence Unit ou autres autorités compétentes sans être véritablement inquiété par la justice.