Sur les quelque 30 000 étudiants de niveau supérieur à Maurice, environ 10 000 fréquentent une université privée. Ces dernières années, le nombre d’institutions offrant des cours de niveau universitaire a considérablement augmenté. S’il en résulte un plus grand choix pour les étudiants mauriciens, cela laisse aussi place à certains abus.
Il existe actuellement une soixantaine d’institutions privées offrant des cours de niveau supérieur à Maurice. Dans la plupart des cas, elles représentent des universités étrangères. L’idée d’obtenir un diplôme d’une grande université en étudiant à Maurice fait rêver beaucoup. Si parmi ces institutions certaines sont fiables, dans d’autres, le niveau des prestations laisse à désirer.
Natacha Murden a étudié le management dans une institution représentant une célèbre école anglaise. Si elle est heureuse d’avoir pu obtenir son diplôme, elle n’oublie pas les difficultés auxquelles elle a dû faire face. « L’institution à Maurice était censée faciliter mes démarches auprès de l’université en Angleterre, mais à chaque fois que je posais des questions, le personnel n’était pas en mesure de me répondre. Finalement, en plusieurs occasions, j’ai dû téléphoner à l’université personnellement pour résoudre des problèmes. »
Selon les informations disponibles à la Tertiary Education Commission (TEC), tous ceux souhaitant représenter une institution étrangère à Maurice doivent produire un document officiel de l’institution en question au moins un an avant le début des cours. La branche mauricienne doit aussi s’assurer que les cours dispensés ici seront reconnus par l’institution-mère et que les étudiants souhaitant y poursuivre leurs études plus tard y seront acceptés.
Si à ce niveau il ne semble pas y avoir de problème, c’est dans la pratique que se présentent les difficultés. Toutes les branches représentant les institutions étrangères réclament un frais administratif aux étudiants. En l’absence d’une réglementation des autorités compétentes, chacun impose ses propres tarifs. Selon les informations obtenues par Le Mauricien, ces frais s’élèvent entre Rs 700 et Rs 1 000 par module. Un étudiant de Undergraduate level doit compléter dix modules en un an.
Quant aux frais de l’université, ils sont payables en devises étrangères. Là encore, certains y ajoutent un excédent, arguant que le surplus sert de “buffer”, au cas où le taux de change évolue au moment du transfert de l’argent.
Malheureusement, la TEC ne s’ingère pas dans les questions administratives de ces institutions. À ce jour, personne n’a porté plainte contre de telles pratiques, nous laisse-t-on entendre. « Chaque année, la TEC met les étudiants en garde contre certaines universités à l’étranger, mais elle devrait aussi s’intéresser aux pratiques des institutions à Maurice », lâche Natacha Murden.
« Brader les diplômes »
Avec le projet du gouvernement de faire de Maurice un knowledge hub, le nombre d’institutions privées a augmenté considérablement. On retrouve ainsi toute une liste d’universités étrangères offrant des cours à distance à travers des agences mauriciennes. Citons entre autres University of Greenwich, University of Queensland, University of South Africa, University of Coventry, Heriot-Watt University…
Quant aux cours offerts, ils varient du business au banking, en passant par le management, sans oublier les langues et l’informatique. La plupart du temps, ceux optant pour ces cours n’ont pas trouvé une place dans une université renommée, ou ils travaillent déjà et cherchent tout simplement à upgrade leurs connaissances.
Pour ces derniers, les cours à distance offrent le choix d’étudier à son propre rythme. Mais faut-il encore que la qualité soit assurée. Un chargé de cours cite l’exemple d’une célèbre institution indienne qui n’impose pas la littérature anglaise comme prérequis pour un degree en anglais. « Comment la personne obtenant un degré de cette université pourra-t-elle enseigner l’anglais plus tard, si elle n’a pas une connaissance élémentaire de la littérature anglaise ? Il ne faut pas brader les diplômes ! » avance-t-il.
Ajouté à cela, certaines institutions ont fait l’objet de vives contestations de la part des professionnels mauriciens. C’est le cas notamment pour le Mauras College of Dentistry. La branche mauricienne de cette école indienne a donné des cours de dentisterie pendant sept ans avant d’être contrainte de cesser ses opérations.
Pointée du doigt par le Dental Council, l’école avait pourtant un permis d’opération délivré par la TEC. Ce n’est qu’après que le Dental Council a haussé le ton, en septembre de l’année dernière, que la TEC a imposé des mesures plus strictes à l’école.
Depuis cette année, le Mauras College of Dentistry a cessé ses cours à Maurice, en attendant qu’un compromis soit trouvé avec les autorités concernées. Mais qu’en est-il de l’avenir de la soixantaine de jeunes formés à cette école ?
Autant d’exemples qui démontrent qu’un mécanisme de contrôle efficace doit être mis en place pour éviter des abus. Surtout que depuis quelque temps, les institutions ont commencé à recruter des étudiants étrangers (voir hors-texte). Sans un contrôle rigoureux, le pays risque de souffrir d’une mauvaise réputation. Mais pour le moment, le ministère de l’Éducation supérieure, qui vise pourtant à avoir un gradué dans chaque famille, communique peu sur le sujet.