Josie Lebrasse

Ivan Collendavelloo a parlé de Xavier Duval comme de quelqu’un qui aurait une mentalité de tiers-mondiste, parce qu’il a contesté l’achat de deux nouvelles turbines au coût de Rs 8 milliards. Le Premier ministre adjoint a même ajouté que ce que préconise le leader de l’opposition nous ramenait au “taxi-brousse de Madagascar”. Une allusion inopportune faite sur le ton de la condescendance et du mépris pour nos voisins malgaches qui n’avaient strictement rien à faire avec les préoccupations parlementaires mauriciennes bien légitimes sur le coût extravagant de ces turbines, dont la pertinence reste encore à être établie. Au lieu d’aller chercher le tiers-monde ailleurs, Ivan Collendavelloo et ses amis de la majorité devraient peut-être se pencher en toute urgence sur le fonctionnement de notre Assemblée nationale qui, elle, semble tout droit tomber dans la caricature et le quart-monde. Le 1er juillet, ici même dans ces colonnes, nous déplorions sous le titre “All way no say”, le déséquilibre inacceptable qui s’est développé à l’Assemblée nationale où la présidence et l’exécutif semblent fonctionner en parfaite symbiose, voire de manière incestueuse. Et quelques pistes étaient indiquées pour que Maurice se mette enfin au diapason de ce qui se fait dans les démocraties matures. Sans grand espoir, il est vrai que ceux qui profitent du système aujourd’hui ont cette hauteur de vue qui leur permetde voir plus grand. Pire, on n’essaye même plus de sauver les apparences. Des exemples récents illustrent cela. Il y a eu des échanges plutôt virulents entre le ministre mentor et le leader de l’opposition mardi dernier autour du cas Thierry Henry. Chacun a utilisé le mot menteur pour qualifier l’autre et ils ont dû tous deux retirer ce mot qui n’est pas acceptable au regard du vocabulaire parlementaire. Mais, alors qu’il était debout et son micro, bien entendu, ouvert, Sir Anerood Jugnauth a lancé à Xavier Duval : “Shut up your bloody mouth.” C’était choquant pour tout le monde, sauf pour la Speaker qui n’est pas intervenue pour lui demander de retirer ce propos vulgaire et dégradant. Il a fallu attendre que le leader de l’opposition proteste et l’ultime séance de vendredi pour que le ministre mentor finisse par retirer ses commentaires de bas étage. Cet épisode n’est pas sans rappeler le “licking my hand and other parts” qu’avait lancé, debout, et micro ouvert, Pravind Jugnauth à Roshi Bhadain. Et que la Speaker, encore une fois, n’avait pas entendu. Ce fameux “selective deafness” qui fait qu’elle entend le plus petit murmure proféré par un membre de l’opposition assis, mais pas les insultes lancées debout et à haute voix les membres de la majorité, surtout lorsqu’elles viennent de la bouche de ses parrains politiques, SAJ et Pravind Jugnauth. Dans le cas du “licking my hand and other parts”, ce n’est qu’une semaine plus tard et, après le tollé soulevé que le Premier ministre avait fini par faire amende honorable. En comparaison, les sanctions qui frappent des élus de l’opposition paraissent scandaleuses. Alan Ganoo, lui-même un ancien Speaker, s’est vu sévèrement sanctionné il y a quelques semaines pour avoir protesté auprès de Maya Hanoomanjee parce qu’elle l’ignore royalement et qu’il n’ait pas eu la possibilité de poser la moindre question supplémentaire. Il a non seulement été expulsé, mais suspendu pour deux séances. Arvin Boolell estime que la Speaker a trop laissé traîner les échanges sur les questions au Premier ministre et qu’il a été privé du droit de poser sa question sur le dîner ségrégationniste de Showkutally Soodhun en l’honneur de visiteurs saoudiens. L’élu de Belle-Rose/Quatre-Bornes avait eu le malheur de faire une référence au comité sur le “gender caucus” que préside Maya Hanoomanjee. Il a été invité à retirer ses critiques, ce qu’il a refusé de faire avant qu’il ne soit, bien entendu, expulsé. Le terme “Pinocchio” qui jadis était utilisé sur les caisses de savon pour désigner Pravind Jugnauth a, mardi dernier, été employé pour répliquer à certains arguments critiques du ministre Etienne Sinatambou. Il a été jugé “in this context” non-parlementaire par le Deputy Speaker novice Bobby Hureeram. Le Parlement n’est pas une question de contexte, mais ce que les procédures prévoient. Un point c’est tout. Le nouveau Deputy Speaker ne nous a pas dit sur quoi il s’est fondé pour dire que Pinocchio, un personnage de fiction pas vraiment méchant, est outrageant. Et ce que dit Erskine May, la bible à laquelle on se réfère lorsqu’il y a un vide dans nos propres règlements et qu’il y a un doute sur l’attitude à adopter face à une situation inédite. Mais qui s’intéresse à Erskine May aujourd’hui ?  Oui, il est vrai que pour couper court à une polémique stérile qui n’avait pas sa raison d’être, Paul Bérenger aurait pu et aurait dû retirer son épithète, même si rien ne dit qu’il ne soit pas admis dans le vocabulaire de la Chambre, mais sa réaction est probablement proportionnée à l’exaspération qui a gagné les rangs des oppositions devant ce qu’elles considèrent comme une politique de deux poids deux mesures vis-à-vis d’elles et que les faits, malheureusement, tendent à accréditer. Avec des expulsions répétées dans leurs rangs pour des peccadilles pendant que des membres du gouvernement y vont de leurs petits couplets autrement plus graves, il est évident que les oppositions ont décidé de ne plus accepter ce manque flagrant de respect de l’impartialité dans l’hémicycle. Le plus marrant dans toute cette situation, c’est que le Premier ministre Pravind Jugnauth a osé se poser comme arbitre des élégances en commentant sur le “Pinocchio” de Paul Bérenger. Venant de quelqu’un dont le vocabulaire est loin d’être châtié, lui qui aime les expressions comme “koulouté” pour dénoncer Navin Ramgoolam et, qui, au Parlement même ose parler même de “licking my hand and other parts” c’est, franchement, une mauvaise blague. Mais on l’a vu vendredi, le Parlement, c’est devenu une farce en direct.