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L’EIA Licence allouée au promoteur Growfish International est “tainted”, selon l’ELUAT.

Après une âpre bataille engagée depuis le 26 octobre 2017 contre le projet d’aquaculture de Growfish International à Bambous, les hôteliers et la Sea Users Association ont obtenu, la semaine dernière, gain de cause devant le Tribunal de l’Environnement. L’instance a statué que l’Environmental Impact Assessment (EIA) Licence octroyée par les autorités à Growfish Ltd est “tainted”et que les risques d’attaques de requins liés à un projet d’aquaculture comme celui envisagé par la compagnie n’ont pas été sérieusement étudiés.

Le verdict est tombé mardi et l’ELUAT a donné avis favorable à l’appel logé par l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) et la Sea Users Association contre l’octroi de la licence EIA par le ministère de l’Environnement au projet d’aquaculture de la compagnie sud-africaine Growfish International. L’appel déposé en octobre 2017 était dirigé notamment contre le principal ministère concerné, l’Environnement, le promoteur, et deux autres ministères, l’Economie océanique et le Tourisme. L’affaire avait été prise sur le fond à partir du 6 septembre 2018 et les audiences avaient duré jusqu’au mois de janvier 2019. Outre l’avis d’experts, les défendeurs, pour soutenir leurs points, se sont appuyés sur l’Aquaculture Master Plan 2007-08 et le Board of Investment Report, qui fixent les objectifs gouvernementaux en ce qui concerne la production aquacole jusqu’en 2030.

Parmi les raisons d’appels soumises, le tribunal, présidé par Vedalini Phoochund-Bhadain et ses deux assesseurs le Dr Ranjeet Bhagooli et Pravin Manna, — relevant de prime abord qu’il y a plusieurs zones d’ombre dans ce projet — a surtout retenu qu’en plus, le risque requin n’a pas été sérieusement étudié ni suffisamment évalué par les autorités, alors que l’envergure du projet Growfish accroîtrait sans conteste la présence de requins près du site d’exploitation. S’appuyant sur les témoignages d’experts, le tribunal estime que jusqu’ici aucune étude n’a été menée quant aux risques réels de requins dans nos eaux, alors que ce facteur est bel et bien présent.

A son sens, le ministère aurait dû d’abord s’assurer des risques que représentent la présence de requins avec ce projet et de ne pas se fier aux simples garanties avancées par le promoteur avant de lui octroyer son permis.

Le manque d’informations cruciales sur le projet ainsi que les incertitudes sur la variabilité de sa taille finale sont des éléments sur lesquels les autorités ont manqué de rigueur dans leur approche, note l’ELUAT. Dans ses conclusions, l’instance fait ressortir que le rapport du promoteur contient très peu d’informations quant aux risques sur l’environnement et l’impact des conditions climatiques.

Le tribunal souligne de même le conflit d’intérêts et le manque d’indépendance du ministère de l’Economie océanique. L’instance appelée à réguler le secteur de l’aquaculture est en effet également impliquée dans le projet, ayant été partie prenante des consultations durant le projet et ayant même signé un accord avec Growfish International. “Good governance policy requires that the regulatory agency should not be in whatsoever involved in a decision relating to subject matter that they have to regulate! For the reasons, the EIA Licence is tainted”, a statué l’ELUAT.