Face à la pression venant des différents stakeholders en vue de faire la lumière sur les circonstances du scandale du détournement de fonds de l’ordre de Rs 100 millions, le management du Syndicat des Sucres a pris la décision de soumettre le dossier au Central CID en vue de diligenter une enquête. Dans cette perspective, un premier mandat d’arrêt a été émis contre Dushman Leckraz, aussi connu sous le nom d’Ashwin Leckraz, ancien employé du Syndicat des Sucres et présumé cerveau de cette fraude au préjudice des planteurs et des opérateurs de l’industrie cannière. Au terme des procédures établies, le Passport and Immigration Office a été mis en état d’alerte au cas où le suspect tenterait de quitter le pays avant son interrogatoire Under Warning annoncé comme imminent. En fin de journée hier, la Chief Finance Officer du Syndicat des Sucres s’est rendue au QG du CCID pour consigner une première déposition sur ce détournement au préjudice des planteurs, qui font actuellement face à de graves difficultés.
À ce stade de l’exercice de contrôle interne et de vérifications des livres de comptes du Syndicat des Sucres, le montant de la fraude est estimé à quelque Rs 100 millions. Mais des sources internes indiquent qu’il ne s’agit que d’un montant préliminaire, et donc sujet à des modifications à la baisse ou à la hausse, dépendant des documents au sujet des transactions  frauduleuses opérées au cours de ces trois dernières années. Cette mission de contrôle, qui est toujours en cours, a été confiée à la firme d’experts-comptables BDO.
En raison de l’urgence de la situation, cette première déposition formelle du Syndicat des Sucres porte sur un montant partiel de Rs 20 millions, avec des documents compilés par les experts-comptables. Dans sa déposition, la Chief Finance Officer a fait état des circonstances dans lesquelles cette fraude a récemment été découverte et a donné des indications au sujet de l’identité du cerveau présumé, en l’occurrence le dénommé Ashwin Leckraz. Un nouveau rendez-vous a été pris en vue de compléter cette déposition sur la base d’un rapport d’audit complet commandité pour ces trois dernières années.
Le suspect, lui, n’est pas à première incartade professionnelle. Avant d’atterrir à ce poste majeur au sein du Syndicat, il avait été employé dans une banque commerciale. Mais il a eu des démêlés avec la justice, où il a fait l’objet d’une condamnation de deux ans de prison dans le cadre d’une précédente affaire criminelle au travail. L’homme a d’ailleurs fait appel contre cette condamnation. Mais pour pouvoir obtenir son dernier poste en date, il a trompé la vigilance du Syndicat des Sucres avec un certificat de moralité, obtenu en deux temps, ne faisant nullement mention de cette condamnation.
Quand le pot aux roses a été découvert fortuitement, Ashwin Leckraz a été renvoyé par le Syndicat des Sucres. Mais il était déjà trop tard car, depuis trois ans déjà, il aurait tissé un réseau de fraude pour la vente de sucre sur le marché local. Selon le mécanisme mis en place, pour chaque achat de sucre pour le marché local, le commerçant tire un chèque, dont le montant variait entre Rs 50 000 et Rs 100 000. Toutefois, ces chèques n’étaient pas négociés à la banque pour des versements dans les comptes du Syndicat des Sucres. Après un délai de 30 jours, en moyenne, les chèques étaient alors renvoyés aux commerçants émetteurs pour être détruits alors que la transaction était déjà consommée. Les responsables du Syndicat des Sucres soupçonnent que le principal suspect se faisait payer en espèces. D’où la décision d’avoir recours à la Financial Intelligence Unit pour un Audit Trail aux termes de la Financial Intelligence and anti-Money Laundering Act.
Les procédures pour l’arrestation d’Ashwin Leckraz sont enclenchées. Il sera alors confronté à ces premiers éléments fournis par la Chief Finance Officer dans sa déposition à charge. Ses explications sur les rouages de ce détournement de fonds, « which has gone unnoticed during three years », sont attendues avec impatience au CCID. D’autres arrestations sont cependant à prévoir au fur et à mesure que l’enquête progressera. Jusqu’ici, cinq commerçants du Nord de l’île, qui s’approvisionnaient régulièrement en sucre de ce réseau, devraient intéresser les hommes des ACP Vuddamalay et Jangi.
De son côté, le Syndicat des Sucres a émis un communiqué pour confirmer la fraude révélée par Week-End dans son édition de dimanche dernier. Mais il ne mentionne aucun détail officiel sur le montant du détournement. « Lors d’un exercice de contrôle mené en interne, suite au départ d’un ex-employé, le Mauritius Sugar Syndicate (MSS) s’est aperçu que certaines de ses entrées comptables concernant une partie de ses ventes de sucre pour le marché local ont eu pour effet de réduire les montants dus par certains acheteurs. Ces entrées ne concernent que les ventes de sucre sur le marché local, qui représentent actuellement 3,3% du chiffre d’affaires annuel de l’institution », fait ressortir le communiqué.
Le Syndicat des Sucres a voulu se montrer rassurant à l’égard des planteurs et des opérateurs de l’industrie cannière en faisant ressortir : « Il existe, au sein du MSS, un système de contrôle rigoureux à plusieurs étapes comprenant, au départ, une traçabilité totale de toute entrée effectuée dans le système comptable. C’est ce système de contrôle qui a permis de déceler ces irrégularités effectuées dans ses livres. Le MSS assure ses membres et partenaires qu’il collabore pleinement avec les autorités et prendra toutes  les actions légales nécessaires afin de protéger les intérêts du MSS et de ses membres. »