« Comme une déchirure, comme quelque chose qui se brise ». Ces mots de l’évêque de Port-Louis, hier, en l’église Sacré-Coeur de Beau-Bassin, où se sont déroulées les funérailles du père Robert Jauffret, disaient sa peine mais aussi celle de ceux ayant côtoyé de près le prêtre de 72 ans. Cette déchirure, toutefois, devait reprendre Mgr Maurice Piat, « laisse entrevoir le ferment de résurrection qui fait qu’il soit, même après sa mort, une lumière pour le monde mauricien ».
Lutte, audace, passion, foi, proximité, homme de terrain, humain et jusqu’au bout. Ce sont les qualificatifs clés utilisés par l’évêque de Port-Louis hier pour rappeler l’homme qu’a été le père Robert Jauffret. « Une lutte acharnée », soit trois années contre la maladie qui a finalement eu raison de lui. Mais, un homme qui, tout en étant conscient qu’il ne lui restait pas longtemps à vivre, a voulu « vivre jusqu’au bout ». « Une foi battante », devait ajouter Mgr Piat. « Sans avoir vu le Christ, il l’a aimé ; sans le voir encore, Robert a cru en lui. Et aujourd’hui, il tressaille d’une joie inexprimable qui le transfigure ».
Au-delà du chagrin qui habite tous ceux qui ont eu l’occasion de travailler avec le défunt prêtre, Mgr Piat a invité ceux-ci à rendre grâce au Seigneur pour le prêtre, le compagnon de route, l’ami, le frère, le mentor que Robert Jauffret a été pour beaucoup d’entre eux.
Il a rappelé que le père Jauffret a surtout exercé son ministère dans les grandes paroisses de ville, notamment à St-François Xavier à Port-Louis en pleine bagarre raciale de 1968, puis à Notre Dame du Rosaire, Quatre-Bornes, au Sacré-Coeur, Beau-Bassin, à Ste-Thérèse, Curepipe et enfin à la Visitation, Vacoas. « Partout, il a été un homme de terrain, arpentant les cités, visitant les gens, s’intéressant à leurs conditions de vie, réunissant des équipes d’Action Catholique, réfléchissant avec des jeunes et des moins jeunes sur la meilleure façon de témoigner de l’Evangile dans différentes situations où les droits humains élémentaires n’étaient pas respectés. Il a su lutter avec des laïcs pour une plus grande justice sociale aux côtés des victimes de la drogue, aux côtés des jeunes chômeurs, ou de ceux et celles qui étaient exploités dans le travail, aux côtés des pauvres qui voulaient améliorer leurs conditions de vie ».
Pour l’évêque de Port-Louis, le père Jauffret a été « le prophète du Dieu qui a vu la misère de son peuple, a entendu ses souffrances, et est descendu pour le délivrer ». Le regretté prêtre a par ailleurs, à travers ses causeries intitulées « Devenir humain », incité bon nombre à s’engager davantage pour rendre plus humain le monde mauricien.
Le père Jauffret, rappelle Mgr Piat, s’était aussi beaucoup investi dans l’accompagnement des couples. « Sa proximité avec les familles et son amitié fidèle ont été un soutien précieux pour beaucoup. De même avec les jeunes : il les rencontrait sur la rue, dans les classes de catéchèse, dans les équipes d’Action Catholique. Sa flamme et sa conviction ne les laissaient pas indifférents ». Nombre de Mauriciens, aujourd’hui, selon l’évêque, à Maurice comme ailleurs, demeurent encore marqués par le père Jauffret, par son goût pour le « sel de la terre » qu’il leur avait transmis et « qui les avait poussés à vivre leur foi plus en prise avec les réalités de leur vie humaine ».
Mgr Piat a prié pour que les jeunes soient animés par la même audace et la même passion que le père Jauffret.