Dix-neuf ans et un mois après la fusillade meurtrière de la rue Gorah Issac du 26 octobre 1996, avec trois agents du PTr/MMM, Babal Joomun, Zulfikar Bheeky et Yousouf Moorad, abattu par balles aux petites heures du matin, et un peu moins de 15 ans, soit le 16 janvier 2001, après une séance d’interrogatoire sur ce triple meurtre, le chef de file du Labour à l’Assemblée nationale et ancien ministre travailliste, Shakeel Mohamed se retrouve en eaux troubles depuis ce matin avec une menace d’arrestation pesant sur sa tête, sujette à confirmation en cours d’après-midi. C’est ce qu’indiquent des sources aux Casernes centrales à la mi-journée alors que cette nouvelle séance d’interrogatoire Under Warning de Shakeel Mohamed devait se dérouler dans les locaux de la CID de Port-Louis Sud aux Casernes centrales, département de la police engagé dans cette enquête dès le début. Le principal protagoniste dans cette nouvelle version du Case Gorah Issac Revisited, qui rejette les accusations portées contre lui en soutenant que tout cela relève d’un « complot politique », a retenu les services de Me Gavin Glover, Senior Counsel, Ritesh Ramburn et également de Me Yousuf Mohamed, Senior Counsel, qui a été un des premiers conseils légaux à se présenter au QG du Central CID, soit à 10 h 10, ce matin.
Les premières indications sont que l’interrogatoire de Shakeel Mohamed pourrait être de longue durée vu qu’à ce matin, le questionnaire préparé par les limiers de la police comprend au bas mot quelque 90 questions. La possibilité que cette liste soit allongée n’est pas à écarter car durant les dernières 48 heures, des consultations ont été organisées avec d’anciens responsables de l’enquête sur le triple meurtre de Gorah Issac, dont l’assistant surintendant de police Rahoman, qui avait été un des Front Line Investigators dans cette affaire depuis 1996.
À ce stade de la journée, aucune indication n’était disponible quant à la marche qui pourrait être adoptée dans le cadre de cet interrogatoire, notamment si Shakeel Mohamed sera autorisé, comme ce fut le scénario dans le récent cas d’Anil Bachoo, de rentrer chez lui sur parole avant de revenir pour boucler la séance de Questioning en vue de toute décision au sujet d’éventuelles inculpations, si le prévenu sera présenté devant le magistrat du tribunal de Port-Louis au cas où des charges provisoires sont logées contre lui ou encore la nuit en détention policière si les procédures ne sont pas encore terminées.
En tout cas, les hommes de loi de Shakeel Mohamed ont négocié très serré avec les responsables de l’enquête de la police pour établir un plan de travail comme ce fut le cas pour la venue de Shakeel Mohamed au Central CID ce matin. Toutefois, l’interrogatoire a été précédé par une perquisition menée par la police à son domicile en présence de ses hommes de loi. Suite à la confirmation que les enquêteurs de la police avaient besoin d’interroger le chef de file du Labour sur des zones d’ombre dans l’enquête sur l’affaire Gorah Issac, les hommes de loi de la défense ont pris les devants en fixant un rendez-vous pour ce matin à 10 heures. Difficile à dire si la présence de Me Yousuf Mohamed aux Casernes centrales jeudi après-midi avait trait à ces tractations préliminaires ou non.
Sur le coup de midi, alors que le convoi de policiers était parti pour exécuter le mandat de perquisition chez Shakeel Mohamed, Me Yousuf Mohamed devait déclarer à la presse que « l’enquête n’a pas encore démarré et aucune charge évoquée à ce stade. On parle de participation. Cela veut dire ce que cela veut dire. C’est la troisième fois que les autorités décident de procéder à la réouverture de l’enquête. Il y a eu deux auparavant. Elles sont libres de faire autant d’enquêtes qu’elles veulent. Je suis navré. Je vais coopérer autant que possible ». Il devait rappeler qu’en 1996, Shakeel Mohamed, qui habite aujourd’hui à Calebasses, n’avait qu’une seule maison à Flic-en-Flac, au Morcellement Anna. D’importants dispositifs policiers, dont des éléments de la Special Supporting Unit, de la Major Crime Investigation Team et du CCID, ont été déployés dans le contexte de cette perquisition.
Des recoupements d’informations effectués indiquent que la réouverture de ce dossier, qui continue à défrayer la chronique, devrait se faire sur deux lignes différentes, notamment la piste des armes à feu utilisées par les agresseurs, dont une faisant partie de l’arsenal de la force policière et qui avait été volée précédemment et également la 4×4 de couleur rouge, immatriculée 3538 NV 95, qui avait été volée vers les 1 h 30 du matin du 26 octobre 1996 sur la plage de Flic-en-Flac.
Les deux occupants de cette 4×4 de couleur rouge, un couple de ressortissants étrangers, dont un de Malaisie et une Chinoise, furent enlevés par cinq hommes masqués voyageant à bord d’un autre véhicule. En quittant Flic-en-Flac, les deux ressortissants étrangers, qui avaient été ligotés, furent abandonnés dans un champ de cannes. Le véhicule, qui fut utilisé subséquemment par les agresseurs par la fusillade meurtrière de la rue Gorah Issac, fut abandonné dans les environs du cimetière de Pailles.
Dans leurs versions, lors de la première réouverture de l’enquête Gorah Issac en décembre 2001, des suspects, interpellés, principalement Khadafi Oozeer, avait porté des accusations contre Shakeel Mohamed. Lors d’une perquisition au domicile du dénommé Khadafi Oozeer, le 22 novembre 2000, des armes à feu avaient été découvertes et saisies. Il avait fait des révélations sur l’origine de certaines armes, de même que les instructions données à ce sujet.
Ce n’est pas la première fois que le nom de Shakeel Mohamed est cité dans cette affaire. Il a même été entendu pendant six heures et demie le 16 janvier 2001 par le CCID, et les accusations de Khadafi Oozeer contre l’ancien ministre du Travail du Labour sur des aspects de cette sinistre affaire furent alors classées sous le chapitre de « Hearsay Evidence ». L’interrogatoire du jour, qui n’avait pas encore été entamé en début d’après-midi, devrait permettre d’élucider des questions non abordées jusqu’ici…
De son côté, Arvin Boolell, un des dirigeants du Parti travailliste, a fait le déplacement aux Casernes centrales en guise de solidarité avec le chef de file du Labour au Parlement. « Cela me fait rappeler ce qu’avait subi feu sir Gaëtan Duval en relation avec l’affaire Azor Adelaïde dans le temps. Puis il y a eu la boutade de sir Anerood Jugnauth à l’encontre de Shakeel Mohamed à l’Assemblée nationale. Nous nous posons la question : est-ce vraiment une boutade ? Tout cela est aussi inquiétant si l’on tient compte du fait qu’à chaque fois, on entend le même refrain : instructions vinn depi lao », a-t-il souligné.
Rappelons que la fusillade à la rue Gorah Issac, à Plaine-Verte, eut lieu vers les 3 heures du matin le 26 octobre 1996, à la veille des élections municipales, avec trois agents de l’alliance PTr/MMM, en l’occurrence, Babal Joomun, Zulfikar Bheeky et Yousouf Moorad ainsi que quatre autres agents touchés lors de ces graves incidents. L’enquête policière sur les circonstances de ces graves événements de même que les auteurs devait piétiner durant quatre ans, jusqu’aux révélations du repenti Khadafi Oozeer à la police à la fin de 2000. Dans le sillage de ces informations, l’escadron de la mort, attribué au Hizbullah, fut démantelé avec une série d’arrestations et de condamnations.
Pour la présente réouverture de l’enquête avec Shakeel Mohamed dans le collimateur, la nouvelle déposition de Swaleha Joomun, la veuve de Babal Joomun, au CCID il y a une quinzaine de jours y est pour quelque chose. Elle a évoqué des pistes, qui auraient été négligées jusqu’ici et des personnalités nullement inquiétées à ce jour.