Jean-Yves Fanfan, âgé de 80 ans et habitant Grand-Gaube, est un passionné de poisson de- puis l’âge de 10 ans. Il a fini par faire de la pêche son métier avant de se spécialiser dans la pêche au requin.

Selon lui, les requins sont « de plus en plus nombreux » à s’approcher de la ferme aquacole en raison d’une grande concentration de nourriture. « Bizin tir sa bann laferm-la opli vit parski li atir rekin », insiste Jean-Yves, qui est connu à travers l’île comme spécialiste des requins. « Je lance un défi à ceux concernés par les fermes aquacoles de venir prouver qu’il n’y a aucun requin autour des fermes aquacoles de Grand-Gaube. Le lagon de Grand- Gaube sera infesté de requins si les promoteurs de ce projet insistent à aller de l’avant », dit-il.

Jean Yves fanfan montrant ses équipements pour la pêche aux requins.

Depuis la capture d’un requin de deux mètres de long dimanche dernier, une dizaine de pêcheurs de Grand- Gaube et les habitants, que Le Mauricien a rencontrés, ne cessent de remettre en cause le projet de la ferme aquacole dans le lagon de Grand-Gaube. Le président de l’Association des pêcheurs professionnels de l’île Maurice(APIM), Jean-Yves Fanfan, explique que « bizin tir sa bann laferm-la opli vit parski li atir rekin ». Le ministre de l’Économie océanique et des Ressources marines, Prem Koonjoo, lui, avance que « mo ena 75 zan me zame mo’nn tann dir ki dimounn finn atake par rekin ». Il ajoute : « Rien n’a été prouvé jusqu’ici que les fermes aquacoles attirent les requins. »

Un requin capturé à Grand Gaube dimanche dernier

Patrick Marie, le neveu de Jean-Yves Fanfan, avait abandonné l’hôtellerie, il y a une dizaine d’années, et avait choisi le métier de pêcheur pour subvenir aux besoins de sa famille. « Autant que je sache, il n’y avait pas de requins dans cette zone. Pas la peine de chercher l’avis des experts.C’estlaprésencede cette ferme aquacole qui at- tire les requins. Allez deman- der aux pêcheurs de cette région, ils vous diront la même chose », explique-t-il. Jean- Luc, également pêcheur, qui écoute attentivement les explications de Patrick Ma- rie, ironise : « Blue-Bay ena park marin. Nou pa lwin pou gagn park rekin dan Grand-Gaube. » Pour lui, la capture de ce requin bouledogue dimanche dernier dans le lagon de Grand-Gaube donne une idée de ce qui arrivera dans les jours à venir. « Lotorite bizin pran enn desizion opli vit. Beaucoup de familles dépendent de la pêche pour nourrir leur famille », dit-il.

Un ancien conseiller, qui était affecté au ministère de la Pêche et qui avait travaillé sur des projets d’aquaculture, pense que les cages aquacoles dans une zone de passage de requins ne sont pas une zone de prédation. « Le requin mangeur d’hommes est un mythe. Ses habitudes alimentaires en sont la preuve (plantes, micro-organismes, entre autres). De plus, il est en déplacement constant et vit en profondeur. Le requin est plutôt victime des hommes pour de l’argent. Cette perception de requin prédateur est une pure invention de l’homme pour mieux le capturer pour les valeurs qu’ils représentent », avance-t-il. Et d’ajouter qu’à ce jour 30 espèces de requins ont déjà disparu. « Si on trouve des requins tout près des fermes aquacoles c’est qu’ils sont de passage. À ma connaissance, on n’a pas encore répertorié des dégâts causés par des requins à ce jour. S’il y avait des fermes aquacoles à travers le monde, la population mondiale n’aurait peut-être pas connu le goût du poisson de ces fermes. »