Depuis le 4 septembre dernier, la Commission indépendante anti-corruption (l’ICAC), le président de la République, le Premier ministre, le leader de l’opposition, les parlementaires de tous bords, de nombreux autres dirigeants d’institutions de contrôle financier, et les principaux journaux et radios du pays sont en présence d’une lettre de dénonciation non signée – mais provenant manifestement d’employés des casinos – accusant trois hauts responsables des State Investment Corporation Management Services (SICMS) de gestion douteuse. Les allégations impliquent abus d’autorité, fraudes et utilisation du personnel des casinos pour entreprendre des travaux domestiques particuliers.
Les dénonciateurs ont à nouveau sollicité la presse, cette semaine, pour signifier leur étonnement qu’à ce jour il n’y a toujours aucune réaction notée de la part des personnalités et des institutions qu’ils ont, selon eux, cru devoir sensibiliser dans l’intérêt général. Les casinos, précisent-ils, sont financés par les deniers publics.
La lettre, fort détaillée, évoque notamment l’achat d’équipements pour les casinos, pour un montant de plus de Rs 30 millions, auprès d’une firme sud-africaine. Selon les dénonciateurs, ladite entreprise aurait entretenu à ses frais les responsables des SICMS visés, en leur offrant hôtel et repas, avant de décrocher le contrat de vente. Qui plus est, toujours selon les dénonciateurs anonymes, deux des responsables des SICMS se seraient déplacés en Afrique du Sud à leurs propres frais en au moins deux occasions, à l’insu de leur board, alors que ce dernier n’avait donné son feu vert que pour un seul voyage.
Les dénonciateurs ont informé les destinataires de leur lettre que ni le Board of Directors des SICMS, ni le ministère des Finances qui exerce sa tutelle, n’a donné son accord aux deux responsables pour se déplacer et aller discuter, à leurs propres frais, d’affaires concernant les casinos. D’après les dénonciateurs anonymes, certaines questions méritent d’être posées et nécessitent des réponses claires. Il s’agit de savoir :
(i) quel intérêt avaient les deux responsables de voyager à leurs propres frais, malgré le fait qu’ils n’avaient pas l’approbation de leur board pour entreprendre cette mission ; (ii) pourquoi l’entreprise ayant fourni les équipements leur ont offert hôtel, repas, entertainment et séjour fastidieux ; et (iii) si les SICMS ont finalement acheté de cette firme, et si tel est le cas, à quel prix et qui a conclu la transaction.
Toujours selon les dénonciateurs, les réponses à ces questions seraient des indications claires qui expliqueront alors la « générosité » de la compagnie sud-africaine envers les responsables pointés du doigt.
La lettre de dénonciation affirme plus loin qu’un des responsables visés cumule deux fonctions totalement incompatibles à la direction des SICMS et au Casino du Domaine Les Pailles et que, tout en assumant des fonctions à temps partiel, il bénéficie d’une voiture de fonction, et ses allocations et ses fringe benefits ont triplé.
À propos de l’autre responsable, les dénonciateurs ont affirmé qu’en tant qu’agent politique d’un ancien candidat travailliste battu, il a en sept ans obtenu sept promotions successives après la victoire du Labour aux élections générales de 2005. Et, en dépit de la détérioration avérée de l’état financier des casinos, toujours selon les dénonciateurs, l’homme changé deux fois de voitures neuves – dont une Mercedes –, toutes deux portant des plaques minéralogiques personnalisées, aux frais des SICMS. Les dénonciateurs ont ainsi demandé au ministère des Finances de rappeler ce responsable à l’ordre, et ils se disent confiants de prouver encore d’autres cas d’incitation à commettre des actes illégaux de sa part.
Toujours à l’encontre de ce deuxième responsable, les dénonciateurs ont également émis des accusations à l’effet qu’il ait fait travailler à son domicile des employés du personnel d’entretien des casinos. Parmi la dizaine d’employés qui ont ainsi travaillé dans l’illégalité, les dénonciateurs ont cité cinq noms et prénoms !
De plus, les expéditeurs de la lettre ont pris soin de prier l’ICAC d’éviter d’inclure dans son équipe d’enquêteurs certains officiers qui pourraient éventuellement tout fausser, en raison de la proximité des relations que ces derniers entretiennent avec les responsables des casinos visés.
Sollicités par Week-End pour donner leur point de vue à propos des allégations suffisamment graves formulées à leur encontre, les deux responsables des SICMS se sont montrés peu loquaces. Le premier a commencé par reconnaître
qu’il s’est effectivement rendu en Afrique du Sud en deux occasions, mais à chaque fois avec l’accord ou à la connaissance de son board. Puis, il s’est arrêté net dans ses explications pour dire « laissons l’ICAC faire son enquête ! » Le second responsable visé s’est, lui, contenté d’affirmer que « tout ce que contient cette lettre est faux ».
Les dénonciateurs s’attendent, eux, à ce que les faits soumis dans leur courrier à l’ICAC et aux dirigeants du pays soient considérés avec tout le sérieux qu’ils méritent.