Le Comité de soutien aux grévistes de la faim s’est réuni hier au Centre social Marie Reine de la Paix, à Port-Louis. Une salle comble pour supporter les quatre femmes cleaners et les syndicalistes Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, qui observent aujourd’hui leur huitième jour de grève de la faim. Tous plaident pour que 333 femmes cleaners perçoivent un salaire décent, au lieu des Rs 1 500 qu’elles reçoivent par mois actuellement. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et le gouvernement en général ont clairement fait comprendre qu’ils s’opposaient à toute concession en faveur de ces femmes cleaners. Le Comité de soutien aux grévistes de la faim a malgré tout approuvé, hier, une résolution en trois phases, qui sera présentée au gouvernement pour permettre une sortie de crise. 
D’abord, une lettre dès ce lundi adressée au ministre du Travail, Soodesh Callichurn, lui demandant d’appliquer l’accord arrêté le 28 août pour un salaire de Rs 8 500 aux 333 “yard cleaners”, comme cela a été le cas pour 299 “toilet cleaners”. Puis, l’institution d’une coopérative qui regrouperait ces 333 “yard cleaners” pour un travail permanent avec, en contrepartie, la résiliation du contrat mensuel des contracteurs privés. Et enfin, la constitution d’un comité interministériel pour s’assurer de la réalisation de ce plan de sortie de crise. Ce comité, présidé par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, serait composé des ministres Leela Devi Dookun-Luchoomun (Éducation), Etienne Sinatambou (Sécurité sociale), Soomilduth Bholah (Coopératives), Alain Wong (Intégration sociale), Fazila Daureeawoo (Égalité des genres), Soodesh Callichurn (Travail) et de Dev Manraj, secrétaire financier. 
C’est Jack Bizlall qui a proposé cette résolution en trois phases au Comité de soutien aux grévistes de la faim, qui l’a approuvée à l’unanimité à l’issue de l’assemblée d’hier au Centre social Marie Reine de la Paix. Les différents intervenants ont été unanimes à reconnaître qu’une solution de sortie de crise pouvait être appliquée. Ils ont, en outre, dénoncé la « désinformation » du porte-parole du gouvernement, Etienne Sinatambou, qui a avancé que certaines femmes cleaners touchaient Rs 3 000, voire même jusqu’à Rs 10 000 par mois. « Ou krwar ki zot ti pou vinn dan Jardin Compagnie si zot ti pe tous sa kas-la ? Si ena gagn Rs 3 000, se parski zot pe fer travay de dimounn », s’est écrié Khalik Gurreebun, de la CTSP.
Jack Bizlall a dénoncé les “job contractors” qu’il a qualifiés de « parasites ». « Zot fer zot business lor laswer ek lor disan travayer », s’est-il indigné. Il a expliqué que payer Rs 1 500 par mois est « une violation des conditions de l’appel d’offres », parce que « c’est en contravention avec la loi ». Pour lui, « ena enn responsabilite derier sa non respet lalwa-la ». « Le problème c’est le système de contrat, a-t-il ajouté, sa bann madam-la pa pe gagn zot du »
Dans ce contexte, Jack Bizlall s’en est violemment pris à Pravind Jugnauth et à son père sir Anerood Jugnauth, ministre mentor. « Ki langazman, ki kontribision zot ena dan fer lalit travayer avance ? Zero ! Zame zot finn fer okenn sakrifis pou travayer », s’est-il indigné.
 
« Pravind inn gagn tou lor plato »
Armoogum Parsuramen, président de la Global Rainbow Foundation, a effectué une sortie virulente contre le gouvernement et le Premier ministre en particulier, dont il a dénoncé « l’arrogance ». « Zot kapav sanz sa sitiasion-la. Me zot borne. Pravind pa’nn konn soufrans, li’nn gagn tou lor plato. Li pena leker. Li krwar ki larzan ek pouvwar ki fer resi. Se ou sans responsabilite ki fer ou resi. So larogans fer li krwar ki li proprieter Moris », a-t-il déclaré. L’ancien ministre de l’Éducation et haut fonctionnaire de l’Unesco a comparé la gréviste de la faim Jane Ragoo à Anjalay Coopen, qui est tombée à Belle-Vue Harel sous les balles de la police le 27 septembre 1943 lors d’une manifestation des travailleurs. « Sakrifis Jane fer mwa pans sakrifis Anjalay ».
Armoogum Parsuramen s’est indigné des deux types de recrutements des femmes cleaners : l’un par les PTA (les 299 cas déjà réglés) et l’autre par les contracteurs (les 333 cas qui sont en attente d’une solution). « Enn problem politik, bizin enn solision politik. Dimin kapav regle-sa. Bann PTA, ek benediksion minis l’Edikasion, kapav pran sa bann 333 cleaners-la, an atandan ki kooperativ monte ek zot vinn anploye permanan », a-t-il proposé.
Steven Obeegadoo a, lui, précisé qu’il parlait en son nom personnel en tant qu’ancien ministre du Travail et de l’Éducation, et non en tant que représentant du MMM. Il a dénoncé la surexploitation des femmes cleaners. « Le droit au travail, le droit à un salaire décent, le droit au respect sont des droits humains fondamentaux », dit-il. « La privatisation du nettoyage des écoles du gouvernement dans les années 90 à travers des contracteurs est un choix politique. Payer Rs 1 500 par mois est un choix politique. La solution à cette crise est donc politique », a-t-il martelé. 
Steven Obeegadoo a suggéré que la Early Childhood Care and Education Authority — ex-Pre-School Trust Fund — ou la National CSR Foundation finance temporairement le salaire de Rs 8 500 de ces 333 femmes cleaners pendant qu’un comité décide d’une formule permanente pour elles. « Inn ler pou ki Premie minis montre ki li ena enn leker ek met fin a sa sitiasion-la ».
 
« GM bizin santi ki  tanperatir pe monte »
Dénonçant ce qu’il appelle « l’attitude antisyndicale du gouvernement de Pravind Jugnauth », le syndicaliste Naraindranath Gopee, de la FCSOU, a déclaré que « les syndicalistes traversent une période très sombre ». Il a proposé que le ministère de la Fonction publique prenne ces 333 femmes cleaners sous contrat et les répartisse ensuite dans les écoles du gouvernement. « Pa ve dir zot pe vinn fonksioner, si se sa ki gouvernman per », a-t-il expliqué.
Deepak Benydin, de la Federation of Parastatal Bodies and other Unions, s’est indigné de la déclaration de Pravind Jugnauth et d’Etienne Sinatambou, qui ont soutenu que les syndicalistes instrumentaliseraient ces femmes cleaners. « Se bann madam-la ki finn desid rant dan lagrev. Mo salue kouraz Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo, ki finn desid pou soutenir zot ek rant dan sa lagrev-la zot osi ». C’est d’ailleurs Deepak Benydin qui a proposé l’institution d’un comité interministériel pour aider à une sortie de crise.
Dev Ramano, du Mouvement Premier Mai, a lui plaidé pour l’unification des travailleurs. « Bizin kree enn rapor de force (…) La Salle Marie Reine de la Paix finn touzour enn termomet. Gouvernman bizin santi ki tanperatir pe monte isi », a-t-il lancé. Atma Shanto, président de la FTU, a trouvé que « gouvernman na pa kas latet ar soufrans travayer ».
Le Pr Danielle Turner a elle dénoncé « la violence économique » dont sont victimes ces femmes cleaners et les femmes en général. Elle a lancé un appel aux femmes parlementaires et ministres ainsi qu’à la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, afin qu’elles interviennent en faveur des grévistes. « An tan ki fam, nou merit enn saler desan pou nou travay, nou merit respe nou drwa », a-t-elle plaidé.
Le secrétaire général de l’ACIM, Jayen Chellum, a dénoncé le « silence de la MBC sur cette grève de la faim ». « Pa posib ki MBC pran nou larzan ek donn nou mansonz », s’est-il indigné.
Ackmez Chuttoo, le fils médecin de Reeaz Chuttoo, a exprimé ses inquiétudes quant à l’état de santé des grévistes de la faim. « Dan Jardin Compagnie ena bann pasian. Zot deza pa an bonn sante. Pli letan pase, pli zot lavi an danze », a-t-il constaté.