C’est sans doute le cas de dopage le plus grave survenu dans l’histoire du sport mauricien. À 15 ans seulement, le jeune haltérophile Anthony Madanamootoo a été contrôlé positif au Stanozolol, un anabolisant (le même qu’avait utilisé l’athlète Canadien Ben Johnson testé en 1988 aux JO de Séoul), lors des récents championnats d’Afrique juniors le 19 avril dernier. L’athlète, qui avait été médaillé d’argent en 69 kg à l’arraché, médaillé de bronze à l’épaulé-jeté et au combiné, perd tout et devrait écoper d’une suspension de deux ans.
Acclamé et cité en exemple mercredi dernier lors de la remise de récompenses par la HLSU aux médaillés mauriciens ayant brillé sur la scène internationale depuis octobre 2013, Anthony Madanamootoo tombe en disgrâce. Ce nouveau cas de dopage, le sixième survenu en haltérophilie, touche de plein fouet la fédération mauricienne. En état de choc, l’entraîneur national, Ravi Bhollah, parle de « vendredi noir » (9 mai) le jour où la fédération internationale fit part du cas à l’instance mauricienne.
« C’est un terrible coup de massue et une très grosse déception. J’espère que nous nous en remettrons, même si ça prendra du temps. Je n’ai vraiment aucun mot pour expliquer ce cas. Je pensais que tout se passait bien à l’entraînement… Sincèrement, j’ai du mal à croire qu’Anthony ait pu prendre ce produit par lui-même. Mais alors qui a pu lui conseiller d’en prendre pour booster ses performances ? » nous avouait vendredi soir le coach, dubitatif.
Hier toujours, il avançait que la Fédération mauricienne d’haltérophilie (FMH) avait décidé de mener une enquête interne pour « démasquer le ou les véritables coupables. » « Il faut découvrir comment cela s’est produit », déclarait-il, se disant convaincu que le principal concerné n’a pu de lui-même commettre cet acte de tricherie. Des soupçons ? « C’est extrêmement difficile de viser X ou Y. Tout se passait bien et normalement. Et puis, on a toujours prévenu les athlètes de ne prendre aucun risque quant aux prises de produits ou suppléments vitaminés bas de gamme… ou inconnus. »
Toujours est-il que le résultats du contrôle effectué après la compétition à Tunis est irrémédiable. « C’était ses premiers championnats d’Afrique juniors et son premier contrôle de dopage… C’est dur. » À la réception de la lettre que lui adressa la FIH vendredi soir, la FMH a aussitôt convoqué une réunion d’urgence pour premièrement informer le MJS. Il était alors 18-19h. Furieux, le ministre Devanand Ritoo aura réagi en exigeant que les coupables soient démasqués, avons-nous appris.
Samedi, la FMH a réuni la presse pour en faire officiellement état du cas. Les parents de l’athlète incriminé — le culturiste Jack Madanamootoo et son épouse — étaient aussi présents. En tenant compte du jeune âge de l’athlète, la FMH trouva bon de lui réserver un « traitement plus humain, voulant limiter les dommages moraux et les conséquences que cela pourraient avoir sur son avenir vu qu’il a toute la vie devant lui », affirme Ravi Bhollah.
Mais ce n’est pas forcément une bonne solution, car rien ne peut d’une quelconque façon justifier un cas positif de dopage. « Loin de nous l’idée de dire ou de penser que ce dossier finira dans un tiroir. J’assume toutes mes responsabilités. Personne en effet ne peut dire qu’elle est ignorante. La tentation est toujours là. J’en sais quelque chose pour avoir été moi-même un haltérophile de haut niveau dans un passé récent. Nous mènerons notre enquête dans la transparence pour découvrir le ou les vrais coupables. »