Le spectacle d’humour de l’agence Immedia s’est déroulé comme on aurait pu le prévoir. Beaucoup de rires et un sentiment de satisfaction pour un public d’habitués, face à une scène étoffée et peut-être même surchargée. Les plus chatouilleux nous traiteront de rabat-joie et feront peut-être la moue. Car il n’est pas toujours rigolo d’interrompre un fou rire pour tenter d’en placer une et dire que la blague aurait pu être meilleure.
Franche rigolade.
Rassurez-vous. Loin de nous l’intention d’affirmer qu’il n’y a eu rien à en tirer ou que l’on a assisté à ce spectacle, le visage sérieux et crispé. Non, vendredi dernier, la scène du MGI nous a souvent offert des moments de franche rigolade.
Mais disons-le : nous avons également eu droit à du moins bon et à du grossièrement mauvais. Cette disparité dans le niveau des sketches et des comédiens influe, au final, sur l’impression générale qui se dégage du spectacle Humour Mauricien 2012, qui s’en sort avec une note du genre : “Aurait pu faire mieux”.
L’expérience et le talent demeurent des éléments clés. Yousouf Elahee, Gérard Ratinon, Stephan Raynal et Burty Prosper nous l’ont rappelé. Associés à Immedia depuis plusieurs années, ces derniers ont aujourd’hui un jeu pensé et décomplexé, parfaitement adapté aux attentes d’un public fidèle. Plus besoin de faire dans du “pipi-caca”; nos humoristes savent aujourd’hui quoi dire et comment faire pour susciter le rire, qui sert d’exutoire. Pas étonnant que nos politiques et la force policière en prennent souvent pour leur grade dans les sketches et les phrases lancées çà et là. On le sait, la réalité dépasse souvent la parodie…
Discrétion.
Parmi ceux qui ont rejoint la troupe en cours de route, quelques rares humoristes, comme Alain Narainsamy, ont su trouver leur place; ils contribuent à étoffer l’équipe et renforcent la qualité du spectacle. Pas de renouveau dans le style, certes, mais un renouvellement des idées, qui aboutit aujourd’hui à des présentations de groupe intéressantes. On aurait souhaité voir davantage du Guyanno Shadrac et beaucoup plus de Maista, des talents sûrs et confirmés à qui l’on pourrait reprocher un peu trop de discrétion par rapport à ce qu’ils ont la possibilité de donner.
D’autres, en revanche, gagneraient sérieusement à songer à la pertinence de leur présence sur une telle scène. Les organisateurs et les autres comédiens pourront nous répliquer qu’ils veulent donner la chance aux nouveaux, mais faut-il encore que ces derniers aient le talent de base voulu pour s’y aventurer. Ce sont souvent eux qui ont été les maillons faibles du spectacle. Probablement à cause du manque d’expérience, mais avant tout parce qu’ils ne sont pas trop conscients d’être à côté de la plaque. D’où ces grimaces, ces gesticulations et ces histoires plus insensées que drôles. Les silences ou le manque d’enthousiasme dans les applaudissements qui ont suivi étaient là pour le rappeler.
Humour facile.
Si certains sketches ont été efficaces, d’autres n’ont pas complètement tenu la route. Nos humoristes gagneraient à faire un travail plus approfondi pour trouver leur voie et saisir le type de réactions qu’ils espèrent provoquer.
Quelques-uns se laissent toujours tenter par un humour facile qui ne laisse aucun souvenir après de brèves secondes de rires forcés. De plus, l’absence d’un véritable travail de mise en scène s’est fait grandement ressentir. Cela rend les numéros lourds et démesurément longs; les mêmes éléments, présentés autrement, auraient pu avoir l’effet souhaité.
Il est indéniable que les spectacles d’humour de l’agence Immedia ont toute leur raison d’être. Mais des années après que l’agence de Rama Poonoosamy a lancé l’humour mauricien tel que nous le connaissons, Immedia devrait songer à aider ses humoristes à progresser vers plus de qualité et de professionnalisme.
Pour terminer, entre les moments de rire et de lourdeur, il faut également souligner que ceux qui étaient présents au MGI vendredi soir… ont eu chaud. Très chaud même, parfois. On s’en serait sans doute réjoui si cela avait été provoqué par les émotions dégagées de la scène. Non, nous parlons plutôt d’une sérieuse défaillance dans le système de ventilation et de climatisation de la salle du MGI, qui était presque totalement remplie. Ajoutons à cela les persistants problèmes de micros qui ont marqué la première partie du spectacle… De quoi donner envie de rire jaune.