L’utilisation de l’intelligence artificielle pour une meilleure gestion des champs de canne et, par conséquent, une productivité et des revenus accrus pour les planteurs, a fait l’objet d’une rencontre à la salle Bonâme, au MSIRI, la semaine dernière. Suraj Dixit, fondateur et directeur de la firme indienne NubeSol, a, à cette occasion, expliqué comment la nouvelle technologie « peut être au service » des planteurs de canne à sucre à Maurice.

« Le Premier ministre m’a demandé de voir comment l’intelligence artificielle peut être mise au service de la communauté mauricienne en général. L’intelligence artificielle est déjà présente dans la vie des agricultures en Europe, en Inde, en Chine, etc., mais pas à Maurice. Je suis certain que cette technologie peut révolutionner la production sucrière et permettre aux planteurs d’améliorer le rendement de la canne et par conséquent leurs revenus », a expliqué l’initiateur de la rencontre, Georges Chung, qui a présenté à l’assistance le directeur de NubeSol, Suraj Dixit, lauréat du Nasscom Social Innovation Forum en Inde en 2017.

NubeSol Technologies Pvt Ltd, basée à Bengaluru, est spécialisée dans les solutions basées sur les technologies de télédétection visant à transformer l’écosystème de l’industrie de la canne à sucre. Elle entend créer un impact positif sur l’agriculture et l’environnement en investissant dans les technologies de pointe dans l’agriculture, les innovations technologiques, la mécanisation et la recherche et développement dans les exploitations agricoles, en partenariat avec diverses parties prenantes. Elle fournit des services d’agriculture de précision aux entreprises sucrières en leur fournissant des informations sur la superficie cultivée, la disponibilité géographique et la qualité de la culture de la canne à sucre en utilisant la technologie de télédétection et le système d’information géographique.
Nubesol Technologies utilise son algorithme breveté pour prévoir les superficies et le rendement en canne à sucre grâce à une surveillance de précision. Elle dispose d’une application Android dédiée que les agriculteurs peuvent utiliser pour surveiller différentes fonctions de production et d’expédition.

Pour Suraj Dixit, le principal problème auquel les planteurs sont confrontés n’est pas la maladie mais la gestion des champs. Les nutriments ne sont pas répartis de manière équitable dans les champs et sont utilisés de manière insuffisante. En effet, les fertilisants sont répandus une seule fois par an et sont absorbés par le sol durant une vingtaine de jours. En cas de pluie, ces nutriments sont lavés avec pour conséquence que des parties des champs ne sont pas fertilisées convenablement. Ce qui affecte la production.
Pour lui, l’épandage des engrais peut se faire au moyen des drones qui sont désormais de plus en plus grands après un examen minutieux des champs toujours au moyen des drones.

Les drones peuvent être utilisés pour l’épandage de mûrisseurs avec efficacité. Surah Dixit a illustré son intervention par des photos satellitaires des champs de canne en indiquant les endroits qui méritent le plus d’attention. Il souligne la nécessité de développer un modèle qui conviendra le mieux à Maurice et pourrait être mis au point en concertation avec toutes les parties prenantes dans l’industrie sucrière, à savoir les planteurs, les usiniers, les fournisseurs de services, les représentants du secteur privé et du gouvernement. NubeSol recherche actuellement un partenaire afin de lancer une expérience sur une base expérimentale de manière à démontrer l’efficacité de ce travail qui pourrait par la suite s’étendre à d’autres planteurs. « Nous comptons beaucoup sur les usiniers car il nous faudra une superficie d’au moins de 2 000 hectares pour mener à bien l’expérience », souligne Suraj Dixit.

Le projet a été accueilli avec intérêt par les personnes présentes dont la plupart ont une longue expérience en matière cannière. « Le MSIRI a toujours été très ouvert aux idées nouvelles et à toutes nouvelles technologies. Nous sommes prêts à accompagner les promoteurs dans ce projet qui pourrait bénéficier à l’industrie sucrière en général », a affirmé le directeur du MSIRI, Salem Saumtally, soulignant que le MSIRI dispose d’une expérience, d’une connaissance et de données précieuses reconnues mondialement.
D’autres spécialistes présents, tout en se disant ouverts toutes les propositions, considèrent que le gouvernement devrait instituer un comité comprenant tous les parties prenantes afin de se pencher sur la voie à suivre. Sinon le projet risque de ne pas avoir de suite. Selon d’autres intervenants, les problèmes de la canne à sucre sont connus de tous.

Faute de moyens financiers nécessaires en raison de la baisse du prix du sucre, les planteurs utilisent très peu de fertilisants. L’épandage de mûrisseurs ne se fait pratiquement pas. Il est difficile d’avoir l’hélicoptère d’Air Mauritius qui a été longtemps utilisé pour cet exercice. Par ailleurs, d’autres intervenants considèrent qu’il est temps d’introduire pratiquement dans tous les champs de canne mauriciens de nouvelles variétés. Les drones pourraient alors être usités dans des moments précis.

Ce n’est pas la première fois que l’utilisation de drones est évoquée dans les milieux sucriers. En juin de l’année dernière, des experts estoniens avaient fait une démonstration de l’utilisation des drones au service de l’agriculture dont la canne. Les spécialistes estoniens devraient être de retour dans les prochains jours pour faire un bilan de la situation.