Développement de taille hier après-midi dans la crise au sein de l’industrie sucrière avec l’Employment Relations Tribunal accédant à la requête conjointe de 15 compagnies pour une injonction intérimaire quant aux préparatifs des travailleurs et syndicalistes pour une grève. Cet « interim order » est valide jusqu’à mardi, soit le jour où toutes les parties concernées sont appelées à débattre devant le tribunal de la question de la participation des laboureurs/artisans à cette action. Dans le camp du Joint Negotiating Panel, le processus de vote par bulletin secret pour valider l’option de grève générale illimitée est toutefois maintenu.
Dans son « order » d’hier après-midi, Me Rashid Hossen président de l’Employment Relations Tribunal (ERT) indique qu’« upon application of Mr Attorney André Robert for the Applicants and after taking cognizance of the said application and attached documents and being satisfied that the matter is so urgent as to require the immediate intervention of the Tribunal and before notice the application is served on the Respondents, let an interim order issue restraining and prohibiting the Respondents whether directly or indirectly through any Company, Officer, Agent, Préposé or otherwise from launching or participating in a strike, threatened strike or any matter preparatory to a strike in the sugar industry pending the final disposal of the present application ».
Cette injonction intérimaire restera ainsi en vigueur jusqu’au mardi 7 août à 10 h 30, jour de la convocation de toutes les parties à comparaître devant le tribunal pour débattre de la question de la participation des travailleurs à une éventuelle grève dans l’industrie sucrière. « The above interim order is issued on Applicants’ own risks and perils and upon its undertaking, through its Attorney to abide by an order which may be made thereafter as to damages to the Respondents by the granting of this interim order », conclut l’ERT.
Ce développement, survenant à la veille du début du processus de vote par bulletin secret, jette un pavé dans la mare. La réaction du camp adverse ne s’est ainsi pas fait attendre avec les porte-parole du Joint Negotiating Panel (JNP) – qui regroupe l’Union of Artisans of the Sugar Industry, la Sugar Industry Labourers Union, l’Artisans of General Workers Union et l’Organisation of Artisans Unity – condamnant cette manoeuvre du patronat. « Les travailleurs sont extrêmement en colère après avoir pris connaissance de cette injonction intérimaire. Chaque action du patronat envenime la situation. Une action venant de 15 compagnies sucrières. Nous ne comprenons pas pourquoi les barons sucriers sont effrayés à l’idée que les travailleurs s’expriment à travers ce vote… » explique Ashok Subron du JNP au Mauricien peu après avoir accusé réception de l’Interim Order hier après-midi.
Les syndicalistes devaient confirmer que le processus de vote sur les établissements sucriers pour valider l’option de grève est toujours “on”. « Nous ferons ce que notre assemblée spéciale a décidé dimanche et les travailleurs exerceront leurs droits. Les travailleurs ont des droits syndicaux et nul ne peut venir remettre en question cela. Ils ne doivent pas se laisser intimider. Les laboureurs et artisans ont le droit de s’exprimer et par conséquent de voter par bulletin secret la prochaine manoeuvre », soutient Ashok Subron. Le JNP a ainsi récupéré hier les urnes à la commission électorale à Port-Louis pour le coup d’envoi du « Strike Ballot » lundi à Belle Vue Harel.
Les informations disponibles dans les milieux autorisés indiquent que le conflit industriel, avec la menace d’une grève, dans le secteur sucre a été évoqué au Cabinet hier. Le Conseil des ministres, sous le chairmanship du Premier ministre Navin Ramgoolam, a mandaté Shakeel Mohamed (Travail) de rencontrer toutes les parties concernées dans les meilleurs délais en vue de parvenir à un accord sur toutes les questions litigieuses.
Nita Deerpalsing, présidente de la Commission pour la démocratisation de l’économie, déplore pour sa part les méthodes utilisées par les patrons de l’industrie sucrière pour faire pression sur les syndicats. Elle rappelle que le gouvernement avait négocié avec l’Union européenne pour obtenir le financement nécessaire dans le cadre d’une réforme juste et équitable du secteur sucrier. « L’industrie sucrière a accepté ces mesures par le biais de la Mauritius Sugar Producer’s Association comme seule entité. Je suis étonnée que, lorsqu’il s’agit de négocier avec les syndicats pour une amélioration des conditions de travail, la MSPA leur demande de le faire séparément avec 20 compagnies sucrières. Je déplore que le concept de la centralisation soit accepté au niveau de la production mais pas au niveau des négociations avec les syndicats. Je constate que l’industrie sucrière utilise des méthodes qui datent d’un autre siècle. Je souhaite que les employeurs de l’industrie sucrière reviennent à la raison et acceptent de discuter avec les syndicats afin de trouver une solution à leur contentieux », a-t-elle déclaré au Mauricien.
Affaire à suivre donc compte tenu de l’enjeu majeur et de la tournure des événements depuis hier après-midi avec cette injonction intérimaire à laquelle feront fi les syndicalistes du JNP.