L’ancienne juge de la Cour suprême Premila Balgobin ayant rendu public son rapport hier, dans le cadre du litige au sein de l’industrie sucrière entre le Joint Negotiating Panel (JNP) syndical et la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA), dans les deux camps l’heure est aux premières analyses. Alors que les représentants des travailleurs affichent la satisfaction, les patrons du secteur sucre, qui sont avares de commentaires en attendant un examen complet du rapport, soulignent l’importance de mettre la hausse salariale de 17,5 % préconisée « dans le contexte d’une industrie qui subit une production à la baisse, des coûts de production en hausse, et une baisse drastique des prix du sucre sur les marchés internationaux. »
Environ huit mois après la grève ayant paralysé l’industrie sucrière en novembre 2014, le rapport d’arbitrage sur le litige opposant les syndicalistes et les patrons a été rendu public hier. Deux points sont accueillis très positivement par les syndicats, la hausse de 4,5 % des salaires en sus des 13 % de novembre et l’application du plafond de 20 % pour le recrutement des travailleurs saisonniers. Dans une déclaration au Mauricien hier après-midi, Serge Jauffret, un des responsables du JNP, ne cache pas sa satisfaction et rappelle que la bataille a été dure pour en arriver là. « Nous sommes très satisfaits du rapport dans l’ensemble. Mais avant tout, l’honneur revient aux grévistes de novembre 2014. La partie n’a pas été facile car durant les séances d’arbitrage la MSPA a sorti l’artillerie lourde avec les services de deux avocats et des experts-comptables. Aujourd’hui nous avons une pensée pour les camarades travailleurs », dit-il. Le package d’augmentation de 17,5 % et les recommandations pour la main-d’oeuvre saisonnière sont synonymes de victoire pour les travailleurs, ajoute Serge Jauffret.
Le JNP compte maintenant mener une campagne de communication auprès des travailleurs, avec la distribution de tracts reprenant les points majeurs du rapport. Cependant, dit Serge Jauffret, la bataille au sein de l’industrie sucrière n’est pas pour autant terminée car le JNP devra désormais attaquer avec plus de force le rapport des consultants britanniques de Landell Mills Consultancy International sur l’avenir de l’industrie sucrière ou cannière et ses mesures « restrictives » et controversées. Le JNP a eu une première séance de consultation avec le ministre de l’Agro-industrie Mahen Seeruttun, qui fait comprendre qu’il n’a pas l’intention d’appliquer les recommandations touchant les travailleurs.
De son côté, la MSPA affirme qu’elle doit examiner l’Award et ses recommandations. Dans un premier commentaire, par le biais d’un communiqué émis hier après-midi, elle explique qu’il faut placer ces recommandations de hausse salariale dans le contexte actuel, qui voit le secteur passer par une zone de turbulence. « En ce qui concerne l’augmentation salariale, les membres de la MSPA constatent que l’arbitre a accordé une augmentation de 17,5 %, soit 4,5 % de plus que ce qui avait été agréé avant l’arbitrage. Nous sommes d’avis qu’il est important de mettre cette recommandation dans le contexte d’une industrie qui subit une production à la baisse, des coûts de production en hausse, et une baisse drastique des prix du sucre sur les marchés internationaux », affirme le document.
En attendant d’examiner le rapport d’arbitrage dans sa totalité, la MSPA lance un appel aux stakeholders du secteur afin que « tous prennent la pleine mesure des défis presque insurmontables auxquels fait face l’industrie sucrière. Il est vital que tous les stakeholders travaillent davantage les uns avec les autres, et ce pour la survie de l’industrie ». Les sources approchées par Le Mauricien hier après-midi indiquent que l’organisation patronale fera des commentaires plus détaillés vers le début de la semaine prochaine, après analyse complète du rapport.