Asraf Buxoo, président du syndicat des pompiers: « Malheureux que jusqu’à ce jour, aucun officier n’a bénéficié d’un suivi physiologique suite au traumatisme du 30 mars 2013 »
Un an jour pour jour après la tragédie du 30 mars 2013, avec un lourd bilan de onze victimes, les secouristes les plus aguerris engagés dans des exercices de recherches et de sauvetage des plus complexes ne sont pas prêts d’oublier cette expérience cauchemardesque. Ce week-end pascal restera un souvenir indélébile pour les sapeurs-pompiers qui étaient au coeur des opérations, que ce soit pour sauver des vies humaines dans les artères de la capitale ou pour extraire des corps dans le Caudan Undepass et dans le parking souterrain à deux niveaux de l’immeuble du Port-Louis Harbour Front.
Les témoignages recueillis dans le courant de la semaine auprès des pompiers envoyés sur le front en ce samedi noir sont unanimes : ils  affirment qu’ils devront apprendre à vivre avec ce douloureux souvenir pour le restant de leur vie. « Nous étions terriblement secoués les semaines suivant cette expérience traumatisante. Mais après un certain moment, nous avons repris le cours de notre vie normale. Cependant, nous sommes avant tout des hommes et ce genre de situation nous marquera à jamais. Nous n’avons pas d’autre choix que d’apprendre à vivre avec ces souvenirs. Se enn zafer ki pou ress are twa pendan tou banané ki pou ena! », raconte avec émotion un des sapeurs-pompiers comptant plus de 25 ans d’expérience.
Même si cet officier a affronté bien des difficultés professionnelles pendant ses nombreuses années de service, il maintient que des images de la furie des eaux dévalant les avenues de la capitale et piégeant des piétons constituent une première. « Ce fut un moment de panique pour nous tous! Arriv enn moma, enn rimeur ti pe dir ki ena ziska 50 dimoune finn bloké dan tunnel Caudan! Les opérations se déroulaient sans qu’on sache le nombre exact de corps bloqués dans ce passage souterrain. Le plus triste dans cette histoire était de voir les cadavres des innocents sortir l’un après l’autre du tunnel. Ti enn sitiation mari difisil, nou ti kumadir dan enn fim. La peur avait également gagné ceux engagés dans les opérations de secours », poursuit ce sapeur-pompier qui semble revivre les moments intenses de cet après-midi du samedi 30 mars 2013.
Dans ces moments de panique et de peur, ces soldats du feu, transformés en soldats des eaux, ont dû faire preuve d’un sang-froid extraordinaire, que ce soit pour venir en aide à ceux se trouvant en difficultés dans les rues de Port-Louis ou pour repêcher des cadavres après des heures d’intenses recherches. « Le moral des secouristes devait être très solide pendant ce week-end pascal pour surmonter ces épreuves. Dans ces circonstances, la vocation prend le dessus. C’est par amour pour notre métier et par patriotisme que nous puisons le courage nécessaire pour dépasser nos limites et venir en aide à ceux se trouvant en détresse », ajoute ce témoin.
Un autre affecté en catastrophe dans la région de Canal Dayot pour des opérations de secours confirme que « c’est le sens du devoir qui prime dans cette situation. Personnellement, j’ai eu une énorme satisfaction après avoir secouru plusieurs personnes piégées par les rapides torrents dans cette zone. C’est, à coup sûr, une sacrée expérience! »
De son côté, Ashraf Buxoo, président de la Government Services Employers’ Association (GSEA) Fire Fighters Cadre, fait état des regrets devant l’absence d’un encadrement à toute épreuve pour les sapeurs-pompiers. « Il est malheureux et regrettable que jusqu’à ce jour, aucun officier n’a bénéficié d’un suivi physiologique suite au traumatisme vécu le 30 mars 2013. D’autre part, il est primordial de créer de meilleures conditions d’emploi pour que les pompiers soient dans une position confortable. Un sapeur-pompier ne peut se permettre d’être sous le stress car pa koné ki ler ek ki moma li bizin intervenir dans enn sityason difisil. Donc, son moral doit être fort à tout moment », déclare le président du syndicat à Week-End.