Maurice a frôlé “l’ironie” de fêter ses 45 ans de pseudo-indépendance sous une pluie d’amertume, de frustration du peuple et de mépris pour son gouvernement. Quelques semaines après la commémoration de la page d’histoire qui, selon le gouvernement travailliste, incarne la fierté de l’île, le malaise étouffé par le peuple mauricien est une fois de plus titillé. Le Père de la nation ne se retournera pas dans son Samadhi puisque ce qui se passe actuellement sur la scène locale aurait pu être envisagé sans illumination « nostradamussienne ». Il semblerait que la faiblesse intrinsèque de cette dite nation n’a toujours pas été maîtrisée.
 Tout comme une goutte peut faire déborder le vase, l’inondation survenue le 30 mars 2013 a téléporté non seulement vies humaines, véhicules et déchets mais également la mince confiance qu’a le peuple mauricien en son gouvernement, vers le néant. Un sentiment d’injustice est ressenti à l’unisson par le peuple mauricien devant la mort de plusieurs personnes, qui relèverait d’un manque d’anticipation du service météorologique local et de réactivité de la part des dirigeants. Une fois de plus, la déception du peuple émane de lacunes qui concernent, a priori, des mesures basiques. Maurice se targue de sa résilience économique et de la cohabitation de divers groupes ethniques mais ne s’est toujours pas penchée sur les petites choses qui, en grossissant, peinent à voir ou à subir.
Telle une villa de luxe sans fondations solides, un jet en tôle rouillée, un bel arbre amputé de ses racines, Maurice démontre une fois de plus son caractère « double face ». La face non scarisée fait bonne figure à l’international, aguiche les organisations mondiales ainsi que les investisseurs et voyageurs étrangers. La face putride, c’est celle que vit le peuple surtout en ce moment de crise où Maurice démontre son incapacité à laisser sa recherche de l’excellence pénétrer les impératifs non-économiques. Il n’est pas étonnant que le nationalisme mauricien relève après 45 ans d’une chimère ; il n’est pas non plus étonnant de constater un manque de réactivité, de RÉFLEXION poussée, d’actions dignes d’une « Île Durable ».
Un petit tour sur le réseau social le plus utilisé en ligne laisse entendre que ceux qui prônent la réflexion et le regard critique vers le progrès polyvalent ont pris conscience de l’attitude passive du peuple qui a trop longtemps toléré les bavures et manquements inacceptables de nos dirigeants successifs. L’on sent un réveil chez certains de nos jeunes et moins jeunes intellectuels qui intuitivement souhaiteraient que le peuple fasse preuve de plus de jugement, de choix constructif de dirigeants. Ils semblent avoir compris qu’il est temps que Maurice s’éloigne de ses habitudes passives et non réfléchies de voter pour celui qui offrira le meilleur briani du 1er-Mai. Une nouvelle conscience politique mais aussi une animosité grandissante pour le politicien d’antan se font sentir. La colère tacite qui ronge actuellement la jeune génération pourrait faire ressortir davantage le malaise qui, de manière cancéreuse, a trop longtemps été camouflé par les mesures politiques les plus visibles et les plus prestigieuses.
Un petit air de révolution plane dans le ciel mauricien alors que l’île patauge en eaux troubles. Une envie de rébellion lorgne, semble-t-il, le pays depuis un moment même si elle a été noblement atténuée par les multiples marches passives. Une question judicieuse pourrait trotter dans la tête de tout mauricien : faut-il une révolution pour que les slogans tels que « bizin sanzman » soient étudiés de plus près ? Il est à espérer que la révolution virtuelle déclenchée par les jeunes esprits de Maurice soit comprise par son gouvernement avant qu’il ne soit trop tard.