En ce début d’année, les colonnes des journaux se remplissent des accidents de la route et d’histoires de familles souffrant d’avoir perdu leurs proches – 9 depuis le début de 2016 – dans des accidents fatals. L’alcool au volant est pointé du doigt dans de nombreux cas, de même que l’excès de vitesse et la somnolence au volant. Autant d’imprudences d’automobilistes qui rendent nos routes dangereuses. Si les autorités planchent sur des amendements visant à durcir le Road Traffic Act, il ne suffit pas de définir de nouvelles lois. Il faut avant tout faire respecter celles existant déjà. Des scènes choquantes sont vécues au quotidien sur nos routes démontrant que la route est devenue un circuit automobile pour certains ou un terrain de guerre pour d’autres. L’incivisme a gagné du terrain si bien que certains automobilistes se croient tout permis quand ils sont sur la route.
En dépit des campagnes de sensibilisation et des opérations coup de poing menées par la force policière et le gouvernement, la route continue de faire des victimes. Pas moins de 9 victimes en 12 jours enregistrées depuis le début de l’année. Des 17,568 accidents survenus en 2015, le nombre d’accidents fatals s’élevait à 127 avec 139 morts. De plus, l’année dernière, on dénombrait 401 accidents graves et 2215 accidents mineurs, contre 2043 en 2014.
Selon la force policière, les accidents de motos sont les plus fréquents, mais les usagers de la route les plus vulnérables demeurent les piétons. Le décès, le 8 janvier dernier, de Nisha Neerunjun, 34 ans, alors qu’elle se tenait sous un abribus, a choqué plus d’un. Davantage avec l’argument avancé par le chauffeur de la Nissan March impliquée dans cet accident fatal qui indique avoir pris sommeil au volant. Ce type de négligence a ainsi valu la vie à une personne et détruit celle d’une famille. Ce n’est, là, pas un cas isolé. En dépit des nouveaux règlements en ce qui concerne la sécurité routière entrés en vigueur en août dernier et qui met ainsi en exergue 11 infractions qui peuvent conduire jusqu’à une suspension du permis de conduire de l’automobiliste si ce dernier enfreint les règlements jusqu’à 6 fois en 24 mois, de plus en plus d’automobilistes prennent la route sans mesurer les conséquences de leur conduite.
Vitesse excessive, non respect des priorités, non utilisation des clignotants à chaque changement de direction ou de couloir sur l’autoroute, téléphone au volant… autant de cas d’incivisme observés au quotidien sur les routes mauriciennes. Une situation qui occasionne nombre d’accidents.
Pas de respect du code de la route
« Il fait peur de rouler à Maurice. » C’est ce que pensent les touristes qui estiment que « les automobilistes mauriciens ne respectent pas le code de la route. » Une réputation qui ne date pas d’hier. Cependant, ces derniers mois, un réel laxisme semble avoir gagné les automobilistes au domaine de la prudence sur les routes. Matin et soir, tout le long de la journée, en jours de semaine ou en week-end, certains conducteurs agissent comme de véritables terreurs. Une situation accentuée dans les bouchons. Chauffeurs de voitures, de taxis, d’autobus, vans et deux-roues sont nombreux à rouler comme s’ils étaient seuls sur la route. « L’incivisme saute aux yeux. De nombreux automobilistes ne tiennent pas compte de la courtoisie au volant », constate le chef inspecteur (CI) Mohit Rama, de la Traffic Branch. Autre constat de la force policière: « Outre l’incivisme, beaucoup d’usagers de la route
adoptent une attitude agressive sans tenir compte que cela peut avoir des conséquences graves non seulement en terme d’accidents de la route, mais aussi sur un plan social, avec une tension accentuée en raison des énervements. »  
L’incivisme des automobilistes mus par l’égoïste est, aujourd’hui, devenu un fléau. Au vu de la violence qui a gagné du terrain sur nos routes où des vies humaines sont quotidiennement en danger, on doute que le code de la route est respecté à Maurice. À titre d’exemple, certains conducteurs semblent ne pas savoir que la fonction clignotant à droite ou à gauche – capitale pour indiquer au véhicule derrière soi, l’intention d’un conducteur – existe dans leur voiture. Sur l’autoroute, ils changent de file comme bon leur semble. D’autres s’attardent dans les « fast lane », faisant fi du fait que ce couloir sert uniquement pour tourner à droite au prochain rond-point ; pour dépasser un autre véhicule ; si autorisé par la police ou indiqué par des panneaux de signalisation ; pour changer de voie à une jonction menant à sa destination ; pour éviter une obstruction ; en cas de congestion sur la voie de gauche.
Conduite agressive, pas de priorité pour les piétons, etc.
Aujourd’hui également, à toute heure de la journée, tout le monde semble pressé. Si les radars devraient avoir un effet dissuasif quant aux excès de vitesse, les spots où ces équipements ont été installés ayant été repérés et certains automobilistes ralentissent à ces endroits précis pour foncer deux mètres plus loin. Qui plus est, certains radars n’étant toujours pas opérationnels, plusieurs automobilistes narguent ces spots en appuyant sur le champignon.
Outre l’utilisation du téléphone au volant, occasionnant des zigzags de plusieurs conducteurs sur la route alors qu’ils envoient des messages, certains automobilistes eux ralentissent totalement sur l’autoroute, quitte à rouler à 20-30km/h, pour pouvoir parler librement au téléphone, ne tenant pas compte qu’ils sont sur une autoroute.
Il est un fait également que de nombreux conducteurs mauriciens ne connaissent pas le respect des priorités sur la route, en dépit des panneaux de signalisation. C’est à chacun qui foncera sur l’autre; reflet du mépris d’autrui souvent exprimé par gestes et menaces lorsqu’un conducteur averti et attentionné en fait la remarque au téméraire. La conduite agressive de certains conducteurs mauriciens se mesure également aux coups de klaxon que l’on entend sur les routes. Si certains automobilistes n’ont pas peur de brûler les feux rouges, l’autre constat d’incivisme grandissant sur nos routes est le non-respect des priorités piétons. Bien rares sont les chauffeurs qui s’arrêtent à un passage piétons pour laisser passer ces derniers. Les apprentis conducteurs semblent être les seuls à ralentir. Une habitude vite oubliée, une fois le permis en poche. Si par malheur un piéton s’aventure sur le passage, il a souvent droit au coup de klaxon et aux injures.
Par ailleurs, outre les deux-roues motorisés perçus comme ayant les comportements les plus dangereux sur nos routes lorsqu’ils zigzaguent à l’intérieur des files de voitures, de nombreux chauffeurs d’autobus et de vans font également preuve de manque de courtoisie quotidiennement. En sus des excès de vitesse dont ils sont les champions, très tôt le matin et en rentrant le soir, ou alors de l’allure d’escargot qu’ils empruntent pour embarquer et débarquer les passagers n’importe où, en dehors des abribus, certains conducteurs sont également fervents des stationnements gênants, en double file ou dans les tournants.
Intégrer le civisme au code de la route
Les conducteurs consciencieux se font rares. De moins en moins de personnes suivent les règles. On se dit : si l’autre le fait, pourquoi pas moi? Inattention, négligence, égoïsme, incivisme gagnent ainsi de plus en plus les conducteurs mauriciens. Or, dit le C.I. Rama, « tout conducteur doit adopter une attitude de defensive driving. Si la vigilance est de mise pour tout usager de la route, un automobiliste doit être doublement prévenant et s’assurer que sa conduite est exemplaire, surtout dans des endroits où il y a des enfants, des personnes âgées, des handicapés. »
La courtoisie au volant contribue à éviter des drames, dit le Chef Inspecteur, rappelant que « la route ne nous appartient pas. On la partage. C’est important de toujours garder en tête le respect de l’autre, le respect du code de la route et la tolérance et accepter le rythme de déplacement des autres automobilistes ». D’où l’importance de la formation avant d’obtenir un permis de conduire. « On n’apprend pas que les codes de la route lorsqu’on veut obtenir son permis. Il y a aussi un savoir vivre à adopter sur les routes », dit le C.I Rama. Parmi les règles à respecter : garder son calme au volant, ne pas abuser de la priorité sur la route, avertir les autres automobilistes à temps de son intention avec les blinkers, ne pas accélérer lorsqu’un véhicule vous double; ne pas s’approprier le « fast lane » pour rouler lentement; s’arrêter sur les passages piétons, etc.
Face aux récents accidents qui ont fait plusieurs victimes, les autorités veulent durcir le ton. D’ailleurs, de nouvelles réglementations sont à l’étude afin de renforcer le Road Traffic Act. À la rentrée parlementaire, le ministre des Infrastructures publiques devrait présenter de nouveaux amendements. Reste, cependant, que définir de nouvelles lois ne se révèlera pas efficace si celles d’avant ne sont pas toujours respectées et si les autorités ne la font pas respecter. Au-delà de la loi, il y a le comportement individuel et l’éducation. À cette enseigne, les Mauriciens ont une grande leçon d’éducation et de civisme à recevoir… Et il faudra tout reprendre à la base. Que le passage du permis comporte un volet sur le civisme et le savoir-vivre ensemble, que les auto-écoles soient formées pour distiller cela, et que les contraventions s’adressent aussi au mauvais comportement.