L’insuffisance rénale affecte de plus en plus de Mauriciens à cause du diabète et de l’hypertension, dont on connaît les ravages au sein de la population. Face aux difficultés d’avoir un nouveau rein, le seul moyen de traiter cette maladie est par la dialyse qui consiste à nettoyer le sang des patients de ses impuretés, grâce à un appareil, une sorte de rein artificiel. Un exercice très pénible et inconfortable pour les patients qui, dans la plupart des cas, devront cesser ou réduire considérablement leurs activités professionnelles. Sans ce traitement, ils mourront très vite. Environ 10 000 personnes, tant des vieux que des jeunes, souffrent de cette maladie et un millier est en dialyse.
Hôpital Apollo Bramwell, à Moka, dans le centre de l’île Maurice. N, 47 ans, dont les deux reins ne fonctionnent plus, est en traitement de dialyse depuis deux ans. Une session de dialyse dure entre trois et quatre heures. Il lui faut trois sessions par semaine. Ce père de trois enfants est accablé. « J’ai eu le choc de ma vie en apprenant que mes reins étaient malades. Je n’avais jamais entendu parler d’une telle maladie. Cela m’est arrivé à cause de l’hypertension. Cela bouleverse énormément ma famille ; ma vie a changé, elle a pris une autre tournure. Je ne peux plus continuer ainsi. Je vis un martyre et je ne souhaite ce malheur à personne », dit-il.
À côté de lui, allongée sur un lit, se trouve M. A, qui est malade depuis 2005 et en dialyse depuis quatre ans. Elle, par contre, prend sa maladie de manière positive. « Il y a des choses qui arrivent comme ça que vous ne pouvez empêcher. Ça arrive, les gens tombent malade. J’ai vu des gens mourir en dialyse devant moi. Je m’estime heureuse d’avoir vécue quatre ans. Moi, je vais travailler, je fais ma dialyse, je prends ma voiture et je rentre chez moi. Les gens disent que je suis courageuse mais ça dépend aussi de votre entourage. Je fais tout ce que font les gens, peut-être pas tout à fait comme une personne normale. » Elle estime que la dialyse est vitale pour sa survie. « Je ne peux me passer de ce traitement », fait-elle ressortir.
La dialyse constitue la première ligne de traitement pour les patients atteints d’insuffisance rénale. Malheureusement, c’est le seul traitement qui existe dans le monde, si ce n’est une transplantation rénale. Le Dr Mohammed Zaher Gendoo, néphrologue chez Apollo Bramwell, indique qu’outre le diabète et l’hypertension, il y a aussi la malformation rénale, les infections et les maladies génétiques qui causent l’insuffisance rénale. Mais, ajoute-t-il, le diabète reste la première cause. « J’estime à plus de 40 les diabétiques qui souffrent d’insuffisance rénale à Maurice. Le diabète n’est pas facile à traiter et à gérer mais un bon contrôle réduit le risque de se retrouver, un jour, en dialyse », affirme le médecin, pour qui « anybody is at risk et ceux qui en sont conscients prennent les précautions nécessaires en faisant un bilan santé régulier dès leur jeune âge ». « Autrefois, on le faisait à partir de 40/50 ans ; aujourd’hui, il faut le faire dès 20/30 ans », explique le médecin.
La transplantation rénale est une possibilité qui permet aux patients de vivre normalement pendant de nombreuses années, à condition qu’on trouve un donneur. Selon le Dr Gendoo, il est établi que la transplantation rénale est plus efficace que la dialyse, même si celle-ci peut durer très longtemps. Cependant, dit-il, il faut sensibiliser les gens au don de reins. Effectivement, trouver un rein pour en finir avec la dialyse n’est pas facile. L’épouse de N lui a fait don d’un de ses reins, il y a deux ans, mais l’opération effectuée en Inde a été un échec et son corps a rejeté le nouveau rein immédiatement malgré les soins. Ce qui fait que ce patient vit toujours grâce à la dialyse alors que son épouse ne possède maintenant qu’un seul rein. M. A est sceptique quand à une transplantation de reins : « La transplantation, oui, mon mari a voulu me faire un don. Malheureusement, nous ne sommes pas compatibles. Je n’ai pas beaucoup de parents. Comme il n’y a pas de banque d’organes, je reste comme ça. Je ne peux aller demander aux gens de me donner un rein. Je cherche, je prends des renseignements, mais ce n’est pas évident. »
Pour prévenir l’insuffisance rénale et la dialyse, il y a certaines règles d’hygiène de vie à respecter. Ils passent par l’éducation et la sensibilisation. Les Mauriciens ne seraient pas assez informés sur la question et aussi sur le diabète et l’hypertension.
Dave Parmanum, responsable de l’unité de dialyse chez Apollo Bramwell, est inquiet : « Il n’y a aucune éducation au sujet de la dialyse. Les patients viennent vers nous à la dernière minute. Pour moi, le plus important en matière de santé est l’éducation, une alimentation saine, des exercices physiques réguliers, des médicaments et un suivi médical régulier. On peut ainsi gagner entre 10 et 15 ans de vie avant que les reins ne tombent malades. Il faut voir les patients très tôt. Si nous voulons vivre, respectons les règles. » Heureusement, pour les Mauriciens, le traitement en dialyse est offert gratuitement par l’État dans les hôpitaux publics. Le service est toutefois payant dans les cliniques privées sauf dans les cas où il est référé par le ministère de la Santé. Apollo Bramwell offre également ce service aux patients étrangers, de passage à Maurice. Sans ce traitement, on ne sait combien de patients d’insuffisance rénale seraient déjà décédés.