Le Service d’Accompagnement de Formation, d’Insertion et Réhabilitation de l’Enfant, ONG oeuvrant en faveur du respect de la condition des enfants en situation de rue, marque aujourd’hui la deuxième journée internationale dédiée à cette cause. « Quand des jeunes font face à ce problème c’est qu’ils sont passés à travers les mailles de la société. C’est un signe très révélateur que la société va mal et que, quelque part, l’État a échoué dans sa responsabilité qui est de protéger et de prendre en charge tous les enfants », rappelle Ismahan Ferhat, la directrice.
L’ONG Service d’Accompagnement de Formation, d’Insertion et Réhabilitation de l’Enfant (SAFIRE) a réalisé et publié avec la collaboration de la Mauritius Family Planning Welfare Association (MFPWA) la toute première étude sur la question des enfants en situation de rue à Maurice. Le document a été  présenté officiellement en février. Il a ainsi été établi que 6 780 petits Mauriciens se retrouvent dans cette catégorie.
« L’existence d’enfants en situation de rue est révélateur de dysfonctionnements de la société », explique la directrice de SAFIRE, Ismahan Ferhat. « Cela veut dire qu’ils ont échappé aux filets sociaux. De ce fait, l’État a failli à son rôle qui est de protéger ces jeunes. La tenue de la deuxième journée internationale des enfants en situation de rue est l’occasion pour nous de renforcer le plaidoyer sur leur condition. Un des principaux axes sur lequel nous nous concentrons c’est de briser les mythes qui existent leur concernant. »
Le premier mythe, explique Ismahan Ferhat, « c’est que ces enfants sont des voleurs, des délinquants, des marginaux… Ils souffrent alors de grosses discriminations et de stigmatisations de la part des autres qu’ils soient des enfants ou des adultes ». Un autre mythe qui a la dent dure est qu’« ils ne dorment pas forcément sous les ponts, à la belle étoile, chaque soir. Cette spécificité s’applique dans le cas de Maurice ».
Sur le nombre d’enfants interrogés par SAFIRE dans le cadre de son étude, « deux se retrouvent à dormir dehors chaque nuit. La grande majorité a un toit, un lit et un repas. La plupart sont issus de familles monoparentales. De par cette situation précaire, ils se retrouvent avec un facteur de vulnérabilité accentué ».
Revenant aux deux cas d’enfants qui dorment dehors  chaque soir, Ismahan Ferhat explique qu’« ils nous ont fait comprendre qu’ils le faisaient soit dans les lieux religieux, comme les mosquées ou les églises, soit dans les bâtiments désaffectés ou les gares routières ».
Sur ce point, la directrice de SAFIRE rappelle que « la problématique des enfants en situation de rue est très délicate, dans la mesure où nous avons affaire à une population “invisible”. Pourquoi invisible ? Parce que ces enfants, n’étant pas scolarisés, ils sont un peu partout dans la nature. Donc, on ne peut pas garder leurs traces ». De plus, ajoute-t-elle, « l’une de leurs spécificités est qu’ils sont très mobiles. Ils changent de région et de ville constamment. Vivant au sein de familles monoparentales, cette semaine ils sont chez maman et l’autre chez papa. La semaine suivante chez un oncle, puis chez une tante, ensuite chez grand-père ou grand-mère… »
Une autre spécificité des enfants en situation de rue, à Maurice est « l’exploitation. Elle peut être économique mais aussi sexuelle », reconnaît Ismahan Ferhat. « Dans tous les cas, ces enfants subissent des maltraitances qu’elles soient verbales ou physiques de la part des adultes, qu’ils soient les employeurs ou ceux qui les contraignent au travail sexuel. » La directrice de SAFIRE rappelle que « 35 % des enfants interrogés avaient avoué être exploités économiquement ».
Autre mythe qui perdure au sujet des enfants en situation de rue : « Le phénomène n’existerait que dans les pays comme l’Amérique latine, l’Inde, entre autres. Faux car en Europe comme en Amérique du Nord, ce phénomène a été identifié et est récurrent. Il s’agit donc d’un problème global qui requiert l’attention des décideurs dans chaque pays concerné. »
Mieux encore, poursuit Ismahan Ferhat, « la question doit être prise au plus haut niveau. Notre but, avec la tenue de la Journée internationale des enfants en situation de rue, est que la problématique soit reconnue par les Nations unies. Ce qui aiderait alors à déclencher des projets pour sortir ces enfants de leur condition. »
En attendant le 20 novembre, quand sera observée la Journée internationale des enfants, SAFIRE compte poursuivre ses activités « de plaidoyer et de sensibilisation de la population et de nos décideurs au sujet de ces enfants. »