La Journée internationale de la Langue et de la culture créole, observée le 28 octobre, coïncide cette année avec un événement qualifié d’« historique » par beaucoup. Le premier examen national en kreol morisien s’est en effet tenu cette semaine, soit quatre ans après son introduction à l’école. Pour les enseignants et ceux ayant milité pour la reconnaissance de la langue maternelle, cela vient prouver que le kreol est « une langue à part entière ». Reste à attendre les premiers résultats pour connaître les retombées concrètes de l’utilisation de la langue maternelle pour l’éducation de l’enfant mauricien.
Ils sont environ 12 000 enfants, selon les chiffres fournis par le ministère de l’Education, à avoir choisi le kreol comme langue optionnelle à l’école. Ce qui donne un décompte d’environ 3 000 enfants par année. De manière générale, il est noté que les parents en région rurale sont plus enclins à opter pour ce choix, contrairement à ceux des villes. C’est ce que confirme Gilberte Chung, directrice du Bureau de l’Education Catholique (BEC).
A ce jour, 22 enseignants ont été formés en kreol par le Mauritius Institute of Education (MIE). Pour cela, ils ont fait le parcours normal menant au Teacher’s Diploma avant d’entamer six mois de cours additionnels pour une spécialisation en kreol. Rakesh est de ceux qui ont fait ce choix. Il se considère comme un « pionnier » et estime avoir un rôle dépassant le cadre de l’enseignement à accomplir. « Étant donné que nous sommes le premier groupe à enseigner le kreol, nous devons aussi prendre du temps pour faire comprendre l’importance de cette matière autour de nous. Cela va des collègues au public en passant par le maître d’école. »
Le jeune homme constate ainsi une « curiosité » chez certains, qui lui demandent à voir le manuel ou le questionnaire de kreol. Parfois, il faut aussi faire face aux commentaires. « Certains me disent : “sa zafer kreol enn kestyon politik sa” ou encore “Kreol-la ki pou fer ar sa ? » Rakesh ne se décourage pas pour autant. Il estime que cela fait partie de ses responsabilités de « labourer le terrain » pour une meilleure compréhension du kreol à l’école. En revanche, ce qui le gène, c’est lorsque l’on lui demande de ne pas faire sa classe de kreol pour remplacer un prof absent. Chose qui, dit-il, arrive assez régulièrement. « Je dois à chaque fois faire comprendre que le kreol est une classe comme les autres et que je dois aussi préparer mes élèves pour l’examen. »
Si pour certains, le prof de kreol a peu d’importance, parmi les élèves, Misye Kreol est un roi. « Dans ma classe, les enfants s’expriment librement. On raconte des histoires, la communication est facile. Ils sont donc plus à l’aise avec moi. Le prof de kreol à l’école, ou comme ils le disent Misye/Miss kreol, est quelqu’un de très populaire. »
Ce que confirme Cindy qui, elle, a pris le train en cours de route. Elle admet qu’au départ, elle n’était pas convaincue de la pertinence du kreol à l’école. C’est par curiosité qu’elle a opté pour les modules de kreol à la fin de son parcours au MIE. Sous l’impulsion de la responsable de la Kreol Unit, Nita Raghoonundun-Chellapermal, et de la chargée de cours, Daniella Bastien, la formation de kreol devient à la fois un espace de découverte et de réconciliation culturelle. « Auparavant, je n’étais pas fière de ma langue, de ma culture. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Le kreol est devenu une identité et je le défends. Je pense que le cours de kreol vient aussi corriger une injustice par rapport à la reconnaissance de la culture des enfants mauriciens », ajoute Cindy.
Le kreol à l’école vient aussi donner un coup de fouet à la littérature kreol. Des auteurs mauriciens ont ainsi été sollicités pour rédiger des textes pouvant servir d’exercice de compréhension. Pour le questionnaire d’examen national, par exemple, c’est un conte qui a été traduit an kreol. Ce type de textes captive généralement l’attention des enfants. « Quand il y a des histoires comme ça, les enfants ne veulent pas s’arrêter. Ils veulent toujours en savoir plus, aller jusqu’au bout. Cela encourage la lecture et les encourage à écrire aussi. »
Mais le kreol à l’école n’est pas que cela. C’est aussi la grammaire, comme l’a démontré le questionnaire d’examen (voir encadré). On y retrouve des exercices similaires à ceux des autres papiers de langue. Pour faire une évaluation de la performance des enfants et un bilan de ces quatre premières années de kreol à l’école, il faudra cependant attendre les résultats. Au ministère de l’Education, on indique que c’est à partir de ces observations que des ajustements seront apportés au programme… s’il y a nécessité.