Considérée longtemps comme un bien inépuisable, un don du ciel, l’eau, lorsqu’elle est en danger de manquer, est aujourd’hui placée au centre des préoccupations mondiales. C’est pourquoi les acteurs de l’eau – soit quelque 20, 000 représentants de la diplomatie, de l’économie, du monde scientifique et d’ONG en provenance de 180 pays – se sont retrouvés du 14 au 17 mars lors de ce 6e Forum Mondial de l’Eau à Marseille pour partager les solutions et les engagements qui permettront que l’eau soit source de vie, de paix et de développement pour tous.
A Maurice, jusqu’à présent, les problèmes se situaient uniquement au niveau de l’acheminement et de la distribution de l’eau, alors que l’eau elle-même, en tant que ressource naturelle, ne risquait pas de manquer, il suffisait de la capter. Mais ces derniers mois, le captage en eau est source de préoccupation nationale. Une situation de pénurie que nos autorités arrivent difficilement à expliquer. En dépit des mesures prises pour assurer une distribution équitable autour de l’île, certains foyers souffrent atrocement du manque d’eau. Surtout que le plus grand réservoir de l’île demeure à moins d’un tiers de sa capacité.
A l’occasion de la journée mondiale de l’Eau, le 22 mars, les autorités organisent un atelier de travail sur le sujet le jour même au Rajiv Gandhi Science Centre, Bell Village. L’occasion de rappeler aux Mauriciens l’importance de faire un usage judicieux de l’eau, qui risque fortement de manquer dans le futur. Thème retenu pour cette journée, « L’eau et la sécurité alimentaire », vise à sensibiliser l’opinion publique au fait qu’à toutes les étapes de la chaîne alimentaire – du producteur au consommateur, des actions peuvent être menées pour économiser l’eau et assurer la sécurité alimentaire. Cet atelier auquel participeront quelque 200 professionnels évoluant dans le secteur de l’eau ainsi que des étudiants des établissements secondaires sera axé sur les ressources en eau à Maurice, la distribution, le captage de l’eau de pluie pour les planteurs, la consommation durable, la qualité de l’eau et la santé publique.
Eau injectée dans le réseau: hausse annuelle de 3%
Pour certains observateurs, le faible taux de pluviométrie enregistré ces dernières années n’est pas l’unique cause de la pénurie d’eau à laquelle le pays fait face. Selon les chiffres des autorités gouvernementales, le pourcentage d’eau injectée dans le réseau de distribution a connu une hausse annuelle de 3% pendant les 20 dernières années. En 1990, le volume d’eau injectée par jour était de 310, 000 m3. Aujourd’hui, il est passé à 590, 000 m3. Ce qui représente une augmentation d’environ 90%. L’eau traitée distribuée aux secteurs de l’économie a aussi connu une hausse de 2,2% pendant les 25 dernières années, apprend-on. « Outre la consommation de l’eau qui n’a pas diminué à Maurice pendant les deux dernières années, bien au contraire, on note aussi des défaillances concernant sa gestion », disent-ils.
Mare aux Vacoas: zones d’ombre
Des zones d’ombre persistent quant à la situation de stress hydrique dans laquelle se trouve Mare aux Vacoas. Outre l’abattage illégal d’arbres autour de cette région ainsi que dans d’autres endroits, la mauvaise planification, concédée par le PM Navin Ramgoolam, ainsi que l’absence d’étude cohérente, nous perdons 50% de notre eau à travers le réseau d’alimentation. A ce jour, le rapport des experts singapouriens, spécialement conviés par l’Etat pour des recherches et l’élaboration d’un plan d’action concernant la gestion de l’eau, se fait toujours attendre. Entre-temps, les abonnés doivent faire avec les quelques moyens déployés par la Central Water Authority (CWA) pour pouvoir assurer une distribution d’eau équitable à travers l’île.
« Risque de tuer la poule aux oeufs d’or »
Certains professionnels du domaine font ressortir qu’ « en pompant dans tous les aquifères, en captant toutes les sources/rivières possibles, certes, on essaie de maximiser l’exploitation possible. On diminue l’eau perdue vers la mer et c’est une bonne chose, mais on risque de tuer la poule aux oeufs d’or. »
Le gaspillage d’eau est un grand défaut des Mauriciens qui n’ont jamais eu à se soucier du manque d’eau, sauf ces derniers mois. « A Singapour ou en Afrique du Sud, on utilise 110 litres par personne par jour. A Maurice, les maisons utilisent 150-200 litres par personne par jour. S’il n’y avait pas de fuite d’eau, ce chiffre serait encore plus élevé », note un expert en la matière. Il est d’avis qu’on gagnerait beaucoup à consommer moins d’eau. « Il suffit de se demander si on aurait utilisé l’eau de la même façon si on devait l’acheter en bouteilles », dit-il. Il est aussi d’avis qu’il est grand temps de revoir les droits d’eau à Maurice. 
Une des bonnes nouvelles du 6e Forum Mondial de l’Eau est l’annonce des Nations Unies quant à l’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes privées d’accès à l’eau potable – l’un des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) – désormais atteint, et ce, bien avant la date butoir de 2015. Toutefois, près de 800 millions de personnes restent sans accès à l’eau potable et un autre ODM consistant à améliorer les installations sanitaires de base (toilettes) ne sera pas atteint avant 2026.
Ce forum a été, toutefois, l’occasion de constater qu’il existe également des préoccupations croissantes concernant la raréfaction des ressources et de futures pénuries d’eau.
Présenté lundi, le dernier Rapport mondial sur l’eau met en garde: la demande croissante en nourriture, l’urbanisation rapide et le changement climatique vont accroître de manière significative la pression sur les réserves mondiales d’eau. Une autre étude menée par l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) indique que des changements rapides pourraient augmenter la demande en eau de 55% d’ici 2050 et que 40% de la population mondiale pourrait vivre dans des bassins hydrographiques confrontés à un fort stress hydrique.
Selon le National Environment Action Plan pour Maurice, la demande en eau pourrait dépasser l’approvisionnement d’ici 2040 à moins que des mesures plus efficaces dans la gestion de ressources en eau soient mises en oeuvre. Les observateurs soulignent que même si de nombreux projets peuvent être mis en place, sans bonne gestion, rien ne va. Il est impératif qu’un plan directeur pour renforcer la production et la distribution, pérenniser les sources d’approvisionnement et généraliser l’accès à l’eau potable à l’ensemble de la population, soit établi. De même, pour espérer une prise de conscience autour de l’eau, il faut que la mobilisation soit générale et soutenue.
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Sensibilisation
En marge de cette journée mondiale, plusieurs activités sont prévues. Du 20 au 22 mars, exposition au Rajiv Ganghi Science Centre sur le changement climatique, la biodiversité, les mesures pour économiser l’eau, l’aquaculture, les différentes méthodes d’irrigation, les projets et la situation par rapport aux ressources en eau. But: sensibiliser les visiteurs à l’importance de faire un usage judicieux de l’eau, les préparer aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles, les familiariser aux différentes étapes de la production de l’eau potable, du pompage à la distribution en passant par le traitement et le stockage. Les étudiants auront également l’occasion de visiter, de mars à juin 2012, la station de traitement de La Marie. Objectif de ces portes ouvertes: permettre aux jeunes de se renseigner sur les différentes étapes nécessaires pour transformer l’eau non traitée en eau potable.