Des membres de l’Association socioculturelle rastafari ont organisé le 20 juillet une journée portes ouvertes au Triangle de Chamarel, leur lieu de culte, aussi connu comme le Tabernacle. Objectif : faire découvrir aux membres du public les différents aspects de leur culture.

Au Triangle de Chamarel, les épouses des membres de l’Association socioculturelle rastafari préparaient des repas, et les enfants participaient aux diverses activités animées par les grands. Kersley Boodhoo, que l’on a rencontré sur place, raconte que depuis ces neuf dernières années, les rastas viennent dans cet endroit pour partager et enseigner la philosophie rasta « Tout comme dans d’autres religions, nous avons nous aussi notre propre philosophie. Nous voulons la faire découvrir à nos frères et sœurs mauriciens. Je suis convaincu qu’une fois qu’ils auront compris la philosophie rasta, leur perception et leur regard vont changer. Nous ne faisons de mal à personne. Nous ne sommes pas violents, mais sommes des citoyens qui ne boivent pas d’alcool et qui prônent la paix là où nous traversons. »

Cette journée est aussi, ajoute-t-il, un moyen de montrer que la communauté rasta subit toujours de l’injustice à Maurice. « Nous avons développé une manière de vivre dans laquelle nous nous retrouvons. Nous aimons planter des légumes bio pour notre consommation et pour mettre sur le marché. Pourquoi Case-Noyale Ltée, entité de la Compagnie sucrière de Bel-Ombre, veut à tout prix reprendre le terrain où se trouve le Tabernacle ? » se demande-t-il.

Pour rappel, cette association socioculturelle avait intenté un procès contre Case Noyale Ltée qui cherche à aménager des aires de stationnement. Cette compagne avait entamé des procédures pour déloger les rastas, arguant qu’ils occupent illégalement cette portion de terre. Un jugement rendu par la Cour suprême a donné gain de cause à la compagnie. La cour avait sommé les rastas d’évacuer le terrain qu’ils occupent dans le Triangle de Chamarel au plus tard fin mai 2018.

Les rastas avaient soutenu lors du procès que leurs ancêtres étaient présents sur le lieu depuis 450 ans. « Nous n’allons pas rester les bras croisés. Nous essayons de trouver les moyens pour faire appel au Privy Council. Mais comme vous le savez, ces démarches coûtent très cher. On aimerait rester ici et nous avons notre lieu de culte. Toutes les communautés en ont un. On veut rencontrer le Premier ministre ou le ministre de la Justice pour lui faire part de nos problèmes », confie Kersley.

L’épouse de Kersley Boodhoo était présente ce dimanche très tôt pour soutenir la cause des rastas. Elle trouve dommage que certaines personnes aient toujours des préjugés contre les rastas. « J’ai comme l’impression que ces gens-là ne veulent pas connaître la philosophie des rastas ou qu’il y a un manque de communication quelque part. Une chose est sûre. Une fois qu’ils découvrent la richesse de notre philosophie, ils vont changer leur regard et leur attitude.

Brinda, elle, est venue soutenir son frère Griche qui fait partie depuis longtemps de la communauté rasta. « Mo santi mwa alez avek bann rasta. Mo pou kontinie soutenir mo frer », dit-elle.

Mario Brutus, un habitant de Vacoas, s’est rendu lui aussi très tôt à Chamarel. C’est la troisième fois qu’il participait à cette journée portes ouvertes. « Je viens ici pour soutenir mon fils Jérôme et mon gendre Girish. Rasta pa deranz mwa ditou. Mo respekte zot », dit-elle.

Joyce et son frère Daryll qui habitent en France étaient venus pour passer des vacances à Maurice et ont profité de l’occasion pour marquer leur présence à Chamarel. « Nous assistons pour la première fois à un tel événement. J’ai mon cousin, mon oncle et d’autres proches qui en font partie. Nous sommes ici pour les soutenir dans leurs actions », disent-ils.

José Rose, porte-parole de l’Association socioculturelle rastafari, fait le point. « Nous avions eu une réunion la semaine dernière avec des représentants du ministère des Terres et du Logement pour essayer de trouver une solution. Ils nous ont dit qu’ils vont nous mettre au courant des derniers développements. En attendant, nous essayons de négocier avec la compagnie Case-Noyale Limitée pour trouver une solution. Mais nous ne nous considérons comme des squatters à Chamarel. Il y a des années de cela, cette zone et La Gorge La Rivière-Noire étaient accessibles aux esclaves marron. Il y avait parmi des guérisseurs qui perpétuaient la tradition africaine. Et ce n’est bien après que certaines personnes sont venues accaparer plusieurs arpents de terrain dans cette région. Nos ancêtres ont subi les pires humiliations, étaient torturés. L’heure de la reconnaissance, du dédommagement, a sonné. Nous n’allons pas baisser les bras .Nous allons continuer à nous battre. »

S’il y a une personne en particulier sur qui les regards étaient braqués ce jour-là à Chamarel, c’est bien Moustache, celui qui traîne une tresse de cheveux d’environ trois mètres. Cet homme de 70 ans vit à Chamarel depuis très longtemps et a épousé la philosophie rasta dès son jeune âge. « Mo finn aret koup seve depi laz 15 zan », dit-il.
Un homme de la région de Chamarel qui connaît Moustache depuis de nombreuses années raconte qu’il était toujours bien entouré dans sa hutte à Chamarel avec ses amis rastas qui écoutaient attentivement son enseignement. « Zot ti ena bocou respe pou li. Li ti koup net avek lemond materiel. Zot ti pe viv byen e zot ti pe plant zot legim san fertilizan », se rappelle-t-il .

Moustache croit dur comme fer dans le combat mené par l’Association socioculturelle. « Sa terin pou nou bann anset. Mo bann frer bizin gagn enn kwin pou zot fer zot ritiel. »