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La fête de Noël est ordinairement une période de réjouissances et de joie. Les familles se réunissent autour d’un repas pour la célébrer et se partager des cadeaux. Pourtant, certaines familles n’auront pas ce privilège à cause de la drogue. La toxicomanie d’un proche fait souvent perdre toute envie de célébrer le 25 décembre. Pour ces familles-là, Noël sera synonyme de souffrance et de tristesse.

“Comment voulez-vous que je fête Noël sachant que mon fils est esclave de la drogue ?”, interroge Richard, 53 ans. “Pena gou pou fer Nwel. Ou lespri anpes ou fer la fet”, confie Artee, 57 ans. “Il n’y a aucun préparatif chez moi. Aucun membre de ma famille n’est intéressé à faire quoi que ce soit de spécial pour Noël”, dit Mevin, 32 ans. “Chez moi, on va passer la soirée du 24 et la journée du 25 décembre à pleurer. Chaque année, c’est comme ça”, relate Fayzal, 47 ans. Pour toutes ces personnes, Noël est un douloureux rappel que leurs familles sont touchées par la drogue. Leur Noël sera complètement différente des autres familles.

“Zordi, li enn epav”.

Beaucoup de personnes se préparent à supporter la tristesse qui revient invariablement à chaque fête, en particulier lorsqu’il s’agit de fêter Noël. C’est le cas de Richard, qui a vu son fils sombrer dans la drogue sans pouvoir l’aider. “Cela fait quatre ans que je n’ai pas vraiment fêté Noël, depuis que j’ai appris que mon fils de 23 ans est toxicomane. Ça a détruit notre famille. On a tout fait pour l’aider à s’en sortir, mais en vain. Il rechute à chaque fois. Sa mère et moi l’aimons. Nous ne pouvons pas le voir se détruire comme ça. Nous n’avons pas envie de célébrer quoi que ce soit. Pour nous, il n’y aura pas de Noël cette année encore”, confie Richard, la larme à l’œil. Pour ce père de famille de 53 ans, le 25 décembre sera un jour comme un autre. “Pas de dîner spécial, pas de partage de cadeaux, pas de sapin, pas de joie, pas de Noël.”

Alors que tout un chacun s’adonne aux préparatifs de Noël, quelques personnes se murent dans le silence, souhaitant que la fête se termine le plus rapidement possible. “Kan Nwel pou vini, mo pa pou anvi koz ek personn. Mo pou res mazine mem kifer kan tou dimounn pe fete, mwa mo figir bizin tris. Mo pas la Nwel get mo garson avek enn mari tristes. Mo res demann mwa si mo pa finn elve li kouma ti bizin. Mo garson ena 23 an, mo pa kapav dir ou kouma li’nn tom dan sa lanfer-la. Pourtan, li ti travay, li ti enn bon garson. Zordi, li enn epav”, se plaint Artee.

“Voir cela vous détruit”.

Mevin et les membres de sa famille vivent la même chose. “Mon frère est toxicomane depuis une dizaine d’années. Pour nous, Noël est toujours un moment difficile. Ma mère va être encore plus triste que d’habitude, ainsi que mes sœurs et mon père. Comme chaque année, chacun va manger dans son coin. Nous n’aurons pas d’arbre de Noël et nous n’aurons pas de cadeaux l’un pour l’autre. Ce sera un jour comme un autre, mais avec beaucoup plus de tristesse.”

C’est cette même tristesse qui animera les jours de fête chez Fayzal, dont le fils est toxicomane depuis sept ans. “Chez moi, nous savons tous que notre Noël sera triste. Nous savons que le soir du 24, nous allons être inconsolables. Notre fils rentrera à un certain moment et il sera dans un état second. Ma femme va commencer à pleurer et toute la famille fera comme elle. Mon fils se mettra en colère et se retirera dans sa chambre. Nous avons beau nous y préparer, c’est toujours douloureux. Chez nous, Noël est associée à la douleur.”

Chez Rita, la magie de Noël n’est plus qu’un simple souvenir. Le regard perdu au loin, elle raconte que depuis 22 ans, elle fait l’effort de préparer un repas pour Noël, même si le cœur n’y est pas. “Quand vous avez un enfant toxicomane, c’est une très grande souffrance pour nous, les parents. Je m’efforce de réunir la famille. Mon autre fils ne mérite pas cela.” Rita ne peut s’empêcher de verser une larme lorsqu’elle pense au dîner de Noël. “Parfois, je dois lui dire de se redresser car son visage est carrément dans son assiette. L’influence de la drogue le domine. Il est là sans être là. Son corps est là, mais son esprit est ailleurs. En tant que mère, voir cela vous détruit.”

“Pena okenn gou pou fete”.

Beaucoup de nos interlocuteurs doivent faire face à un stress supplémentaire ce jour-là. “Mon fils rentrera sûrement très tard, comme toujours. Je ne serai pas tranquille tant qu’il sera dehors. C’est un jour très stressant. Je me demande s’il va rentrer ou si je vais devoir aller le voir en prison, comme cela a déjà été le cas. J’ai une fille qui est décédée. Je me souviens que j’allais le voir en prison avant d’aller au cimetière. Le chemin qui mène à la prison est sans doute la route la plus dure que j’ai parcourue de toute ma vie. J’avais le cœur gros”, raconte Rita.

Nitisha, la trentaine, dont le mari est désormais sous traitement, a vécu ce même calvaire pendant des années. “Chaque coup de téléphone était un gros moment de stress. J’avais peur que l’on m’annonce qu’il ne reviendra plus.” Pendant des années, le 25 décembre était devenu juste une date sur le calendrier. “Nwel, se enn detay sa. Pena okenn preparasion, pena okenn gou pou fete. Pa kapav al kot dimounn, li pa pou kapav partisipe.”

Elle se souvient avec une certaine amertume de l’état d’esprit dans lequel elle se trouvait. “Je me lève le jour de Noël avec la même appréhension que tous les jours. Je sais qu’il y aura des disputes. On va parler des sous qu’il n’amène pas à la maison pour nos besoins. Ça me faisait quelque chose de voir les autres se préparer et fêter Noël. Ça me faisait mal, ce n’était pas évident.”


Le Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie fête ses 30 ans

Le Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie fête ses 30 ans d’existence cette année. Il a été créé en 1988 à la suite d’une commission d’enquête mise en place par le gouvernement d’alors pour répondre à une situation chaotique concernant la toxicomanie. “Notre objectif est de remettre debout ceux qui sont pris dans l’enfer de l’alcool et la drogue”, souligne Edley Jaimangal, directeur du centre.

Calqué sur un modèle italien et proposé par le cardinal Jean Margéot, le centre propose un programme très structuré, divisé en plusieurs parties. Les alcooliques sont d’abord envoyés à l’hôpital pour une cure. Les toxicomanes sont placés sous un protocole de détox pendant six semaines. Ils sont ensuite envoyés à l’Accueil à Rose-Hill. “Ils viennent tous les jours pendant 4 à 6 semaines. Nous renforçons leur motivation, nous leur faisons suivre des séminaires sur l’hygiène et la communication, entre autres”, précise Edley Jaimangal.

“Le programme vise à changer le comportement, car c’est cela qui conduit à l’addiction. Nous nous assurons qu’ils se douchent régulièrement et nous leur montrons comment bien parler aux gens. Nous n’avons pas la prétention de faire enfermer les trafiquants de drogue. Ce que nous faisons, c’est changer le comportement de la personne vis-à-vis de la drogue.” Ensuite, ils sont envoyés à la Communauté thérapeutique Flamboyant à Solitude. “Ils y vivent en communauté pendant six mois, s’occupent des tâches ménagères, de la cuisine. Et ils apprennent surtout à comprendre d’où sort leur dépendance. Ceux qui ont terminé leur programme reviennent à la communauté en tant que volontaires. C’est un moyen pour eux de retourner à la source. Quant aux garçons en réhabilitation, ils se projettent sur ceux-là. Ils voient que c’est possible de s’en sortir. Ça les aide à progresser.”

Par la suite, ils entament la phase de réinsertion, où ils recherchent un emploi. “Ils repartent à la maison avec un programme bien établi. Un accompagnement des parents est prévu tout au long du programme. Ces derniers sont appelés à accompagner la personne sur le programme pour s’assurer qu’elle applique ce qu’elle a acquis à la maison.”

Le centre est aussi doté d’une unité de prévention à Curepipe, Nou Baz. Des jeunes y sont formés sur le développement communautaire et vont à leur tour vers d’autres jeunes de leurs écoles pour les former.