Je vous fais grâce d’une prévision astrologique. 2013 sera l’année des quarante-cinq ans d’indépendance du pays. Maurice ne s’est pas trop mal démerdée, malgré quelques conneries de débutante. Ne replongeons pas dans les moments sombres de notre histoire. Ces quarante-cinq ans me ramènent plutôt à des infos parues dans la presse, il y a plusieurs années. Des infos sur nos couleurs. Celles qui flottent dans le ciel, le 12 mars de chaque année.
Je ne me réfère pas “au rouge des flamboyants” ni au “symbole du sang répandu de nos aïeux”. Pas au “bleu des îles australes” prétendument “miracle de la mer indienne qui déferle sur nos côtes d’éternelles symphonies”. Encore moins au “jaune des plages aux sables d’or que protègent de hauts cocotiers dont les cimes ruissellent de trésor du couchant”. Pas même au “vert de nos immenses champs de cannes qui sentent le sucre et la mélasse”. Que le bon poète me pardonne de ramener à un niveau terre à terre les quatre couleurs de notre drapeau, que sa poésie disait réunies pour la gloire d’un peuple.
Une version moins poétique laisse comprendre une tout autre histoire. Celle de politiciens qui, en 1965, se rendent à une conférence constitutionnelle à Londres pour discuter indépendance avec les British. Ça commence comme une blague, mais ce qui est étrange, ou alors une énorme coïncidence, c’est que les quatre couleurs de notre bannière correspondent à celle des quatre partis politiques en présence à ce moment-là. L’ordre dans lequel se déclinent ces couleurs n’est pas non plus anodin.
Le rouge est celui du travaillisme ramgoolamien; le bleu est duvalien et émane du Parti mauricien (qui, par la suite, deviendra social démocrate); le jaune est celui de l’Independent Forward Block (IFB), au sein duquel a évolué un certain SAJ; et le vert correspond au Comité d’Action Musulman (CAM) d’Abdool Razack Mohamed. Les quatre couleurs de notre quadricolore auraient donc des origines purement politiques. Voilà qui ne laisse pas même un soupçon de poésie.
Autant que je sache, la genèse des couleurs de notre drapeau n’est pas explicitée dans un document officiel. Hormis le poème d’André Legallant, quelle interprétation donner aux couleurs du drapeau qui symbolise notre nation ? Pavillon ou oriflamme raccommodée pour censément symboliser le Mauricien.
Soudainement, on se dit que l’on ne connaît pas grand-chose, sinon quasiment rien, de notre mauricianité. Voilà qui n’augure rien de concret pour la construction de notre identité nationale. Rien pour la gloire de ma patrie, tandis que passent des années floues.