En 1962, à l’initiative de la militante féministe, Mme Awa Keita, la Journée internationale de la Femme africaine fut créée. Le 31 juillet fut par la suite promulguée Journée internationale de la Femme africaine par les Nations unies et l’Organisation de l’Unité africaine. En 2011, l’organisation des femmes africaines de la diaspora, un collectif d’associations des femmes d’origine africaine, qui a pour but de soutenir, valoriser et promouvoir les femmes africaines de la diaspora, vit le jour. Depuis, la Journée internationale de la Femme africaine et de la diaspora est célébrée en Afrique aussi bien qu’aux Caraïbes. Cette année, rendons hommage à Christiane Taubira, née à Cayenne en Guyane, qui mérite une place d’honneur dans le panthéon des illustres femmes de cette diaspora. Députée de la Guyane et membre de l’Assemblée nationale française depuis 1993, elle fut nommée Garde des Sceaux et ministre de la Justice par François Hollande, en 2012.
En 2001, la France adopta une loi mémorielle, connue depuis comme la loi Taubira, qui reconnut la traite négrière transatlantique et l’esclavage qui en a résulté comme crimes contre l’humanité. Ces deux sujets ont été inscrits dans les programmes scolaires français en 2006 et la Journée des mémoires et des abolitions de la traite de l’esclavage sont commémorées, le 10 mai de chaque année. Dès sa prise de fonction comme Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkasem, Ministre des Droits des Femmes, ont indiqué leur volonté de remplacer, le plus rapidement possible, la loi sur le harcèlement sexuel abrogé par le conseil constitutionnel français en mai 2012. C’est aujourd’hui chose faite. Le 7 août 2012, la nouvelle loi sur le harcèlement sexuel entra en vigueur. Ce délit est depuis défini selon deux modalités différentes : répétition d’actes à connotation sexuelle et deuxièmement le chantage sexuel. La nouvelle loi prend ainsi en compte l’ensemble des situations concrètes vécues par les victimes ainsi que la gravité particulière du harcèlement, même s’il s’agit d’un acte unique. Cette nouvelle loi a été favorablement accueillie par les organisations militantes contre ce type de violence envers les femmes au travail.
Le mariage et l’adoption aux couples de même sexe
C’est sans nul doute la nouvelle loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, introduit à l’Assemblée nationale, en janvier 2013, qui a révélé Christiane Taubira comme une politicienne hors pair, une grande intellectuelle dotée d’un talent oratoire exceptionnel et, qui plus est, dotée d’une vaste culture littéraire. Elle cite Rabindranath Tagore, Voltaire, Nietzche, Aimé Césaire, Léopold Cedar Senghor et Léon Gontran Damas, originaire de la Guyane, comme elle. Ses envolées lyriques et poétiques ont pris plus d’un par surprise surtout en France, où beaucoup pensent que le verbe est leur propriété exclusive ! Un observateur politique s’est exclamé : «Christiane Taubira, triplement périphérique dans la psychè politique française parce que femme, noire et venue d’un département d’outre-mer, s’est placée au centre en osant s’emparer du verbe dont la Bible rappelle qu’il est au commencement de tout.» Quel culot ! Pensait-il, consciemment ou inconsciemment, que les femmes noires ne peuvent pas être des intellectuelles ?
En introduisant le projet de loi susmentionné qui ouvre le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, Christiane Taubira procéda, sans consulter ses notes, à une analyse rétrospective de l’évolution du mariage dans l’histoire, mettant l’emphase sur le fait que celui-ci porte, très fortement, la marque de la laïcité, de l’égalité et de la liberté. Et qu’il n’avait jamais été une institution immuable. Ainsi, les droits des femmes et ceux des enfants ont été inscrits progressivement dans la loi. Le concept de l’égalité revient en leitmotiv tout au long de son discours. Elle situa la problématique du mariage pour tous dans le sens des valeurs républicaines et universelles – liberté, égalité, amour. Le mariage homosexuel, ajoute-elle, est dans le camp du bien :»C’est un acte d’égalité, il ne s’agit pas d’un mariage au rabais, il ne s’agit pas d’une ruse, il ne s’agit pas d’une entourloupe.» Tous les couples mariés seront égaux en droits et en devoirs et nul ne peut affirmer son humanité, au mépris ou en brouillant celui des autres, dit-elle. Les couples de même sexe auront le droit d’entrer dans le mariage et de composer une famille comme les couples hétérosexuels.
Aux opposants du projet de loi, elle souligne avec justesse, que souvent dans l’histoire, c’est la mobilisation des groupes minoritaires qui a fait progresser la société, sur la question des droits des citoyens et de l’égalité. Ce que nous sommes en train de faire, ajoute-elle, ce n’est pas de la tolérance, c’est tout simplement de la reconnaissance des droits. On passe ainsi de la tolérance à l’égalité. Il était important de le souligner car tolérer n’est souvent qu’une acceptation passive de l’autre, un refus de prendre position. Par exemple, la tolérance du racisme ou du sexisme que le droit a légalisée est le fondement des droits humains et nécessite une prise de position active. Elle implique la reconnaissance de l’autre comme son égal en droit et le fait qu’il doit ainsi bénéficier des mêmes droits et traitements de la part des institutions publiques, telles que la police, le judiciaire, les services administratifs, entre autres. Consciente de la culture de rejet, de haine ou d’exclusion que certaines personnes et pays ont envers les homosexuels, Christiane Taubira insiste que le projet de loi conduira, obligatoirement, à penser à autrui. Ce qui représente un changement d’ordre éthique et philosophique. La nouvelle loi porte l’empreinte de l’égalité — tous égaux devant la loi —leur régime matrimonial ne peut être prétexte à discriminer ou à exclure. Il fallait le rappeler et elle l’a fait avec détermination et conviction.
La manif pour tous n’a pas, malgré ses manifestations bruyantes et violentes, réussi à faire reculer la marche de l’histoire. Petit à petit, le mariage pour tous entrera dans les moeurs et les traditions et la sexualité d’autrui ne sera que différente et non inégale. La loi Taubira permet aux couples du même sexe d’entrer dans l’institution du mariage et de composer une famille comme les couples hétérosexuels. Des milliers de couples n’auront plus à se cacher pour s’aimer et mourir.