L’attention aussi bien au niveau international que local est tournée depuis jeudi vers la Grand péninsule, où se tient la plus grande élection du monde. Quelque 900 millions électeurs, le nombre le plus élevé du monde, seront ainsi appelés aux urnes à l’occasion du scrutin, qui s’échelonne sur sept jours (les 11, 18, 23 et 29 avril, ainsi que les 6, 12 et 19 mai) pour élire 543 députés, qui siégeront aux Lok Sabba. À cette fin, un million de bureaux de vote ont été mobilisés et 1,1 million de machines à voter seront utilisées. Quant au dépouillement des votes, il se fera simultanément le 23 mai prochain. Les résultats seront connus le même jour.

Ces élections sont considérées par les observateurs internationaux comme un référendum national pour l’actuel Premier ministre, Narendra Modi, qui recherche le renouvellement de son mandat après avoir remporté une éclatante victoire électorale en 2014. Son parti, le BJP, et lui sont donnés favoris par les sondages en Inde. Mais Rajul Gandhi et son parti du Congrès, soutenu par sa sœur Priyanka, et qui constitue la quatrième génération de la dynastie de Nehru et de Gandhi, semblent avoir gagné en puissance depuis les dernières élections, lorsqu’il avait essuyé une écrasante défaite. Le parti du congrès pourrait réaliser cette fois un bien meilleur score. La question est de savoir s’il pourra réunir la majorité nécessaire au Lok Sabba pour reprendre le pouvoir du chef nationaliste charismatique qu’est Narendra Modi.

Ces élections sont importantes aux yeux du monde à plus d’un titre. En premier lieu, l’Inde est le 2e pays le plus peuplé du monde après la Chine, avec une population chiffrée à 1,3 milliard. On s’attend d’ailleurs à ce que ce pays dépasse bientôt la Chine. L’Inde est par ailleurs actuellement la 6e puissance économique du monde et s’apprête à dépasser la Grande-Bretagne pour prendre la 5e place. Mais elle est aussi une puissance nucléaire. L’Inde a conclu des accords militaires concernant la sécurité dans la région de l’océan Indien, non seulement avec les Etats-Unis, mais également avec la France, Singapour et l’Indonésie, entre autres. Les détails de l’accord conclu entre l’Inde et Maurice concernant Agalega, lui, n’a jusqu’ici pas encore été rendu public. La Grande Péninsule participe en outre activement aux efforts visant à assurer la sécurité maritime dans l’océan Indien, et qui a fait l’objet d’une conférence ministérielle à Maurice en avril de l’année dernière. En terme géopolitique, l’océan Indien est considéré comme une zone stratégique par l’Inde, qui suit des près les activités de la Chine et sa “road and belt initiative”.
À Maurice, ces élections ont toujours été suivies avec beaucoup de passion du fait des relations fraternelles qui lient nos deux pays. Il faut toutefois reconnaître que de la même manière que sir Anerood Jugnauth entretenait de bonnes relations avec le défunt leader du BJP, Atal Bihari Vajpayee, Pravind Jugnauth, lui, entretient des « relations spéciales », voire « super-spéciales », avec l’actuel Premier ministre indien. Ce qui lui a permis de remettre sur les rails le projet Metro Express, qui avait été initialement abandonné, et de financer une série d’infrastructures majeures, dont le nouveau bâtiment qui abritera la Cour suprême, l’hôpital ENT, etc.

En cas de victoire, Narendra Modi devrait effectuer une visite à Maurice en septembre afin de procéder au lancement du métro. Traditionnellement, le parti du Congrès a toujours entretenu de bonnes relations avec le Parti travailliste en raison des contacts qui avaient été établis à l’époque entre sir Seewoosagur Ramgoolam et ce parti. Pour autant, quels que soient les résultats des élections et le gouvernement ou le Premier ministre qui sera au pouvoir en Inde, ce qui est certain, c’est que les relations entre Maurice et l’Inde, elles, resteront inchangées. Ces dernières ont en effet toujours dépassé les simples considérations politiques.