C’est le fait politique indiscutable de l’année 2012 : le retour de Sir Anerood Jugnauth sur la scène politique. Longtemps annoncé mais peinant à arriver, celui qui était le président de la République a fini par démissionner le 30 mars 2012. Cette perspective crainte, l’Assemblée nationale ne reprend pas ses travaux comme prévu le 20 mars. Le Premier ministre décide de proroger le Parlement et de venir avec un nouveau Discours-Programme portant sur la période 2012-2015.
Dès son départ de la State House, SAJ donne le ton et attaque frontalement le Premier ministre qui ne réagit pas immédiatement puisqu’il fait toujours miroiter la perspective d’une réforme électorale au partenaire désigné du MSM, le MMM. Le remake, à peine reconstitué, connaît assez vite ses premières secousses et un temps de « cooling off » est même observé.
Navin Ramgoolam, qui essaye de gagner du temps, repousse les élections régionales à la limite légale, soit décembre 2012. Il va tenter jusqu’à l’extrême limite à faire chanceler le remake avec cette phrase lourde de sens : « le PTr et le MMM ont des points en commun », prononcée alors même que les dates des municipales et villageoises sont annoncées.
Mais la stratégie ne marche pas cette fois même si le remake est à deux doigts de rompre sur la répartition des investitures aux municipales. C’est encore une fois SAJ, pourtant en déplacement à l’étranger, qui sauve la mise et qui conclut un accord, au téléphone, avec Paul Bérenger. La campagne peut alors commencer.
Et l’opposition a bien organisé son coup, présentation des candidats bien avant le jour du dépôt de candidatures contrairement à l’alliance PTr/PMSD — alors que c’est pourtant le Premier ministre qui avait fixé le calendrier — et publication du manifeste de chaque ville avec des caricatures assassines à l’appui.
Meetings et réunions rythment la campagne de l’opposition, tandis que dans l’autre camp, l’arrivée tardive du Premier ministre au son des ravanes et devant des foules importées apporte certes un peu de piment à l’organisation de l’alliance gouvernementale, mais les dés étaient jetés.
Si la participation aux municipales est un peu mieux que celle enregistrée en 2005, année électorale, les résultats, eux, sont très éloquents aux villes-soeurs, notamment où le MMM fait une razzia avec un 18/0 sans appel.
Les conquêtes ailleurs ne sont pas moins belles et surtout très symboliques, Port-Louis, fief doublement revendiqué par le vice-Premier ministre Rashid Beebeejaun et le ministre du Travail, Shakeel Mohamed, tombe dans l’escarcelle de l’opposition et Quatre-Bornes, où un bastion rouge comme l’arrondissement bascule dans l’opposition au point de lui donner le contrôle de la ville des fleurs et celle de Xavier Duval et de Nita Deerpalsing.
Même à Vacoas où les travaillistes s’attendaient à un walk-over, la bataille sera rude et la percée de l’opposition, dopée par l’effet SAJ, se traduit par un 11/7 très honorable en faveur du PTr. A Curepipe, où le gouvernement est minoritaire, c’est grâce à un hold-up électoral du MMSD qu’il devient majoritaire.
L’année politique 2012 se termine ainsi, par une fragilisation du gouvernement avec un Premier ministre qui était déjà miné au Parlement sur le plan arithmétique avec le départ du MSM, mais qui a pu s’en sortir grâce aux voix achetées à coups de fauteuils. Mais le pays réel, on l’a vu aux élections régionales, c’est définitivement une autre paire de manche.