L’Agence Française de Développement (AFD), le Joint Economic Council (JEC) et le gouvernement mauricien se sont engagés dans un programme commun d’efficacité énergétique qui devrait dans les trois ou quatre prochaines années permettre de réaliser une économie de 20 mégawatts annuellement et des économies financières allant jusqu’à Rs 1,2 milliard par an. La directrice de l’AFD Maurice Laurence Breton-Moyet et Raj Makoond, directeur du JEC, nous expliquent dans un entretien comment ce programme peut être bénéfique pour Maurice et devenir un modèle tant sur le plan régional que sur le plan international.
L’AFD et le JEC travaillent conjointement sur un programme d’efficacité énergétique pouvez-vous nous en parler ?
Raj Makoond : En 2008, il y a eu une mission publique-privée à La Réunion durant laquelle, il a eu une présentation sur la maîtrise de la demande en énergie par l’Association des industriels réunionnais. Suite à cette réunion, le JEC a organisé une mission à l’île Soeur à laquelle avaient participé plusieurs entreprises afin de constater de visu la maîtrise de l’efficacité énergétique. Les participants ont pu prendre conscience du gros travail qui doit être fait à Maurice. En consultation avec les associations membres du JEC, nous avons commencé à faire un travail sur l’efficacité énergétique. Subséquemment, nous avons eu des discussions avec l’AFD. L’apport de l’AFD a été d’une importance extrême. Elle a financé une cartographie du potentiel énergétique Maurice. Un consultant a été dépêché et son rapport a été clair. Il est arrivé à la conclusion que si les quelque 650 entreprises à Maurice s’engagent dans un programme d’efficacité énergétique à Maurice, le potentiel de gain est énorme, soit quelque Rs 1,2 milliard annuellement avec un investissement de Rs 2,8 milliards et un retour sur l’investissement dans quatre ans. Nous avons présenté les conclusions du rapport de l’AFD lors d’un atelier qui a bénéficié d’une très large participation du secteur privé. Nous pensons qu’il faut travailler avec le secteur public et avons mis en place un PPM (Public Private Mechanism) pour des échanges sur l’efficacité énergétique. Nous avons commencé avec des projets pilotes touchant particulièrement les vapeurs et avons vu des gains très importants, estimés entre 15 % et 20 % selon le rapport de l’AFD. Mais les projets pilotes sur huit sites ont démontré que les gains sont plus importants et varient entre 5 % à 40 %. Le potentiel a été présenté lors d’un atelier récemment. Nous sommes en faveur d’une approche intégrée nationale et nous travaillons actuellement dans ce sens.
Laurence Breton-Moyet : C’était un projet majeur qui est né avec l’aide au projet environnement qui avait été déployée avec le lancement de Maurice île Durable. Il y a un certain nombre de fonds d’assistance technique qui ont été utilisés pour planter un certain nombre de graines. Ce projet d’efficacité énergétique est le plus bel arbre qui est sorti de terre aujourd’hui. Nous avons réussi à avancer. La cartographie préparée par le consultant, M. Daganaud, a aidé à apporter un peu de méthode et a démontré la pertinence de l’efficacité énergétique. Ce qui n’était pas nécessairement évident au départ compte tenu que les tarifs aux industriels sont relativement bas. Les économies d’énergies sont liées à ce que vous pouvez économiser sur la facture d’électricité. Nous avons découvert un potentiel important et deux autres conclusions en termes opérationnel, à savoir la nécessité de travailler de manière groupée. D’où l’importance de réunir les entreprises pour leur permettre d’être en capacité de mobiliser une bonne expertise et de faire un travail qualitatif. L’autre constat a été l’existence d’une certaine défiance concernant l’efficacité énergétique. Les gens ont entendu beaucoup de choses mais n’étaient pas nécessairement convaincus. Ils se demandaient à quoi servait un audit énergétique. L’idée est de démontrer ce qu’est un vrai audit énergétique. C’est un gros investissement. Cela représente deux jours de travail pour les consultants mais à la fin de la journée, on obtient des résultats très opérationnels. Les huit entreprises qui utilisent de la vapeur et qui ont bénéficié du programme pilote l’ont bien démontré. Le coût de la vapeur est de Rs 120 millions par an. Avec des investissements qui ont un temps de retour en moyenne trois mois, ils peuvent économiser le quart de ces dépenses tous les ans. On a droit à des affaires assez simples. On ne dit pas à l’industriel qu’il faut refaire son usine. Les temps sont à la crise, à la survie. Nous avons démontré que l’efficacité énergétique est un excellent moyen de survivre en tant de crise. Il s’agit d’effectuer des petits réglages des machines et développer des habitudes qui aident à la sécurité. Grâce au Joint Economic Council, c’est un programme qui avance. Aujourd’hui on a un peu une adhésion des différents acteurs du secteur privé. Ce qui nous permet d’envisager de travailler à une échelle nationale. Nous avons fait des propositions méthodologiques et maintenant, nous sommes en train de voir comment les systématiser afin que dans les quatre prochaines années, il puisse y avoir les cent plus grosses entreprises et pourquoi pas plus qui bénéficient de l’audit énergétique. Il est entendu que l’importance n’est pas de faire l’audit mais que les entreprises fassent les investissements appropriés. Nous étudions comment en tant que partenaire de développement nous pourrons soutenir financièrement cette opération dans le cadre d’un partage des coûts entre secteur public, secteur privé et le soutien financier de l’AFD. L’idée est qu’il y ait des objectifs mesurés et mesurables. Nous envisageons une réduction de 20 mégawatts dans les trois ans qui viennent. Nous proposons qu’une assistance technique vienne mesurer les résultats. Par ailleurs, l’AFD travaille la seconde phase du Green Loan qui sera utilisé cette fois pour l’aide à l’investissement pour les industries qui veulent passer à l’action. Les premiers 40 millions d’euros ont été complètement épuisés. J’ai participé récemment à l’inauguration des panneaux photovoltaïques installés dans l’école Notre Dame de Lourdes, à Rose-Hill, dans le cadre de l’initiative des écoles catholiques d’installer ces panneaux que nous avons eu le plaisir d’accompagner. Nous préparons la seconde phase qui sera de 60 millions d’euros. Avec ce dispositif nous espérons que les aides à la préparation des projets à travers un programme d’audit et l’incitation financière pour passer à l’acte d’investissement puissent donner des réductions importantes de la consommation et de la facture énergétique. Des économies de 20 mégawatts sur des nouvelles capacités c’est beaucoup.