Encore heureux que ce ne soit pas “mamie” qui ait convoqué la presse pour la grande rencontre hebdomadaire de vendredi! On ne parlerait pas de la mère de Steve Obeegadoo, parce ce que ce n’est pas dans nos habitudes d’entraîner les proches des politiciens dans le débat public où ils n’auraient rien à y faire, mais nous faisons une petite digression parce que la mère attentionnée du candidat avait cru utile, dans les derniers jours précédant le scrutin du 7 novembre, d’adresser des textos aux électeurs de la 17e circonscription pour leur demander une petite croix pour son fiston.
Au-delà de cette note légère, il y a une vraie question qui a interpellé les nombreux récipiendaires du message de Primerose Obeegadoo invitant à voter pour son fils. Comment ceux qui se sont chargés d’envoyer ces messages ont-ils obtenu les numéros de portables des destinataires alors que les prestataires assurent leurs clients que toutes les données les concernant sont strictement confidentielles et ne peuvent être communiquées à un tiers qu’avec leur assentiment ou sur un ordre de la Cour?
On sait que le candidat Obeegadoo a beaucoup fréquenté le Sun Trust et qu’il a dû côtoyer quotidiennement l’équipe de campagne de Lalians Morisien menée par Prakash Maunthrooa, Ken Arian et Sherry Singh, entre autres, mais obtenir un listing de personnes habitant spécifiquement Curepipe/Midlands doit être l’œuvre d’un pro des télécommunications. Toujours est-il qu’ils étaient nombreux les électeurs du no 17 à ne pas avoir du tout apprécié que la maman d’un candidat squatte leur téléphone pour la promotion de son fils.
Lequel a été désigné pour la rencontre de vendredi avec la presse. La semaine dernière, l’équipe était composée des ministres Leela Devi Dookun-Luchoomun, Rendanaden Padayachy et Anwar Husnoo, Joe Lesjongard et Maneesh Gobin, cette semaine, c’était au tour d’un nouveau casting de se présenter.
Aux côtés de Steve Obeegadoo, les ministres Kalpana Koonjoo-Shah et Vikram Hurdoyal, celui qui a trouvé les chemins du soleil après avoir débloqué la clé de son problème de fruits avec Air Mauritius. Entre le goût de l’orange pour elle et l’appétit de l’ananas pour l’autre.
Après les animateurs en chef des conférences de presse du gouvernement que furent Etienne Sinatambou, Bobby Hureeram, Mahen Jhugroo et Zouberr Joomaye, c’est un peu comme le biscuit nouveau qui est arrivé. Après celui, indigeste, de l’ancien ministre de la Sécurité sociale et de l’Environnement.
Les deux exercices post-électoraux indiquent que le gouvernement de Pravind Jugnauth a décidé de renouer avec les bonnes vieilles habitudes, celles de tenir des meetings télévisés hebdomadaires. Vendredi, le porte-parole principal était le nouveau ministre des Terres et du Logement.
Côté look, il semble que ce soit son ancien leader qui l’ait, une nouvelle fois, inspiré: comme Paul Bérenger, il s’est lui aussi mis aux lunettes. Certains y verront un mimétisme maladif ; d’autres, une coïncidence qu’impose l’usure de la vue ou de la vision, mais le détail n’a échappé à personne.
Le ton, lui, rappelait celui d’Étienne Sinatambou. Il n’était pas question d’eau et de biscuits aux sinistrés, certes, mais de paroles politiciennes et de prolongation de campagne électorale. On croyait les ministres déjà attelés à la tâche et à la réalisation des projets de leur ministère, mais il semble qu’ils aient le temps de palabrer.
Le grand souci du porte-parole du gouvernement du jour était que le PMSD et le PTr ont décidé de ne pas se mélanger au Parlement et de constituer des blocs distincts. Ce qui l’a amené à dire que cette alliance “avait volé en éclats”. Autres sujets de première importance pour celui qui a un sourire permanent depuis qu’il a retrouvé un fauteuil ministériel : les contestations de l’opposition et, bien entendu, pour ne pas déroger à ses fixettes, les défaites du MMM. Comme on le voit, un agenda d’une priorité absolue pour un ministre des Terres et du Logement.
Non, il n’a à aucun moment été question, à ce point de presse, du plan logement pour les cinq années à venir. Ni même les questions urgentes comme les sinistrés de Baie du Tombeau, de l’achat immédiat de lits de camp comme matériel de secours au lieu de vieux tapis de yoga dans un pays qui peut dépenser Rs 4 milliards pour un complexe sportif. Et encore moins n’est-il venu avec des précisions sur le projet Pomponette, le Land Tribunal ou les derniers squatters de Rivière Noire, et ce que le gouvernement entend faire pour décourager de tels agissements illégaux.
Peut-être aurait-il pu, au lieu de nous assommer avec ses préoccupations de petite politique, faire le point sur la distribution d’eau et des coupures draconiennes qui interviennent dans diverses régions du pays dès que les élections sont passées. Non, rien de tout ça!
Même pas un petit mot sur les sujets de brûlante actualité comme la condamnation du mentor électoral de Lalians Morisien, Prakash Maunthrooa. Ou sur le double appel logé par cet excellent Rashid Amine contre la radiation des dernières charges qui pesaient sur Navin Ramgoolam et ses coffres-forts et sur les petits neuf mois de prison qu’ont pris Siddick Chady et Prakash Maunthrooa dans l’affaire Boskalis. Et ça parle, pourtant, de “konsians kler et lamé prop.”
On aurait aussi pu penser que cet ancien ministre de l’Éducation aurait quelques informations rassurantes sur la gratuité des manuels scolaires jusqu’au grade 9 qui est sujet de grande confusion pour tous les partenaires de l’éducation: élèves, parents, libraires et établissements scolaires. Non, c’est qui s’aseoit à côté de qui dans l’opposition et comment se comporte Paul Bérenger avec Arvin Boolell qui étaient les grandes priorités du ministre.
À vendredi pour le prochain rendez-vous avec, peut être, un autre casting de choc: Alan Ganoo, Deepak Balgobin, débarrassé de ses accusations de harcèlement, et Sudheer Maudhoo.
Josie Lebrasse