DIPLAL MAROAM

La brève campagne 2019 amorce son dernier virage et la lutte s’annonce encore plus âpre dans la ligne droite finale. Déjà, sur les réseaux sociaux de même que sur le terrain, les invectives et coups sous la ceinture pleuvent, reléguant dans le décor la bataille des idées. Pour de nombreux leaders politiques, cette course serait probablement celle de la dernière chance. Des départs à la retraite et abandons de l’échiquier sont à prévoir en cas de défaite. Navin Ramgoolam n’a pas tout à fait tort de dresser un parallèle entre ce scrutin et celui qui mena à l’Indépendance ; la grande différence toutefois, c’est qu’en août 1967, suspense quant au vainqueur, il n’y en avait point.

  Selon toute vraisemblance, Pravind Jugnauth avait soigneusement mijoté son coup, ce dans le but manifeste de déjouer les stratégies de ses adversaires. Alors que depuis juin dernier les examens de la PSAC avaient été repoussés pour laisser la place au Nomination Day, le PM ne cessait de convaincre que la partielle au No.7 aura bel et bien lieu et les législatives « pas de sitôt ». Même le manifeste électoral de l’alliance MSM/ML aurait été préparé des mois à l’avance pour être présenté au lendemain du Nomination Day, prenant ainsi les autres partis de vitesse.

Par ailleurs, jamais dans les annales des campagnes a-t-on assisté à une telle avalanche et surenchère de promesses pour séduire la population, particulièrement les personnes âgées représentant plus de 20% de l’électorat. Ainsi, vu que l’augmentation conséquente de la pension universelle n’a pas été sans effet en décembre 2014, l’on propose maintenant de la doubler. Même celui qui avait initialement vilipendé une telle mesure – « Na pa pou kapav peye. Zot pe fer demagozi », avait martelé Navin Ramgoolam – a fini par rentrer dans la danse et promet même plus de ce qu’a annoncé Pravind Jugnauth, soit Rs 10,000 dès décembre pour atteindre Rs 14,000 en 2024. Il serait intéressant, à propos, de connaître l’opinion d’Eric Ng sur cette décision de son leader. Entre autres mesures de séduction de L’Alliance Nationale, l’on relève : salaire minimal de Rs 10,000, bonbonne de gaz de Rs 210 à Rs 150, baisse de 25% du coût de l’électricité, abolition de la taxe municipale, rapport du PRB avancé à janvier prochain, bonus de performance aux policiers, remboursement des victimes de SCBG et redevance télé optionnelle.

Il y a aussi la Freedom of Information Act (FIA). Alors que Navin Ramgoolan avait, lors de son dernier mandat, exprimé sa réticence à l’égard de cette loi, voilà qu’il tourne maintenant casaque et annonce son introduction comme une de ses priorités. Ce alors que la FIA a tout bonnement été laissée aux oubliettes par L’Alliance Morisien. Or, l’opacité dans la gestion des affaires publiques favorise toujours les pratiques malveillantes, viole les droits humains et corrompt l’État de droit. Certes, une FIA comporte toujours des restrictions comme celles concernant la sécurité nationale ou la confidentialité de l’État, mais le verrouillage complet de l’information – même la plus élémentaire et banale comme c’est le cas actuellement chez nous – éveille les suspicions et évoque une crainte pathologique pour la vérité et la transparence, critères qui devraient pourtant déterminer la ligne de conduite de ceux qui ont des comptes à rendre à la population.

  Mais l’information concerne aussi le paysage audiovisuel, et le contrôle gouvernemental sur les télévisions locales ne fait certainement pas honneur à notre image de démocratie sur le plan international. Or, force est de constater que la privatisation de la 3e chaîne télé, projet qui revient à la surface seulement le temps d’une campagne électorale, est toujours laissée sur la touche quand vient le temps d’agir. Ainsi, l’introduction de la télévision privée qui constituait pourtant un des 12 commandements de l’alliance Lepep de décembre 2014 a, comme par enchantement, disparu du radar de L’Alliance Morisien aujourd’hui. Or, il convient de reconnaître que l’information étant d’abord et surtout un droit, le processus de libéralisation des ondes ne pourrait être complet sans la libéralisation des ondes télévisuelles également. Bref, tout programme gouvernemental digne et soucieux du progrès d’un peuple doit essentiellement être évolutif et non régressif.