Le Dr Daniel Lam est responsable de l’unité de curiethérapie à Nice

Le premier praticien mauricien à avoir testé un nouvel appareil de radiothérapie en France

Une radiothérapie innovante qui réduit à quelques minutes le traitement habituel de deux mois. Le Dr Daniel Lam Cham Kee, radiothérapeute mauricien, praticien des centres de lutte contre le cancer à l’établissement Antoine Lacassagne, à Nice, en France, et responsable de l’unité de curiethérapie, est l’un des premiers à l’avoir testée. Nous avons rencontré ce fils du sol qui a quitté Maurice il y a quinze ans. Il espère un jour retourner au pays pour y apporter son expertise qui, dit-il, est en constante évolution.

C’est dans un café port-louisien que nous avons rencontré le radiothérapeute de passage à Maurice pour les vacances. Des vacances révélatrices pour le jeune médecine âgé d’une trentaine d’années. “Il est vrai que lorsque l’on travaille à l’étranger, on n’est pas vraiment conscient de ce qu’il se passe dans son pays natal. J’ai réalisé qu’il y avait, en effet, à Maurice, une recrudescence des cas de cancers, notamment du cancer du sein chez les femmes”, explique-t-il. Une tendance mondiale, d’ailleurs, note-t-il.

Captures d’écran du reportage sur la radiothérapie peropératoire diffusé le mois dernier dans le Magazine de la Santé sur France 5

“En France aussi, nous voyons que le cancer évolue de manière rapide. Une personne sur huit est atteinte d’un cancer du sein”, dit-il. “Des causes multifactorielles”, répond-il d’emblée lorsque nous lui demandons pourquoi. Un mystère que les chercheurs du monde tentent encore à ce jour de comprendre… Avide de connaissance, Daniel Lam a toujours eu une propension aux sciences. “Après mes études au Mahatma Gandhi Institute, je me suis envolé pour Strasbourg pour six années d’étude en médecine, et ensuite à Nancy pour mon internat et ma spécialisation de cinq ans”, dit-il. Onze années d’études et plusieurs années au centre Antoine Lacassagne pendant desquelles le jeune Mauricien publie de nombreuses recherches, avec ses collègues. Des recherches qui finissent petit à petit à porter leurs fruits.

Un brin timide, Daniel Lam est, en effet, l’un des premiers praticiens, qui plus est le premier Mauricien, à avoir testé un nouvel appareil de radiothérapie. Il s’agit d’un nouveau dispositif capable de réaliser une stratégie de traitement local très rapide sur un cancer du sein, à un stade peu avancé. Une découverte de taille. Son équipe et lui ont d’ailleurs fait l’objet d’un reportage sur la radiothérapie peropératoire diffusé le mois dernier dans le Magazine de la Santé sur France 5. Un nouveau prototype en cours d’évaluation qui a déjà fait ses preuves.

“La radiothérapie est souvent un traitement très lourd et long. Les patients sont souvent contraints de faire des va-et-vient pendant six semaines à peu près. Nous avons donc, au centre, cherché un autre moyen pour diminuer la durée de ce traitement”, explique-t-il. Avec cette nouvelle radiothérapie innovante, le traitement est ainsi fait en un jour. “Tout se passe dans le bloc opératoire, pendant l’intervention, en à peine une minute.” Il explique qu’après intervention chirurgicale où la tumeur a été délimitée, l’applicateur de radiothérapie est directement positionné à l’intérieur du sein. Et une dose optimale de rayon sera utilisée sur la tumeur pour détruire la moindre cellule malade. “Dans une radiothérapie externe classique, l’on délivre la dose en petite quantité pendant plusieurs jours, tandis que là, la dose est délivrée en 41 secondes.”

Un traitement révolutionnaire, dont le Mauricien n’est pas peu fier. “Près d’une vingtaine de patientes ont été traitées depuis fin 2018”, précise-t-il. Et elles se portent bien. Néanmoins, le Dr Daniel Lam explique que ce traitement n’est, pour l’heure, efficace que pour les petits stades de cancer du sein, soit de “bons pronostics” et plusieurs facteurs sont pris en compte, dont l’âge du patient qui doit avoir plus de 50 ans, et l’agressivité de la tumeur. Face à cette avancée de taille, le Dr Daniel Lam espère que l’île Maurice pourra elle aussi se doter de tels équipements, d’autant que le projet d’un hôpital pour le traitement pour le cancer a été déjà annoncé. “Le traitement est coûteux à Maurice. De plus, il n’y a qu’une ou deux machines de radiothérapie pour tous ces patients. Il faut donc trouver un système pour donner plus de chance aux patients”, dit-il. Et d’ajouter, “la mortalité diminue pour le cancer du sein.”

Par conséquent, Daniel Lam espère pouvoir exporter son expertise ici à Maurice. “Mon objectif serait de permettre la mise en place d’un système de traitement de radiothérapie adapté aux Mauriciens et au contexte local. C’est une question de santé publique”, dit-il. Un objectif qu’il espère pouvoir atteindre avec l’aide des autorités car, dit-il, il ne suffit pas d’importer un système tel quel. Il faut aussi former le personnel et faire le suivi pour optimiser les résultats.

En attendant de revenir au pays, Daniel Lam continue ses recherches dans le but de combattre cette maladie qui prend de plus en plus d’ampleur. “Ça ne s’arrête jamais, on n’arrête jamais d’apprendre”, lance-t-il tout sourire.