PAUL F. DE SOUZA

Mystère de notre enfance, doux souvenir d’un sapin ruisselant de lumières multicolores ; merveilleuse veillée ou réunie autour d’une même table, la famille est transfigurée par la lumière vacillante des chandelles. Hélas ! Noël n’est bien souvent que le renouvellement de cette fête, de ce décor et d’un certain apparat. Certes cette image colorée, chaude et paisible ne doit pas être flétrie pour nos enfants ; mais l’homme en pleine évolution intellectuelle et spirituelle doit chercher le sens véritable du mystère de Noël.

Le Nouveau Testament se divise en paraboles, en enseignements et en récits qui se doublent parfois d’un sens symbolique. Communément, l’évangile de la Nativité nous est présenté sous son aspect narratif et les commentaires se bornent à magnifier la naissance du Rédempteur. Cet évangile, présenté sous forme de conte, sert d’introduction à l’éducation religieuse de beaucoup d’enfants ; mais l’interprétation du symbolisme contenu dans ce texte peut inciter l’adulte à relire les Saintes Écritures sous un jour nouveau.

Un parallèle s’établit tout de suite entre la Vestale, gardienne du Feu sacré, et Marie, toujours vierge portant en elle le Messie, fils de Dieu, symbole de la Lumière incarnée. Dieu forma l’homme des poussières de la terre et c’est dans la grotte — vulve terrestre — qu’est né le Sauveur. Cela suffit à évoquer la descente de ce qu’il y a de plus haut dans ce qu’il y a de plus bas. L’incarnation de la Lumière dans l’Homme, c’est l’illumination, le but suprême de tout mystique sur le Sentier. C’est l’appel à une seconde naissance au-dedans de nous-mêmes.

Cet événement s’est passé la nuit dans la discrétion. Seuls les bergers et les mages en furent informés. La naissance du rédempteur est révélée aux mages par leur connaissance scientifique, astrologique et mystique. Précisons que les mages n’étaient pas des faiseurs d’horoscope ni des diseurs de bonne aventure, mais des sages, des initiés des écoles de mystères, des mystiques évolués. Rois, ils l’étaient dans la maîtrise de la vie, ils représentent la connaissance et la sagesse.

La Bonne Nouvelle est annoncée aux bergers par leur voix intérieure, par leur communion avec le cosmique, que personnifie l’ange du Seigneur. Les bergers sont les gardiens du troupeau, ils veillent dans la nuit, comme notre conscience, gardienne de nos désirs. Les bergers ont pour toit la voûte céleste, ils vivent humblement et symbolisent l’humilité, l’harmonie avec la nature et la conscience gardienne de notre corps, de notre sanctuaire.

Ces deux épisodes, empruntés à Saint-Mathieu et à Saint-Luc, nous enseignent que la Lumière est donnée à ceux qui la cherchent humblement, aux sages et à ceux qui ont acquis la maîtrise de la vie. Mais, comment accéder à cette perfection ?

Puisque les mages possèdent la connaissance et la sagesse, c’est eux qui vont nous les révéler. Leur visite est l’hommage de la sagesse antique à la sagesse nouvelle. Nous sommes au cœur de la morale et celui de la vie intérieure. Leurs présents sont au nombre de trois, comme les points du triangle. L’Encens, la Myrrhe et l’Or sont le soufre, le mercure et le sel philosophal des alchimistes.

Le Mercure, c’est l’Eau de vie qui lave, régénère et noie les désirs. C’est le Baptême de l’Eau, la prédication de Saint-Jean-Baptiste, qui est venu pour aplanir le chemin, pour nous disposer à recevoir l’enseignement du Christ par la pénitence, la purification et l’exercice.

Le Soufre, c’est le Feu purificateur, avec son pouvoir transfigurateur, c’est le Baptême du Feu et de l’esprit, celui du Maître Jésus. Souvenons-nous du jeûne dans le désert brûlant, c’est la pénitence, le sacrifice volontaire et la tentation repoussée. Le choix de la voie ascendante, difficile et éprouvante, mais qui accède à la Lumière. L’Encens, le Soufre, le Feu purificateur symbolisent le Baptême du Feu, l’enseignement du Christ : la Prière, la Charité, le Sacrifice.

Le Sel philosophal, c’est le pouvoir condensateur qui cristallise la fluidité sur Mercure et la volatilité des émanations de l’Encens incandescent. Il représente l’accès à la grande Lumière, à la Vérité, à la communion avec le cosmique.

Les trois présents des mages, comme les trois points du triangle, symbolisent la création parfaite, l’Or, pierre de vérité dense et inaltérable d’où rayonnent la Lumière, la Vie et l’Amour.

Ce conte de Noël devient une véritable introduction à l’enseignement du Christ qui est venu révéler la présence du Royaume de Dieu en chacun de nous. Les mages et les bergers évoquent l’homme prêt à recevoir la Bonne Nouvelle. Ils représentent la maîtrise de la vie, la connaissance, la sagesse et l’humilité. En symbolisant la prédication de Saint-Jean et l’enseignement du Maître-Jésus — Baptême de l’Eau, et de l’Esprit ou du Feu — ainsi que l’accès à la Lumière, les trois présents des mages annoncent déjà la parole du Rédempteur : « En vérité, je vous le dis, si l’homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. »

Mais entrer dans le Royaume des cieux, qui est en chacun de nous, c’est renaître en nous. C’est cette seconde naissance au-dedans de nous, à la Vie éternelle, qui symbolise la venue au monde du Messie.