Edwige Pierre a interprété le rôle de Rilana, dans le feuilleton télévisé Arpad le Tzigane

Vacances mauriciennes pour une gitane : Edwige Pierre

La comédienne Edwige Pierre, d’origine mauricienne, passe des vacances à Maurice, grâce à l’initiative de Casino de Maurice et de l’hôtel Saint-Geran. Principale vedette féminine du feuilleton Arpad le Tzigane (qui passe chaque jeudi soir sur notre petit écran national), au côté de Robert Etchevery (Les Mohicans de Paris), elle se raconte dans un entretien exclusif que Week-End a eu avec elle. Notre compatriote est née en Angleterre de parents mauriciens, Magda et Georgie Pierre longtemps installés dans la banlieue londonienne.

« Déjà avant de venir, j’avais ma petite idée sur le pays et sur les gens, tellement papa et maman et oncle Wilhem m’en avaient parlé. Aujourd’hui que je me retrouve à l’île Maurice, je ne me sens nullement dépaysée, parce que j’ai été nourrie de ces mille et une chose du patrimoine mauricien dont mes parents se remémoraient souvent. On ne se débarrasse pas si facilement de ses racines. Heureusement ! » confie-t-elle à Week-End.

Au premier contact avec Edwige Pierre, on a le sentiment de l’avoir déjà rencontrée à un détour du chemin. Peut-être le souvenir récent de Rilan dans Arpad a aidé à cerner son personnage au premier regard. Mais il y a autre chose chez cette cousine venue d’ailleurs, qui est ici chez elle, qui réclame son petit piment vert à table. « J’en mange jusqu’aux larmes », avoue-t-elle, qui adore le cari, qui comprend la langue créole et qui parle le français avec un accent anglo-germanique. Quoi ? Peut-être possède-t-elle le don de la communication (ce qui est un atout pour la comédienne qu’elle est), sûrement la faculté de savoir se mettre dans sa peau, pour être tout simplement Edwige Pierre, la Mauricienne.

Le tournant avec Arpad

Ce qui nous intéresse, à ce stade, c’est qu’elle se raconte, qu’elle nous raconte l’itinéraire qu’elle a pris pour devenir comédienne, comme Hylette Adolphe (qui a tourné avec Fellini dans le Satyricon) et Françoise Pascal l’avaient fait auparavant, ici même dans les colonnes de Week-End.

« Très jeune, j’ai été amenée par ma mère à pénétrer l’univers de la musique, parce qu’elle avait voulu faire de moi une musicienne. Je pratiquais alors le piano et le violon, puis à l’école j’avais fait le ballet classique et le théâtre. Mais je brûlais d’envie de monter un jour sur les planches, de devenir comédienne, au grand désespoir de ma mère d’ailleurs. Au lendemain de mes dix-huit ans, je suis partie pour Munich en Allemagne, accompagnée d’une copine. Je suis partie très tôt, un matin pendant que mes parents dormaient, une petite bise sur la joue, et hop, c’était parti pour la grande aventure. Aussitôt arrivée à Munich, on auditionnait pour la comédie musicale Hair. J’y suis allée, l’essai est concluant et me voilà engagée pour jouer’HAIR’ ».

Une saison après, elle enchaîne avec un premier rôle pour la télévision allemande dans le film Saltò Mortale, suivi d’un autre dans le feuilleton Karlmay, enfin le rôle-vedette de Rilana au côté de Robert Etcheverry dans Arpad le Tzigane, 23 épisodes, qautre ans de tournage.

« Et pourtant, lorsque j’avais été engagée pour Arpad, je devais avoir un tout petit rôle de figurante. Après une première audition au studio ,je suis rentrée chez moi en attendant le verdict des réalisateurs. Le lendemain, un télégramme arrive : rendez-vous en Hongrie, on commence à tourner dans deux jours. J’ai vite fait mes bagages pour me rendre là-bas, où m’attendait mon petit rôle, mais à ma grande surprise, lorsque je rencontrai le réalisateur Frank Guthke, il me tendit les treize volumes qui racontent les aventures d’Arpad et me dit : « Voilà, allez-vous documenter, on vous engage pour la première partie (dix épisodes). Alors, là, croyez-moi, je n’avais plus de jambes, ce qui est dramatique pour quelqu’un qui aime danser ».

Les dix premiers épisodes terminés, la voilà engagée à nouveau pour la seconde partie (treize nouveaux épisodes). Puis suivra un film, Rucken Decolte, du Tchèque Jan Nemec, qui lui offrira le rôle principal, un film qui passera par Cannes en 1975 dans la sélection allemande. Le film ne sera pas très bien accueilli, mais qu’importe, nous dira Edwige Pierre, quand on connaît les exigences du jury cannois. Après ce film, un nouveau rôle l’attendait dans une nouvelle série allemande,’Merlin’où elle joue la femme du magicien du roi Arthur.

Que fait Edwige Pierre lorsqu’elle ne tourne pas ? « Je me retrempe dans mes loisirs préférés, la musique, la danse, un peu de tennis pour maintenir la forme. Ou j’écris. J’ai déjà écrit deux livres d’histoires pour enfants. Mes petits neveux m’ont demandé un jour d’écrire quelque chose pour eux. J’ai fini par écrire un roman. Et comme ils étaient contents, j’ai fini par écrire un deuxième ».

Les risques du métier

Week-End : Vous ne connaissez pas l’île Maurice, et pourtant pour le nombre de Mauriciens, vous êtes déjà une vedette Ils vous regardent chaque semaine 

Edwige Pierre : Je n’aime pas le mot vedette que vous m’attribuez. I’m not a glamour. C’est un métier comme un autre. N’empêche que cela me comble de joie de penser que le feuilleton passe en ce moment à Maurice, d’autant que mes parents ne l’avaient jamais vu, n’ayant pas été programmé en Angleterre.

Week-End : Qu’allez-vous faire demain ?

Edwige Pierre : Je songe déjà à une carrière internationale. Je prévois de mettre sur vidéo mes différentes apparitions soit à la télévision ou au cinéma. Ce seront là mes références lorsqu’il s’agira de frapper aux portes des producteurs à Paris, à Londres, ou à Los Angeles.

Week-End : Souhaitez-vous tourner à Maurice ?

Edwige Pierre : J’ai failli le faire pour un film allemand qui a été tourné ici. J’avais même signé un contrat à cet effet, mais à la lecture du scénario, sur le conseil de mon agent, j’ai refusé de venir tourner à Maurice, ce qui m’a d’ailleurs attiré des ennuis, un procès pour rupture de contrat. Ça fait partie du risque du métier.

Sur ce nous avons mis fin à notre entretien, mais paradoxalement la dernière réflexion de notre interlocutrice pourrait y être un point de départ d’une autre rencontre que nous aurons avec elle sur ces risques du métier dont elle parle.