Face au défi du réchauffement planétaire, les alternatives vertes en matière de production énergétique constituent notre unique planche de salut afin de tenter, tant bien que mal, d’enrayer la machine climatique et, ainsi, de sauver de l’extinction nombre d’espèces, y compris la nôtre. Les solutions, on les connaît : développer entre autres davantage de fermes solaires, de parcs éoliens, de centrales hydroélectriques et d’usines marémotrices. Ces deux premières sources énergétiques étant intermittentes – entendez par là qu’elles ne sont pas constamment disponibles –, l’idéal, dans l’absolu, est évidemment de les mettre conjointement à contribution, et ce afin de profiter d’une capacité énergétique suffisante, et permanente, que pour pourvoir à nos besoins individuels et industriels. Ce qui, chez nous, ne devrait en tout cas pas poser de problèmes insurmontables, Maurice bénéficiant en effet d’un taux suffisant d’ensoleillement tout au long de l’année, ainsi que de vents généralement favorables.

Certains – à commencer par des industriels, ministres et chefs d’État, dont une bonne partie ont des intérêts directs ou indirects dans l’exploitation d’énergies fossiles – ne manquent évidemment pas de mettre en doute la rentabilité de tels projets (il va sans dire que, ce faisant, ils évoquent leurs propres intérêts, financiers comme de bien entendu). Et évidemment aussi, ils se trompent. Ainsi, si l’on s’en tient à la seule énergie solaire, il faut savoir que si nous équipions en panneaux photovoltaïques une surface du globe comparable à seulement un quart du territoire français (ou encore 80 fois la superficie de Maurice), nous pourrions alors alimenter en électricité la planète entière. Qui plus est, la baisse drastique du coût des panneaux solaires ces dernières années rend cette énergie très rentable, soit environ 1 kWh pour environ Re 0,80 (deux fois moins pour la même équivalence énergétique que le charbon et trois fois moins que le gaz).

Mais alors, pourquoi ne pas s’engager plus ouvertement dans cette voie, pourrait-on justement se demander ? En fait, pour une raison bien simple : tout comme les éoliennes ne fonctionnent que par intermittence, soit lorsque le vent souffle, les panneaux voltaïques, pour fonctionner, souffrent du même type de problème. Aussi, ces deux alternatives vertes, pour être efficaces, ont besoin de stocker leur surplus énergétique afin de le restituer lorsque la source d’énergie vient à manquer (dans le cas du soleil, la nuit). Aussi l’emploi de batteries est impératif. Or, en plus de ne pas être écologiques, ces mêmes batteries coûtent cher à la fabrication. Sans compter que leur conception actuelle ne leur permet qu’une longévité toute relative, obligeant dès lors à les remplacer plus ou moins régulièrement. En fin de compte, en l’état actuel, et en raison de la problématique du stockage énergétique, le solaire revient alors plus cher (jusqu’à trois fois) que les sources d’énergie classiques.

Ce problème éclairci, l’on comprend mieux le manque d’engouement à promouvoir les installations de fermes solaires. Mais il en serait en revanche tout autrement si nous arrivions à concevoir des batteries moins chères, plus efficaces et plus durables. Un problème technologique dans lequel s’est engagé un grand nombre de chercheurs et qui pourrait être bientôt résolu. Un des derniers exemples est l’idée d’un certain André Gennesseaux. Ainsi cet ingénieur en mécanique, ayant notamment travaillé chez Total, propose-t-il de développer des batteries… en béton. Le concept apparaît bien sûr de prime abord farfelu, mais en réalité, il répond à une loi bien connue de ceux ayant fait un peu de physique : l’énergie cinétique. Le principe est simple : un cylindre en béton (appelé « volant »), cerclé d’un alliage afin d’éviter son éclatement, tourne dans une cuve sous vide (et donc débarrassée d’air). Lorsque l’énergie solaire doit être stockée, un moteur fait tourner le volant à une vitesse de 1 000 km/h, produisant dès lors de l’énergie cinétique. Et une fois qu’il s’agit de restituer cette énergie, le système s’inverse et le volant entraîne le moteur, lequel produit de l’électricité (comme un alternateur). Ce système, explique l’ingénieur, est très peu cher, permettant en effet de replacer la solution solaire sur un pied d’égalité en termes de coût que le charbon, mais avec l’avantage indéniable de ne pas être polluant, contrairement à ce dernier.

D’autres solutions existent, ou sont en passe d’être matérialisées. C’est notamment le cas des batteries biosourcées, sur lesquelles il y aura moins d’enjeux sur les matériaux. Ces batteries vertes, liées à la chimie organique, ne sont certes pas pour tout de suite, car faisant face à des problèmes de performances et de stabilité, mais les recherches progressent activement. Au final, qu’importe le chemin que l’on choisit, l’objectif reste le même : atteindre l’autonomie énergétique sans avoir à recourir aux ressources fossiles. Si nous n’y arrivons pas, c’est l’humanité entière qui finira coulée dans le béton. Autant dire qu’il est grand temps d’accélérer le mouvement…

Michel Jourdan