Cette année sera résolument politique, et ce en raison des prochaines législatives, l’Assemblée nationale devant maintenant être dissoute dans un maximum d’environ 11 mois. D’ici là, les acteurs politiques redoubleront d’efforts afin de gagner le cœur des électeurs. Autant dire, donc, que les meetings, congrès et réunions politiques se multiplieront à une vitesse d’autant plus exponentielle que l’on se rapprochera de l’échéance électorale. En sus, bien sûr, des traditionnels lancements et autres cérémonies religieuses que les actuels locataires de l’hôtel de gouvernement ne manqueront évidemment pas d’utiliser dans le seul dessein de faire leur “merchandising”, y mêlant allègrement bilans et promesses d’avant campagne.

Bien entendu, les principaux partis de l’opposition, tout comme les « petits » partis et les indépendants, lorsque la campagne sera officiellement lancée, ne seront pas en reste. D’ailleurs, soyez prévenus : préparez vos oreilles, celles-ci risquent de chauffer ! Mais bon, tout cela, finalement, fait autant partie de notre folklore que les sorties de Mr Malin. Le jeu des chaises musicales étant bientôt ouvert, chacun tente naturellement de se positionner au mieux en attendant que commence la musique. Un jeu auquel les Mauriciens sont, certes, depuis longtemps familiers, mais dont il convient malgré tout de rappeler les règles. Ainsi, en premier lieu, quelles que soient nos éventuelles envies de changement, il convient d’abord de dresser un bilan objectif du gouvernement sortant, mettant ainsi de côté un moment nos convictions politiques les plus profondes, quand bien même nous soutiendrions traditionnellement un parti n’intégrant pas la coalition du jour.

Cet exercice effectué, il nous reviendra ensuite, en tant qu’électeur averti, de suivre de près l’actualité politique avec un regard d’autant plus critique que les défis attendant Maurice sont importants, en matière économique, certes, mais bien plus encore en matière sociale et environnementale. À ce titre, attelons-nous donc à décrypter chaque discours, chaque sortie publique, à lire entre les lignes, à relever les éventuelles incohérences, à différencier les intentions réalistes de la pure propagande. Bref, à s’arrêter un instant sur les images subliminales que les propos les plus populistes véhiculeront. Ce regard est crucial dans la conjoncture, car en offrant un mandat au futur gouvernement, nous devrons nous assurer que celui-ci prendra la réelle mesure des enjeux, locaux et planétaires, pour les cinq années suivantes.

Dans cette optique, il nous revient encore une fois de nous montrer extrêmement prudents quant aux effets d’annonce, à commencer par ceux du pouvoir en place, ce dernier bénéficiant en effet davantage de possibilités de leurrer notre jugement, que ce soit par le biais de la machine propagandiste qu’est la MBC ou par celui du prochain Budget, où des mesures populaires seront inévitablement annoncées, comme de tradition à chaque pareil exercice précédant un scrutin national. D’ailleurs, ne soyons pas dupes : c’est dans ce même ordre d’idées que Pravind Jugnauth a récemment annoncé la prochaine gratuité de l’accès à l’enseignement supérieur public, et ce dans un contexte où la question de la provenance des fonds censés subventionner cette mesure reste floue et où la qualité de nos universités est souvent remise en question, y compris en interne.

Bien sûr, une promesse reste une promesse, et l’on connaît le prix que l’on doit accorder à la parole de nos politiques. Inversement, certaines mesures annoncées auront, c’est vrai aussi, bien été implémentées une fois ceux les ayant formulées arrivés au pouvoir, à l’instar du transport gratuit sous Ramgoolam ou de l’augmentation de la pension de vieillesse sous Jugnauth père. Cela dit, gardons à l’esprit que nous devons avant tout voter pour un programme global, pour une vision, une idéologie, et certainement pas pour l’une ou l’autre mesure dont nous serions bénéficiaires et qui, au final, non seulement pourrait être repoussée aux calendes grecques, mais dont les effets pourraient aussi être annihilés par des conséquences collatérales.

En résumé, il nous faut impérativement minimiser la portée de tout crédit que l’on pourrait accorder aux paroles du jour. Dans un monde en profonde mutation, trop de facteurs peuvent en effet remettre en question les bonnes intentions. Sans compter que nombre d’entre elles sont lancées à l’emporte-pièce alors qu’elles demanderaient une réelle réflexion quant à leur implémentation. Et cela, les politiciens le savent. D’ailleurs, comme le disait l’écrivain Frédéric Dard, « un politicien ne peut faire carrière sans mémoire, car il doit se souvenir de toutes les promesses qu’il lui faut oublier ». Ce à quoi l’on pourrait ajouter que les promesses électorales sont pareilles aux prévisions météo : tout le monde les écoute, mais, finalement, peu d’entre elles se réalisent !

Michel Jourdan