Le Dr Sachita Samboo a présenté aujourd’hui, dans le cadre de la semaine de la recherche à l’Université de Maurice, une courte allocution sur les trois plumes émergentes du paysage littéraire mauricien que sont Ameerah Arjanee, Aqiil Gopee et Alexandra Webber. Elle intervenait en début d’après-midi aux côtés de différents membres des départements d’anglais et de français, sous le thème général “The politics of the self and the other”. Notre interlocutrice estime que les jeunes auteurs mauriciens actuels sont porteurs de nouvelles thématiques littéraires débarrassées des conventions un peu contraignantes de la littérature post-coloniale.
Sachita Samboo a commencé, en comparatiste avant toute chose, à s’intéresser aux écrivains mauriciens à partir de son DEA, avec toujours le souci de puiser autant dans les oeuvres en anglais qu’en français. Les chercheurs auprès desquels elle s’est alors formée ont mis en évidence quatre grandes vagues d’écrivains mauriciens : les écrivains voyageurs des XVIIIe et XIXe siècles, la littérature coloniale produite par les « habitants » pour émuler une écriture française, et à partir de la troisième vague, la littérature insulaire avec Robert E. Hart, Malcolm de Chazal où les spécificités de Maurice se dessinent, puis une littérature post-coloniale qui se répartit entre les écrivains du terroir basés à Maurice (S. Patel, C. de Souza, etc), et la littérature de l’exil (M-T Humbert, L. Masson, etc).
« Que le cadre de l’énonciation, nous explique Sachita Samboo au sujet de la quatrième vague, corresponde au cadre de l’énoncé ou non, il surgit très souvent dans leurs sujets d’écriture, l’expression de conflits sociaux ou ethnotypiques, et d’autres aspects communautaires liés à la colonisation et au postcolonialisme. Avec les jeunes auteurs actuels, on peut parler d’une cinquième vague dans la mesure où les thématiques sont nouvelles. Leur littérature s’émancipe peut-être parce qu’ils n’ont pas connu cette période pré et post-indépendance… Par ailleurs, ce phénomène de vocation littéraire précoce m’intéresse particulièrement. »
Notre interlocutrice fait remarquer que la naissance de l’écrivain ne coïncide pas forcément avec la révélation de son talent littéraire, mais elle évoque les théories de Freud ou, mieux encore, de Marthe Robert, qui estime que le désir romanesque viendrait d’un roman familial fantasmé qui se crée à la préadolescence. Même chez des auteurs « tardifs », comme Flaubert ou Balzac, on décèle un impact fort de l’enfance et de l’adolescence sur l’oeuvre. Sachita Samboo voit chez Aqiil Gopee un peu de cette « adolescence littéraire affamée » qu’évoquait Julien Gracq, et qui explique que quelqu’un devienne écrivain.