Week-End a rencontré Louis Saha, ancien joueur de Manchester United (2004-2008) et de l’équipe de France (20 sélections), à l’hôtel Voila (Bagatelle) lundi avant la présentation de son projet Axis Stars (qu’il a animé en compagnie du co-fondateur Patrice Arnera). L’ancien attaquant a répondu sans détour à des questions pertinentes notamment liées au racisme dans le football, à sa frustration de joueur, et à l’après carrière du sportif professionnel. Tout cela avec un sens du but et le flair de buteur qui le caractérise d’où le slogan de sa société Axis Stars : Play it Forward.
Louis Saha a un cv qui parle pour lui. Mais en tant que joueur pro, de couleur qui plus est, il a fait face au racisme, mais que très peu violemment. « Je l’ai ressenti une ou deux fois notamment sur le réseau social Twitter. C’était souvent par le biais de sous-entendus. Mais je n’y prêtais guère attention. J’avais conscience qu’on me visait mais le tout c’était de le prendre avec intelligence», explique notre interlocuteur. Il soutient toutefois, «Il m’est arrivé de faire face à des éléments perturbateurs mais je dirai que j’ai été beaucoup plus épargné que d’autres. Je pense notamment à Mario Balotelli qui a dû en voir de toutes les couleurs. Je suis conscient que ce n’est pas évident de faire face à ce genre de situation et qu’on peut très vite perdre son sang-froid. Mais il faut avoir la meilleure réaction possible en ayant la positive attitude. Je pense là à Dani Alves (défenseur brésilien du FC Barcelone) qui avait mangé une banane qui lui avait été lancé par des ignorants lors d’un match. »
Louis Saha soutient que l’Angleterre a beaucoup lutté contre le hooliganisme et que d’autres pays sont sur la bonne voie. « Le tout c’est de sensibiliser, d’inculquer les bonnes valeurs dans les stades et les changements de mentalité s’opèreront. » Celui qui a réalisé l’essentiel de sa carrière en Angleterre avec Newcastle, Fulham, Manchester United, Everton Tottenham et Sunderland, avoue avoir des frustrations. Pas de regret mais un peu de frustration. «Je n’ai jamais triché. J’ai toujours donné mon maximum sur le terrain. Pas de regret. Le hic c’est que j’aurai pu donner beaucoup si je n’avais pas été si régulièrement blessé. À United, je pense que j’avais la possibilité d’enrichir un peu plus mon palmarès mais mon corps en a décidé autrement. J’aurais voulu notamment avoir participé un peu plus à la victoire en Ligue des Champions en 2008 contre Chelsea. Je suis tout de même reparti avec ma médaille autour du cou (Rires). Si on me demandait de le refaire, je signerais à nouveau pour une carrière sans hésité », fait ressortir le troisième meilleur buteur français de l’histoire de la Premier League derrière Thierry Henry et Nicolas Anelka.
Aider, conseiller et sensibiliser à travers Axis Stars
L’après-carrière est déterminante dans la vie d’un sportif de haut niveau. S’il ne se reprend pas en main très vite, c’est la chute libre assurée. « Un sportif de haut niveau est habitué a sa petite routine. Tout est calculé à la lettre ; entraînements, matches, temps pour la famille, etc…;Une bulle qui peut amener à rendre égoïste, à rester centré sur soi-même et vivre dans son petit monde. Moi, j’ai eu de la chance car j’ai eu des propositions très vite et je n’ai pas eu trop de temps à me poser des questions. Axis Stars, que j’ai co-fondé avec Patrice Arnera m’a remis dans le sens de la marche très vite. Pour d’autres, la reconversion peut être plus dure et certains sombrent même dans la dépression. C’est un univers impitoyable. Il faut y être préparé. » En ce qu’il s’agit de sa société, Louis Saha a tenu à souligner que beaucoup de sportifs de haut niveau se font arnaquer durant leur carrière et qu’Axis Stars était là pour y remédier.
«Parfois, ce sont les joueurs qui travaillent pour les agents alors que c’est le contraire qui devrait se produire. Nous sommes là pour les aider et les conseiller. Les agents doivent oeuvrer pour le bien-etre des sportifs en étant de bons négociateurs. 50 % des athlètes de haut niveau font faillite après leur carrière. C’est anormal. C’est là où nous intervenons en agissant comme une barrière par rapport à cette situation en étant un outil très important pour les sportifs. » A noter que la société Axistars s’est diversifiée avec des sportifs qui ne sont pas forcément issu du milieu du sport roi. Gaël Monfils (Tennis), Daniel Narcisse (Handball), Maxime Mermoz (Rugby), Mo Farah (Athlétisme) sont autant de personnalités sportives qui font partie de sa clientèle. « Apres 15 ans dans le milieu du football, je sens que c’est mon devoir en tant qu’ancien sportif d’apporter mon aide à mes semblables. Je constate que le gouvernement mauricien fait beaucoup pour le sport et le football avec un premier championnat professionnel qui s’est achevé dimanche dernier. C’est un partenariat qui, je l’espère, ne fait que commencer avec Maurice ».