« Nos langues et l’interculturalité à Maurice. » Tel était le thème d’une conférence organisée par le MACOSS le 23 mai dernier à la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill dans le cadre de la Journée mondiale pour la Diversité culturelle, pour le dialogue et le développement, mais aussi à l’occasion des 50 ans du MACOSS. À cette occasion, les intervenants ont souligné l’importance de prendre conscience de la richesse culturelle de Maurice et de la préserver.
Selon le président du MACOSS, si dans plusieurs universités du monde l’on enseigne la gestion de la diversité, à Maurice, « nous avons la chance de vivre cette diversité dans notre vie quotidienne ». Au lieu de nous focaliser sur nos différences de manière négative, ajoute-t-il, « nous aurions mieux à gagner à nous enrichir de nos différences », ajoutant : « Tu es différent, je m’enrichis ! ». Et de souligner l’importance de consolider notre vivre-ensemble.
Pour sa part, l’ex vice-président de la République et président d’honneur du MACOSS, Raouf Bundhun, a souligné l’importance du dialogue interculturel dans la quête de la paix. Il a concédé sa « tristesse » de voir des pays, comme l’Irak et la Syrie, qui ont un très riche passé culturel, faire face aujourd’hui à des guerres. Il a insisté sur la chance que nous avons à Maurice « de vivre à côté de l’un et l’autre avec des religions et des cultures différentes ». À l’opposé, poursuit-il, « d’autres pays n’ont parfois qu’une culture et les habitants ont des difficultés à comprendre les autres cultures qui viennent dans leur pays ».
Raouf Bundhun s’est souvenu de son enfance à Rivière-du-Rempart, où il a côtoyé des personnes de différentes religions et cultures. « Ces personnes sont celles », dit-il, qui ont façonné sa vie. Selon lui, deux aspects sont à tenir en compte dans l’interculturel : la compréhension et le respect de l’autre dans sa religion, sa culture et sa langue.
De son côté, Vinesh Hookoomsing est intervenu sur l’apport de notre diversité linguistique à l’interculturalité mauricienne. Il en a profité pour tirer la sonnette d’alarme sur le danger de la disparition de certaines langues, telles le Bhojpuri. Il estime ainsi « nécessaire » de consentir des efforts pour préserver les langues qui font partie de la culture mauricienne. S’agissant de la langue créole, selon lui, « il y a eu du progrès », ajoutant : « La presse y a recours et les patrons du monde des affaires s’expriment de plus en plus dans cette langue. » La panoplie des langues parlées à Maurice sont un « exemple même de notre diversité », dit-il, avant de reprendre que la langue créole comprend plusieurs mots issus de langues étrangères et que les écrits sur nos pierres tombales sont en langue anglaise, française, mais aussi en tamoul, hindi et mandarin. Selon Vinesh Hookoomsing, « les langues consolident notre identité et nous connectent avec d’autres cultures ».
Pour Jonathan Ravat, autre intervenant, « il est important de reconnaître notre diversité » mais, précise-t-il, « il est encore plus important de connaître notre propre culture et nos racines d’abord ». Il poursuit : « C’est seulement à ce moment que nous pourrons dialoguer avec les autres en affichant notre différence, non de manière opposée ou revendicatrice, mais de manière rassurante (…) Il faut aller au-delà des clivages religieux. »
Clyde Vacher s’est, de son côté, dit « fier » d’être Mauricien. Selon lui, à Maurice, « on naît et grandit dans la diversité ». Il a partagé son enfance passée à Plaine-Verte où ses voisins, dit-il, étaient majoritairement musulmans. Et de rappeler les bagarres raciales de 1968 et de 1999 pour montrer que, « lorsque la diversité n’est pas bien gérée, la société est fragilisée ». Et de conclure : « Il importe de bien la gérer en mettant en place une collecte de mémoire, en vulgarisant davantage l’interculturel, par exemple. »