Pour la première fois deux ans et demi après le coup de force d’Andy Rajoelina à la tête de l’État malgache, Madagascar a repris sa place au sein du conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien. « Madagascar a repris sa place dans le concert des Nations », affirme Yvette Sylla, ministre des Affaires étrangères de la Grand Île. Elle annonce également que les élections auront lieu à la fin de la saison des pluies.
Cela fait longtemps que Madagascar ne participe pas aux réunions du conseil des ministres de la COI…
Effectivement, depuis deux ans et demi.
C’est donc le retour de Madagascar sur la scène régionale ?
C’est le retour de Madagascar au sein de la Commission de l’océan Indien. Elle a repris sa place aux côtés des autres îles soeurs de l’océan Indien. Nous sommes allés à l’Assemblée générale des Nations unies récemment. Madagascar reprend donc sa place dans le concert des Nations.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, parlait plus tôt de l’importance de la stabilité politique. Peut-on dire que Madagascar a retrouvé sa stabilité ?
Je crois qu’il faudra nuancer. La stabilité dont il est question est le retour à l’ordre constitutionnel. Mais il n’y a pas eu à Madagascar de véritables tensions politiques avec des affrontements armés. De ce côté, on ne peut pas dire qu’il y a instabilité. Par contre, si on avait continué sur la voie d’une dégradation économique et socio-économique, on serait allé vers des affrontements. Cela aurait généré de très fortes tensions. Ce n’est pas dans l’intérêt de la zone.
Êtes-vous satisfaite du soutien qu’a accordé la COI à Madagascar durant cette période ?
Beaucoup. J’ai pris mes fonctions aux Affaires étrangères en mars de cette année et tout de suite, j’ai reçu la délégation des ministres des Affaires étrangères conduite par Arvin Boolell. Ils ont voulu affirmer qu’ils sont aux côtés de Madagascar. Déjà la période de transition est une période très fragile. Si en plus on rompt les relations avec les autres pays, c’est encore plus grave. C’est la porte ouverte à tous les délits. Il n’y a plus de système de contrôle. L’établissement d’un dialogue avec l’extérieur, c’est déjà un système de contrôle.
Comment ont été vos relations avec la SADC ?
Ils ont eu beaucoup de mal pour comprendre la question malgache. On a mis deux ans et demi pour éclaircir les choses. Ils ne connaissaient pas Madagascar. Ils ont une équipe de médiation conduite par le président Chisano du Mozambique et ils sont venus à plusieurs reprises. Ils ont essayé de comprendre et ils ont compris. Par ailleurs, nous sommes allés leur expliquer où est-ce qu’on en était et tout cela a contribué à dénouer la situation.
La feuille de route prévoit-elle la possibilité pour l’ancien président Marc Ravalomanana de revenir dans la Grande Île ?
Il peut revenir. Par contre la feuille de route précise dans des annexes que les autorités judiciaires sont souveraines dans leurs actions et leurs décisions. En conséquence, s’il revient, les autorités judiciaires exerceront leurs prérogatives.
Cela ne risque-t-il pas de remettre en question ses chances de participer aux élections ?
Je ne me prononcerai pas à ce sujet. Vraiment, les élections sont aujourd’hui notre cheval de bataille. On va essayer de les organiser. On a encore du chemin à faire pour arriver à cette date-là. Par contre, nous avons fait des préparatifs importants et nous attendons l’évaluation des Nations unies.
Qu’en est-il de Didier Ratsiraka, peut-il revenir à Madagascar ?
Il peut revenir. Le problème est qu’il n’a pas signé la feuille de route mais il ne faut pas oublier que Ravalomanana et lui sont Malgaches. Ils sont originaires de Madagascar et que par conséquent comme le stimule la feuille de route ils sont libres de rentrer chez eux.
Quelles sont les principales étapes fixées par la feuille de route ?
Tout d’abord, concernant le calendrier électoral, nous avons dit aux Nations unies qu’on aurait souhaité que les élections se fassent à la fin de la saison des pluies. Les premières élections ne sauraient intervenir avant mai 2012. Nous nous attelons à mettre en place les institutions de la transition telle que le stipule la feuille de route. Elles seront largement ouvertes aux dix parties prenantes qui ont paraphé la feuille de route. Dès que les institutions seront prêtes, on va se préparer avec les Nations unies, l’OIF pour évaluer la marche vers les élections. Avec l’aide de la COI et les autres amis nous continuerons à faire nos lobbyings en militant pour que les bailleurs de fonds respectent l’engagement pris concernant les projets et que ceux-ci soient mis en place surtout pour ce qu’il s’agit de la protection sociale. Il faut le dire, en deux ans et demi, la population a vu sa situation se dégrader.
Avez-vous besoin de l’aide de Maurice pour vous aider à organiser les élections ?
Ce sera plutôt dans le cadre de la COI qui nous a déjà donné son accord pour nous soutenir. Ce qui n’exclura pas les aides bilatérales.
Comment se présente la situation économique dans la Grande Île ?
La situation économique n’est pas brillante. Avec le fait que l’AGOA a été suspendu, beaucoup d’entreprises franches ont fermé. Le chômage doit se situer autour de 50 000 personnes dans les environs d’Antanarivo qui compte l,5 million d’habitants.
La situation sécuritaire et alimentaire n’est pas très brillante. On n’enregistre pas un déficit majeur de production de riz mais il y a un “gap” que nous estimons aujourd’hui autour de 200 000 tonnes. Cela nous embête beaucoup. On a des accords sur la formation à la production, de meilleures cultures etc. Nous avons une potentialité énorme. À côté de cela sur le plan de l’emploi on a des problèmes. C’est également le cas pour la production. Nous avons dû subventionner les produits de première nécessité. Cela ne saurait se substituer à une bonne politique d’investissement de création d’emploi. C’est là que nous essayons de mettre en place une véritable visibilité. Nous allons continuer de rencontrer d’autres personnes. De son côté la COI demandera à ce qu’on puisse pendre la parole au niveau du parlement européen. Il y a toujours un discours extrêmement sévère vis-à-vis de Madagascar qui n’est pas proportionnel aux faits et à la réalité.
Comment se présente la coopération entre Maurice et Madagascar ?
En tout cas à l’heure actuelle nous avons besoin d’intensifier les échanges. En termes de coopération, de relations diplomatiques et d’accompagnement de la feuille de route, Maurice fait beaucoup pour Madagascar et Madagascar peut faire beaucoup de chose pour l’ensemble du monde indianocéanique notamment pour Maurice. Nous avons un potentiel foncier important, nous avons des gisements importants. On peut procéder à des investissements ; nous avons besoin de cette coopération indianocéanique pour avancer.
Avez-vous un message pour les hommes d’affaires mauriciens concernant Madagascar ?
Je leur dis que nous travaillons pour que les choses s’améliorent et que par conséquent dans un proche avenir, ils puissent venir s’informer et travailler. Les axes prioritaires doivent être déterminés ensemble. Nous avons déjà la sécurité alimentaire. Un forum sera organisé prochainement à Fort Dauphin sur ce sujet par la Fédération des chambres de commerce qui comprend Maurice.