Depuis son premier tournage en 2014, Mahamoud Ibrahim, jeune cinéaste comorien, se débrouille sans répit pour mieux trouver une place sur la scène régionale. Son cinéma est un cinéma documentaire, le produit de la réalité comorienne et d’une personnalité en quête de culture. Mahmoud Ibrahim incarne un certain renouveau et le dynamisme des jeunes artistes comorien. Nourri du hip-hop avec son frère Akeem, ils n’ont de cesse de revigorer la culture de leur pays à travers la danse, le cinéma, la photographie (Unison). Un court métrage, deux longs métrages, deux projets de série digitale, deux projets de documentaires avec Cassiopée Films : mille énergies et autant de projets. Il a remporté le Zébu d’or dans la catégorie documentaire panafricain pour son film « Escale à Pajol » lors de la 11e édition des Rencontres du film court de Madagascar qui s’est déroulée en avril 2016.
Mahmoud Ibrahim, homme de tous les arts, s’explique sur sa fascination pour l’image. Lui qui met en lumière, dans ses documentaires, les oubliés de la vie, les problèmes de société. Depuis trois ans, Mahmoud a regagné son pays. Mahmoud pratique à la fois son métier de photographe et réalisateur. « La photographie, c’est plus qu’une passion, je m’intéresse aux instants de vie… », dit-il. Au cinéma, il a suivi une formation pour développer des compétences théoriques. Il a étudié à l’Université Paris 8 (première année) et Rennes 2 en arts de spectacle option cinéma pour les années suivantes. Il a intégré la Fémis, dans le cadre d’une formation « l’université d’été de la Fémis ». En 2014, il a réalisé son premier court métrage documentaire de 11 minutes sur les tirailleurs comoriens de la Première Guerre mondiale qui a été programmé au Festival « Rencontre du Film Court à Madagascar ». C’est une série de témoignages des familles des tirailleurs, un projet qui est né dans le cadre des commémorations des cent ans de la Première Guerre mondiale. En 2015, dans le cadre de l’Université d’été de la Fémis il a réalisé « Escale à Pajol » un court métrage documentaire sur le parcours d’un réfugié syrien qui débarque dans un camp à Paris. On connaît le succès de ce petit film, sélectionné dans plusieurs festivals dans le monde entier (Etat-Unis, Italie, Turquie, Maurice, La Réunion, Iran, Mexique, et Comores). Ce film a déjà obtenu deux prix.
Le court métrage de fiction un moyen de débuter, nous dit Mahmoud. Le jeune réalisateur profite de son immersion dans le documentaire pour faire une oeuvre personnelle et réaliste marquée par des problèmes sociaux telles l’éducation, la santé. Ses créations au cinéma sont imprégnées de questions contemporaines et du quotidien aux Comores. Pour son documentaire de création sur la santé, il a été à l’hôpital de Moroni et a suivi un médecin dans le service ORL. Il a pu constater les problèmes que rencontrent les médecins à l’hôpital (coupures d’électricité, manque d’oxygène, d’eau. « C’est un cinéma engagé, il y a une prise de position pour montrer ce qui se passe… les déchets près d’hôpital, etc. », déclare le jeune réalisateur. Avec son frère Akeem, ils montent des projets conjointement pour valoriser les compétences artistiques des jeunes comoriens. Il faut mettre en place des formations professionnelles, dit-il, parce qu’il y a beaucoup de situations d’échecs scolaires. Il faut combattre auprès des associations pour trouver des fonds pour construire des écoles publiques. « Unisson Comores » est un exemple d’initiatives qui peuvent aider à la culture du pays. Mahmoud Ibrahim apporte aussi son savoir-faire en matière de cinéma auprès de la jeunesse comorienne. Il raconte qu’il n’existe ni salle de cinéma ni société de production et sa contribution constitue un grand espoir pour l’émergence du cinéma comorien.