C’était un Maiden 2014 rempli d’émotions au Champ de Mars, où l’ombre de Serge Henry a plané. Nathalie, la fille du regretté entraîneur au record de victoires (672) sur notre turf, qui assumait sa toute première fonction de Stable Manager/Trainer par intérim dimanche, aura vécu un Ruban Bleu intense avec au bout des 2400m un premier succès classique faisant d’elle la toute première femme entraîneur à entrer dans l’histoire hippique locale après le double tour de force de Man To Man.
«C’est un Maiden qui restera gravé à jamais dans ma mémoire, martelle Nathalie Henry. Je suis extrêmement soulagée d’avoir pu honorer la mémoire de mon père, lui qui aurait tant aimé de son vivant remporter un quatrième Maiden avec Man To Man, avec lequel il a lié des affinités incroyables durant sa période de maladie. Mon père nous a portés jusqu’au but ».
Man To Man, acquis en mai dernier, était le souhait personnel de Serge Henry, qui voulait sans doute partir par la grande porte et achever trente longues années de carrière d’entraîneur sur notre hippodrome. La victoire, sous ses yeux, de son petit protégé dans le Supertote Golden Trophy, confirmation d’une première réussite sur 1850m trois semaines plus tôt, était un signe précurseur de l’état d’esprit de Kiki. Et dimanche, ce hongre bai sud-africain de 5-ans aura encore frappé les esprits.
«J’ai puisé une force mentale à travers mon papa qui m’avait personnellement confié la garde de ce cheval le 2 août dernier quand il était parti se soigner à l’île soeur. C’était à la fois une grande responsabilité, un honneur pour moi. Il fallait que je rassemble toutes les forces possibles pour mettre Man To Man sur orbite le jour j», raconte une Nathalie Henry visiblement libérée de cette promesse et qui énumère une liste de personnes qui ont contribué à faire du souhait de Serge Henry une réalité. De sa mère Linda à son oncle et entraîneur Philippe qui a marqué son époque au Champ de Mars, en passant par les vétérinaires de l’écurie, le chef palefrenier et le palefrenier de Man To Man.
Man To Man, c’est aussi l’histoire de Rye Joorawon, le premier à le faire triompher le 19 juillet dernier et qui sept semaines plus tard offrait au jockey mauricien — lui aussi recordman de victoires ( 261) au Champ de Mars — son premier Maiden victorieux. « J’ai hurlé à 800m du but en disant  bring him home “pape” (comme je l’appelais de son vivant). Rye a foncé avec un calme incroyable. C’est vraiment un grand jockey et je n’oublierai jamais sa monte dans ce Maiden particulier pour moi comme pour tous ceux concernés à l’écurie».