« Le risque de transmission des maladies tropicales ayant pour vecteur les moustiques est bien réel », a affirmé Raheem Gopaul, ex-entomologue (spécialiste des insectes) du ministère de la Santé. « La surveillance entomologique est un maillon essentiel dans la lutte contre les moustiques qui sont des vecteurs de maladies tropicales », a-t-il indiqué à l’occasion de la Journée mondiale de la malaria, mercredi dernier.
Consultant actuellement à l’UNDP (United Nations Development Programme), Raheem Gopaul a indiqué qu’un projet en cours de l’UNDP-GEF (Global Environment Facilities) vise à contrôler la prolifération des moustiques par des moyens alternatifs plus respectueux de l’environnement (Integrated Vector Management), notamment en limitant le plus possible l’usage des insecticides et en éduquant la population. La résistance aux insecticides devient réalité. Le contrôle de la prolifération des moustiques par des méthodes alternatives consistera à l’avenir à stériliser des milliers de moustiques mâles par irradiation pour éradiquer le moustique Aedes albopictus, vecteur du chikungunya et de la dengue.
Lors de la journée mondiale de la malaria, mercredi dernier, le Royal’s and Friends Action Line (RAFAL), présidé par M. Gopaul, a organisé une rencontre à Port-Louis avec ses anciens collègues du département d’entomologie du ministère de la Santé, eux aussi à la retraite. Fieds Workers, Principal Health Surveillance Officer, Senior Health Surveillance Officer, Senior Laboratory Attendant, ils ont répondu présents et ont bien volontiers évoqué leur expérience sur le terrain après avoir sillonné l’île pendant plus de 30 ans à la poursuite des moustiques. Tous sont unanimes : « Il faut sensibiliser les Mauriciens en permanence et pas seulement en période d’épidémie quitte à se répéter car les gens ont la mémoire courte. » Le paludisme a été éradiqué à Maurice dans les années 60 et les cas répertoriés par le ministère de la Santé, cinq depuis le début de l’année, sont tous importés, c’est-à-dire contractés lors d’un voyage à l’étranger.
Gestes de bon sens
De nos jours, explique M. Gopaul, il existe cinq types de moustiques. C’est l’anophèle qui transmet la malaria. La majorité de ces moustiques piquent à partir du crépuscule et pendant la nuit, contrairement au moustique aedes, vecteur du chikungunya et de la dengue, qui pique le jour. Des moustiquaires traitées aux insecticides et des grillages fins aux fenêtres et des insecticides pulvérisés dans la maison sont indiqués pour se protéger d’une catégorie de ces moustiques qui préfèrent vivre à l’intérieur des habitations. Un autre type vit plutôt à l’extérieur. Pour s’en débarrasser il suffit de détruire leurs gîtes et les lieux où ils se reproduisent (eau sur les toits, boîtes de conserve, pneus usagés contenant de l’eau stagnante, déchets ménagers), explique M. Gopaul. « À Maurice, les accumulations d’eau sur les toits des maisons sont des gîtes larvaires recherchés par les moustiques Anophèle arabiensis, transmetteur de paludisme. Depuis des lustres nous recommandons que les toits soient légèrement inclinés afin que l’eau de pluie soit évacuée », rappelle l’entomologue. Des gestes de bon sens que l’Organisation Mondiale de La Santé (OMS) rappelle lors des journées mondiales de la malaria. Selon l’OMS, la moitié de la population mondiale est à risque et 90 % des décès surviennent en Afrique dans la région sub-saharienne.
Clovis Madou, ancien Principal Health Surveillance Officer, se prononce pour sa part pour le porte-à-porte des inspecteurs sanitaires, pratique en usage autrefois, pour dépister la tuberculose et la fièvre dans la population mauricienne. « Nous inscrivions un numéro en rouge sur chaque maison pour préserver l’anonymat des habitants en cas de dépistage d’une infection », relate M. Madou. De nos jours, seuls les voyageurs venant de pays où le paludisme est endémique sont contactés par les autorités sanitaires. Néanmoins cette pratique a des limites, constate-t-il. « Dans beaucoup de cas les gens écrivent de fausses adresses sur leur fiche d’aéroport. C’est ainsi qu’un Mauricien revenant d’un pays d’Afrique est décédé de paludisme il y a quelques années. Nos agents de terrain n’ont pu le rencontrer pour s’enquérir de son état de santé avant. Quand il a été admis dans une clinique c’était trop tard », racontent-ils. « D’autres voyageurs refusent de prendre les comprimés contre le paludisme que leur remet l’employé sanitaire », affirment-ils. Ce fut le cas d’un Mauricien décédé de paludisme après un voyage. « Dans certains milieux », relate Maheswurnund Bhujun, ex-Senior Health Surveillance Officer, quand un inspecteur sanitaire se présente au domicile de la personne il est accueilli d’abord par son chien, puis par l’employée de maison, alors que la personne recherchée ne le reçoit même pas.
Lors de la conférence étaient présents également d’anciens cadres et Fields Workers du ministère de la Santé : Ghoorah Rajendranath, Jodhun Kesswarlal, Dharmaraj Bablee, Hookoom Paratian. Nicolas Soopramanien, psychologue clinicien, était aussi l’invité de RAFAL.