Les quelques millimètres de pluie qui sont tombés dans certaines régions ce mois-ci, surtout dans l’Est et le Sud, ne changent en rien la situation « catastrophique » dans laquelle se trouve le pays au niveau de la production et la distribution de l’eau à la population et aux différents secteurs économiques. La station météorologique ne prévoyant pas de grosses pluies avant quelques semaines, la Central Water Authority peaufine actuellement une nouvelle stratégie qui entrera en vigueur sous peu.
« La situation est inquiétante en raison de la baisse continuelle du débit d’eau dans nos rivières, forages, nappes souterraines et réservoirs », affirme Bhishek Narain, directeur des communications de la Central Water Authority (CWA). Les coupures seront ainsi généralisées très bientôt. Si certaines ressources sont légèrement affectées – comme tel est le cas dans le Nord avec une baisse d’environ 10 % –, d’autres à l’instar du réservoir Mare-aux-Vacoas, sont plus touchées.
À Mare-aux-Vacoas, le niveau qui a déjà atteint les 28 % ne cesse de diminuer. Situation qui ne s’est jamais produite jusqu’ici. Ce réservoir continue de recueillir entre 5 000 et 6 000 m3/j. La sortie d’eau est cependant plus conséquente : 40 000 m3/j. Sans oublier les 25 000 m3/j provenant du réservoir Mare Longue, qui sont tous utilisés pour approvisionner les Plaines-Wilhems. Un volume additionnel d’environ 3 000 m3/j est aussi produit à Valetta par la station mobile de traitement d’eau mis en service depuis peu par la CWA.
Voyons la situation par région en commençant par Port-Louis. La capitale est desservie principalement par la Grande-Rivière-Nord-Ouest et le forage de Pierrefonds. La production à ce forage a baissé de 50 % et celle de la rivière de manière « drastique ». « Nous sommes ainsi obligés de gérer prudemment la fourniture d’eau à Port-Louis en réduisant davantage les heures d’approvisionnement de deux heures, soit de 12 heures par jour à dix dans les jours qui viennent », déclare Bhishek Narain.
La station de traitement de Pailles, où est traitée l’eau en provenance de ces deux sources, produit actuellement 50 000 m3 par jour au lieu des 60 000 m3 habituels. Dans le Sud, le débit de la Rivière du Poste, principale source d’eau pour la région, a aussi chuté. La station de traitement à Mont Blanc qui produisait auparavant environ 12 000 m3/jour, n’en fait désormais que quelque 6 000 m3/j. « Pour pallier cette baisse, la CWA a déployé deux nouvelles sources d’eau qu’elle n’utilisait pas auparavant : les rivières Valrus et La Forêt », indique Bhishek Narain.
Dans l’Est, le taux de remplissage du réservoir Piton du Milieu est à 72,6 %, soit environ 10 % de moins que la moyenne à cette période de l’année. Idem pour la production venant des forages de la région à l’instar de Bel Etang Spring où le taux est passé de 4 000 m3/j à 3 600 m3/j ; à Petit Paquet de 11 000 m3/j à 9 000 m3/j et à Caroline de 9 000 m3/j à 8 200 m3/j.
Le débit dans les rivières Jamblon et Rempart a chuté d’environ 20 %. Dans cette région, ce sont les endroits situés en hauteur qui sont actuellement les plus affectés. La CWA tente d’y remédier avec des camions-citernes. Le forage de Holyrood, un des plus grands du pays, alimente Rose-Hill, Quatre-Bornes, Belle-Rose, Plaisance et les régions avoisinants avec 22 000 m3/j en temps normal. Actuellement, seul un volume de 11 500 m3/j y est produit. Ce qui donne lieu à une situation de fourniture d’eau des plus difficiles dans cette région.
À Yémen, la production a chuté de 7 000 m3/j à 2 200 m3/j. Dans cette région, la CWA obtient actuellement un volume de 1 100 m3/j de la rivière Bois Noir. Bien que la situation reste assez confortable dans le Nord, l’organisme compte ajuster les horaires de la distribution d’eau en raison de la baisse d’environ 10 % observée dans plusieurs forages à Plaine-des-Papayes, Crève Coeur et à Rempart Dam. Celui de Morcellement St-André a chuté de 2 000 m3/j à 1 500 m3/j et Bassin Loulou de 1 800 m3/j à 1 400 m3/j.
Au vu du tableau des chiffres de production d’eau par la CWA sur une base quotidienne, l’on note que la situation n’est pas réjouissante. « La CWA tire la sonnette d’alarme pour que la population prenne conscience de la gravité de la situation », déclare M. Narain. Les grosses pluies d’été, elles, sont attendues à la mi-décembre…