« Fermeture de commerces », « manque à gagner dans les caisses de l’État », « pressions de puissants groupes d’intérêt », « utilisation des fonds publics par millions pour la construction d’abris pour marchands de rue », « transactions illicites et blanchiment d’argent »… Autant de points qui sont mentionnés dans une correspondance du Front commun des commerçants de l’île Maurice au FMI.
Après avoir utilisé tous les moyens légaux et administratifs possibles, mais qui se sont révélés vains, dans leur combat contre la « concurrence déloyale et pernicieuse » que leur font les marchands de rue, le Front commun des commerçants de l’île Maurice (FFCIM) a porté l’affaire jusqu’au Fonds monétaire international (FMI). Dans une récente lettre à cette institution, le FFCIM donne un aperçu détaillé de ce commerce informel, avec ses ramifications, et des conséquences sur l’économie du pays et sur l’ordre public. « Les recettes provenant des ventes de produits de consommation sur le marché parallèle sont de même recyclées sur le marché des devises en dehors du circuit bancaire en vue de financer d’autres transactions louches et dangereuses pour l’économie nationale », écrit le Front commun dans sa correspondance adressée à la directrice générale du FMI.
Dans sa correspondance à la direction du FMI, le FFCIM rappelle d’abord la récente mission d’une délégation de cette instance internationale à Maurice, conduite par Martin Petri. Le FFCIM dit avoir pris bonne note, à travers les journaux du pays, des recommandations faites au gouvernement par cette mission, et qui concerne « le retour à la rigueur budgétaire en ce qui concerne la gestion économique du pays ». Les dirigeants du Front commun expliquent que leur organisation milite pour le respect des droits des opérateurs économiques, en particulier ceux qui sont engagés dans les commerces et attirent l’attention sur le problème du commerce parallèle, auquel ses membres font face depuis plusieurs années et qui a conduit plusieurs opérateurs économiques à mettre la clé sous le paillasson. Le FFCIM énumère les nombreuses démarches entreprises par ses membres pour emmener les autorités à prendre des mesures fermes à l’encontre d’une pratique jugée « déloyale » à leur égard et fait part, dans cette lettre, de son analyse du problème en abordant ouvertement ses différents contours. « Le gouvernement, sous la pression des lobbies politiques exercés par de puissants groupes engagés dans l’importation et la distribution des produits de consommation, dans le cadre de l’économie informelle, a permis depuis de nombreuses années à des milliers de marchands de rue d’opérer illégalement dans les rues et autres places publiques à travers le pays, principalement dans les cinq villes (…)  En raison de cette concurrence extrêmement déloyale et pernicieuse, des milliers de commerçants ont été obligés de cesser complètement leurs activités et de tout abandonner. »  
Le Front souligne que ces fermetures représentent un manque à gagner conséquent dans les revenus de l’État, faisant croître le nombre de chômeurs et causant aussi « un tort immense à l’économie en général en bousculant l’ordre public et en disloquant  le système établi dans lequel les activités commerciales ont toujours évolué ».
Dans son analyse, le FFCIM n’hésite pas à évoquer la question des transactions de devises hors du circuit bancaire ainsi que celle du blanchiment d’argent. « En ce qu’il s’agit des devises, de gros montants ont été puisés de nos réserves pour l’achat des marchandises en provenance de pays étrangers pour alimenter ces réseaux de marchands de rue pendant les périodes des fêtes. Il est permis de penser que ces transactions financières s’insèrent dans le cadre de blanchiments d’argent provenant de transactions illicites. Les recettes provenant des ventes de produits de consommation sur le marché parallèle sont de même recyclées sur le marché des devises en dehors du circuit bancaire en vue de financer d’autres transactions louches et dangereuses pour l’économie nationale. »
Le FFCIM mentionne aussi les initiatives des autorités gouvernementales réalisées à partir des fonds publics et qui, de son point de vue, ne font que renforcer le commerce informel au lieu de le démanteler. « Le gouvernement central, en sus de réquisitionner les terres de l’État dans des endroits fortement stratégiques situés dans la capitale et ailleurs, a, à ce jour, dépensé des centaines de millions de roupies des fonds publics en faisant construire, toujours sous la pression de puissants groupes d’intérêt, des abris pour, éventuellement, loger rien qu’un millier de ces marchands de rue, en attendant de trouver d’autres endroits, aussi stratégiques que possible, pour les autres milliers. »
Le Front soulève aussi une pratique de plus en plus courante, et qui aurait aggravé davantage la situation financière des commerçants, à savoir l’organisation de foires internationales par des étrangers. « La tenue de ces foires internationales, aussi bien que d’autres foires ou salons, fait un tort immense aux commerçants établis. A priori, il y a une urgente nécessité, avant toute chose, de mettre de l’ordre dans le paysage économique et commercial du pays », écrit-il, avant d’égratigner par la même occasion le ministère du Commerce. De son point de vue, ce ministère « ne s’occupe absolument pas de ce secteur essentiel, à part d’approuver l’organisation des foires internationales ».
Le FFCIM souhaite que le FMI prenne en considération les faits mentionnés dans ses futures analyses concernant la situation économique à  Maurice et demande à la direction du FMI de « faire pression sur le gouvernement mauricien pour mettre de l’ordre dans un secteur aussi vital que les commerces ». Les dirigeants du FFCIM expriment leur désir de rencontrer le chef de mission lors d’une des prochaines visites au pays.  
Par ailleurs, si les dirigeants du Front se sont tournés vers le FMI, c’est parce que, disent-ils, leurs nombreuses conférences de presse pour alerter l’opinion publique, ainsi que les dizaines de correspondances adressées aux différentes autorités à Maurice, de même que les rencontres avec les responsables de ces diverses institutions, ont été vaines. « Nous avons rencontré l’an dernier le  gouverneur de la Banque de Maurice et un représentant de la Mauritius Revenue Authority, mais il n’y a pas eu de développement positif en notre faveur », dit un responsable du Front.