Les professeurs de philosophie proposent pour le dernier Mardi-Philo, tel qu’il a été initié par Geneviève Ginvert, de réfléchir à la cause animale en explorant l’essai d’Élisabeth de Fontenay, Sans offenser le genre humain. Sorti en 2008, cet ouvrage questionne l’attitude de l’homme vis-à-vis de l’animal dans le monde d’aujourd’hui, dix ans après Le silence des bêtes, livre de référence dans lequel elle passait en revue les différentes traditions occidentales des présocratiques à Jacques Derrida dans leur façon d’aborder la question de l’animalité.
Les animaux sont-ils des choses ou des objets mis à notre disposition ? Et si oui par qui, ou comment le sont-ils ? Ont-ils le droit d’avoir des droits ? Est-il pertinent de rapprocher la maltraitance infligée au monde animal dans son ensemble de celle que des hommes infligent à d’autres hommes ? Que faut-il penser des traditions et rituels les plus anciens qui incluent le sacrifice animal ? Faut-il être végétarien ? Nos sociétés portent en elles l’idée de la suprématie de l’homme sur les animaux, qui justifie leur domination et leur domestication, leur asservissement, et même leur production à l’échelle industrielle en vue d’être tués et consommés.
Depuis son analyse de l’histoire de notre rapport aux bêtes (Le Silences des bêtes, Fayard, 1998), l’oeuvre d’Elisabeth de Fontenay propose une réflexion sur l’animalité qui, en creux, éclaire notre humanité dont le sens équivoque (ne parle-t-on pas d’espèce humaine ?) tisse un fil conducteur. De nos jours, ce débat s’étend entre deux extrêmes : d’un côté ceux qui séparent nettement humains et animaux, approuvant l’exploitation et l’extermination des seconds, et de l’autre ceux qui veulent étendre les droits humains à certains animaux et prônent le végétarisme, en vertu d’une absence de distinction franche entre les espèces. Nous pourrons découvrir mardi la position de la philosophe, telle qu’elle l’exprime dans Sans offenser le genre humain, un essai paru en 2008 etb où elle situe son propos dans le monde actuel, et surtout à travers la lecture qu’en font Geneviève Ginvert et Joseph Cardella.
Professeure émérite de philosophie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Élisabeth de Fontenay s’interrogeait déjà sur les rapports entre les hommes et les animaux dans l’histoire dans Diderot ou le Matérialisme enchanté, qu’elle a publié en 1984. Mais cette réflexion a véritablement culminé avec Le Silence des bêtes, paru chez Fayard en 1998, et qui devient vite un ouvrage de référence.  Cet essai revisite ce qui fait le « propre de l’homme », notamment en remettant en cause l’idée d’une différence arrêtée entre l’homme et l’animal. Il interroge les conceptions de l’animal de Platon jusqu’à nos jours en passant par Descartes et sa célèbre hypothèse de l’animal-machine.
La pensée de cette philosophe peut être rapprochée du courant actuel de la pensée post-humaniste représenté notamment par Peter Sloterdijk ou Donna Haraway, où l’on réfléchit aux évolutions de l’humain engendrées par les technologies et les sciences. Parmi les auteurs ayant influencé ses travaux, on peut mentionner notamment Michel Foucault, Jacques Derrida, et Vladimir Jankelevitch, pour lequel elle a d’ailleurs fondé une association au service de sa pensée.
Juive par sa mère, dont une grande partie de la famille a été exterminée à Auschwitz, Élisabeth de Fontenay est restée très attachée à cette culture. Membre du comité de parrainage de l’association La paix maintenant pour la promotion du mouvement israélien Shalom Archav, elle préside actuellement la « Commission enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Parallèlement, elle fait partie du comité d’éthique ERMES de l’Inserm aux côtés notamment d’Henri Atlan. Préoccupée par les questions éthiques liées au traitement des animaux, elle a publié, en collaboration avec Donald M. Broom, Le Bien-être animal (Éditions du Conseil de l’Europe, « Regard éthique », 2006), qui expose ces aspects à travers les points de vue religieux et les positions des différents pays. Élisabeth de Fontenay a également apporté sa contribution à l’émission de radio Vivre avec les bêtes, sur France Inter.